‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 2)Chapitre 88 sur 347 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

d'albe.

Prince, il est pour un roi d'autres calamités: C'est de compter son fils parmi des révoltés.

Moi!

d'albe.

Vous-même.

CARLOS

£h quoi ! sire, on ose méconnaître...

D'Albe, eu ce fils, du moins, respectez votre maître.

(ACarlot.)

Jeune homme, à votre zèle imposez mieux la loi.

Philippe règne encor; ne parlez plus en roi.

Vous , d'Ëgmont , qui blâmez des lois justes et saintes,

De mes fiers Castillans entendez-vous les plaintes ?

Leur conscience intime obéit sans regrets;

Et l'épais habitant de vos sombres marais

Oserait repousser, comme un joug tyrannique,

Un pouvoir révéré des vainqueurs du Mexique;

Un pouvoir qui , du ciel faisant valoir les droits ,

Pèse avec majesté sur la tête des rois!

Devant ces droits divins les vôtres disparaissent ;

Sous un culte vainqueur que tous les fronts s'abaissent;

Vos juges sont les miens; je veux les maintenir.

Si Nassau les combat, je saurai l'en punir;

Si sou trône est debout, je l'en ferai descendre.

d'egmont.

Sire, préparez- vous à régner sur la cendre.

laa PHILIPPE II.

Oseriez-vous , d'Egmont, m'expliquer ce discours?

d'egmont.

Oui , sire. A la rigueur vous avez eu recours : La rigueur a produit la désobéissance.

Fondant sur cet appui sa future puissance, Nassau, je le vois bien, vous cause un peu d'effiroi: Nassau n'est qu'un guerrier, vous en ferez un roi. Vos bourreaux ont perdu nos régions si belles; Chaque martyr qui tombe enfante cent rébelles. Nos travaux sont détruits , nos champs sont désertés; L'horrible solitude habite nos cités :

L'industrie aux abois, fuyant la tjrrannie, Cherche un asile en France ou dans la Germanie. Les hardis Zélandais, nés pour la liberté. Vont rendre à l'Océan leur sol ensanglanté; Le citoyen frémit aux noms d'époux, de père; L'épouse au désespoir pleure en se voyant mère : Là, près d'un fils unique, une femme combat; Le vieillard est armé, l'enfant même est soldat: Le jour tout prend le glaive, et la nuit tout conspire, Tout veut subir la mort plutôt qu'un tel empire.

Et vous ne tremblez pas en me parlant ainsi ! Votre tête, imprudent, me répond...

d'egmont.

La voici..

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