‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 2)Chapitre 95 sur 347 · ACTE III, SCÈNE III. i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III. i

Loin de moi le désir de ralentir vos pas ! Mais restez vertueux ; soyez toujours vous-même : Un père vous estime; ah! faites qu'il vous aime. Demandez-lui, pour prix de vos premiers exploits, L'honneur de ramener les Belges sous ses lois. Partez, courez remplir des vœux qui vous implorent: Partez... en me laissant des regrets qui m'hcmorent; Et, goûtant loin de moi des plaisirs généreux. Vengez-vous du malheur en faisant des heureux.

CARLOS

Quand je pourrais du duc assurer la disgrâce. Est-ce à moi de descendre à demander sa place? Ferai-je respecter un injuste pouvoir?

ELISABETH

On ne descend jamais en faisant son devoir. ' L'empire dans vos mains sera clément et juste : D'Albe l'a rendu vil ; vous le rendrez auguste. Puisqu'enfin vous pensez qu'un sort impérieux Vous défend ma présence et l'aspect de ces lieux , Exilez-vous , Carlos , comme un héros s'exile : Un trône avec le crime est à peine un asile. Entre Philippe et moi le Ciel voulut fermer Des nœuds que je respecte, et que je dois aimer : A l'hymen pour jamais mon âme est asservie. Eh! qui peut à son gré disposer de sa vie? Qui choisit l'avenir ? quel bonheur est certain ? Sur un commun écueil jetés par le destin, Deux cœurs infortimés , qu'a séparés l'orage.

i36 PHILIPPE IL

Se rapprochent encore au sein de leur naufrage.

Trompons votre malheur: pourquoi repousses^vou»

Ce nom sacré de fils, et oes liens si douK?

Que je sois votre mère ! OfBrez à mon image

Quelques pleurs essuyés et la paix pour hommage:

Desarmez la victoire; honorez votre main

Par des lauriers sans tache et puas de sang humaift.

Quand Philippe, orgueilleux d'un fils si magnanitne^

Confirmera lui-même un éloge unanime.

Quand j'entendrai l'Espagne et l'Europe applaudir,

Fière de mon héros, je dirai, sans rougir,

A Philippe, à l'Espagne, à l'Europe charmée:

Il eût été moins grand, s'il m'avait moins aimée.

CARLOS

Cet espoir me suffit: entraîné, convaincu, Je cède à votre voix, et vous m'avez vaincu. Quel langage imposant! quel ascendant suprême! Ah! lorsque vous parlez j'entends la vertu même; Au-dessus des héros je me sens élevé.

Et voilà donc le coeur qui m'était réservé! Tandis que sur les bords de l'heureuse Angleterre Une autre Elisabeth, en éclairant la terre. Du fiinatisme impur dédaigne les clameurs^ Elisabeth, la mienne,. eût régné par les monirs : Le bonheur de l'Espagne eût été son ouvrage; Elle eût guidé mes pas, «sflammé mon courage, Agrandi mes destins, et versé sur mes jours Ce charme qu'elle inspire et qui la suit toujours.

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