ELISABETH, D'EGMONT
d'egmont.
J'ai réclamé du prince un moment d'audience. Gomès, de fjui les soins ont formé son enfance, Doit le prier pour moi de se rendre en ces lieux: Vous daignerez vous-même entendre mes adieux. Mais depuis quand vos yeux ont-ils connu les larmes? Je ne sais quel chagrin semble voiler vos charmes. La douleur, qui sur l'homme étend partout ses lois. N'a donc point -respecté la fille des Valois ? Il fut un autre temps >, ce temps était prospère : Envoyé par Philippe auprès de votre père. Je reçus de Henri l'accueil hospitalier. Admis dans le palais de ce grand chevalier. Je vis avec transport votre beauté naissante Présider aux plaisirs de sa cour florissante., Sur votre jeune front tout brillait d'avenir.
ii6 PHILIPPE IL
ELISABETH
Ah! que vous réveillez un tendre souvenir!
Temps chéris, mais trop courts ! momens dignes d'envie !
Promesse d*un bonheur que ne tient pas la vie!
Nul soin ne m'agitait: point de vœux à former;
Taimais autour de moi , je me sentais aimer.
La grandeur sans orgueil, la franchise polie,
Les mœurs de notre France, et les arts dltalie
De ce Louvre enchanteur embellissaient les jeux :
Le peuple était soumis, car il était heureux.
Ce roi qui m'appelait sa fille idolâtrée,
Henri n'est plus; ma mère, à tant de soins livrée.
Des tendres nœuds du sang connaît peu la douceur.
Et mes frères peut-être ont oublié leur sœur.
Le calme a disparu de cette aimable terre;
La paix, souvent trompeuse, y recèle la guerre.
A revoir mon pays je ne dois plus songer :
Faible lis transplanté sous un ciel étranger.
Je ne fleurirai plus sur les bords de la Seine;
Je suis une exilée; on mi'appelle une reine:
Ce nom que l'on m'impose est trop pesant pour moi.
d'egmoict.
Philippe! Médicis!... C'est l'infant que je voi. Si jeune, il est bien sombre après une victoire. L'empereur son aïeul avait prédit sa gloire : Elle restera pure; il connaît la pitié.