X. STUPn>rri, qui, fidtumt de travers
Avait placé les ailes À TeoTers ; Si que Fréron, loin de fendre les airs, Était porté , par un essor étrange, Non vers le ciel, mais toiigoors vers la fange.
Voyez la Dunciade de Palissot, chant IX. [Note fie V Éditeur. )
Et sur le sombre hord, peu fertîfce en bons mots. On la vit applandtr à Vombre dé Dtfclbs*. Elle n'inspira poial os malaAtHt Êinssaire, De tous les vrais talens îmbécUe adversaire, Clément, qui redoutait l'opprobre de son nom. Et signait jyespréawL en imfCanf Gacon ; Ni Robe Timpudique ', eftroi de ht décence; Ni Taitté Rivarol, jaloux par impuissance, Qui, faute de penser, parodisèe bouffon. En quolibets de Gilte insultait à Buffon ^. Vains effMts d'une muse inepte et léthargique î Les talen» sont armés d'on bouclier magique; Et par son triple airain tous les traits repoussés Vont blesser l^mprudent qui les avait hmcés.
Mais d'antiques travers quel immense héritage ! Quel siècle au ridicule a prêté davantage? Pope va-t-il encor, échappé du tombeau.
Aux sots mal déguisés présenter le flambeau? Restaurateur du goût, qui peut rendre au Parnasse
1. Allusioa à la satire iDgënieiue de La Harpe, intitulik : V Ombre de Diiclos; dans laquelle figurent Linguet, Querlon, Clément, Yàbhé Auhert, Dorât et Mercier. (JSote de V Éditeur.)
2. On sait que M. Robe s'est occupe long^tems d'un poème un peu cynique sur le même sujet que la Syj}hilis de Fracastor. ( Note de l'Éditeur, )
3. Voyez la note de Chénier relative au Petit almanach des grands hommes , tom. III, œuvres anciennes, page 1^3, satire du Public et V Anonyme. {Note de l'Éditeur.)
L'enjoûm^it de Boileau^ l'urbanité dHorace? Ou, (le Perse imitant l'utile obscurité. Faire au milieu du Louvre entrer la vérité? Les tems sont différens; les sottises pareilles. Midas, bon roi Midas, qui n'a pas tes oreilles? Voyez dans ce lycée un bataillon d'auteurs, L'un de l'autre envieux, l'un de l'autre Batteurs : Devant Léontium Sàpfao lit ses ouvrages; Là , de vieux écoliers se vendent leurs suffi*ages» Ces nains, rétrécissant la scène des Français, Ont un grand amour-propre et de petits succès; Us chantent le triomphe, et manquent la victoire; Recherchent la louange, et négligent la gloire; Molières d'un boudoir, Sophodes d'un salon. Parlent à cinquante ans de leur jeune Apollon; Et, lassant le public d'une longue espérance, Dans les journaux qu'ils font sont l'honneur de la France. I^aissons-leur ces plaisirs. De pli£s sorai>res tableaux Pourraient de Juvénàl exercer les pinceaux: Il n'est plus de patrie, et la France fut libre; Des droits et du pouvoir l'imposant équilibre Par le poids d'un seul homme est désormais rompu. Le fer a toUt conqub; l'or a tout corrompu; Aux esclaves de cour la tribune est livrée ; La flatterie impure, arborant la livrée, Siège dans le conseil, élit les sénateurs. Fait les tribuns du peuple et les législateurs; Et , quand des citoyens l'élite gémissante
3oo ESSAI
Célèbre dans le deuil la République absente , De scandaleuses voix, que hait la liberté. Aux jeux républicains chantent la royauté '. Voltaire est au œrcueil, et les Welches renaissent; Du fanatisme ardent les cent têtes se dressent; A régner par le glaive il n'a pas renoncé ; Et le nom d'hérétique est déjà prononcé. On nous promet bientôt d'aimables dragonnades. Un bel auto-da-fé, de charmantes croisades. Dans le fond d'un boudoir, en chapelle érigé. C'est en enfant Jésus que l'Amour est changé. Cidalise, infidèle à la philosophie, Dévote pour deux jours, coquette pour la vie. Convertit les amans qu'elle eût damnés jadis; Satan s'est fait ermite, et rentre au paradis; Les nouveaux partisans des gothiques usages , Pour le dieu des cagots quittant le dieu des sages. Sur des tréteaux sacrés prêchent le genre humain ; Et je vois l'athéisme un rosaire à la main.
Malheur au bon esprit dont la pensée altière D'un cœur indépendant s'élance tout entière; Qui respire un air libre, et jamais n'applaudit Au despotisme en vogue, à l'erreur en crédit! Mais heureux le grimaud qui de la servitude
I . Ces vers paraissent avoir été composés à l'époque où Tauleur fut exclu du tribunal.
SUR LA SATIRE. 3oi
Contracta, jeune eucor, la docile habitude! Écrit-il sur les lois? c'est plus que Montesquieu; Fait-il des vers galans? c'est Gresset ou Chaulieu; Fût-il un vrai Cotin, d'éloges on l'assomme; Et Duponceau lui-même au Mans est un grand homme. Pour moi, dès mon en&nce aimant la vérité, Et libre avant les jours de notre liberté, Vengeur du nom français, depuis que sur la scène J'ai traîné Charles neuf, Médicis et Lorraine, Des partis en fureur j^ai soulevé les cris; Vingt presses, gémissant sous des milliers d'écrits, Par l'imposture même ont fatigué Morphée: T>eur. masse injurieuse est mon plus beau trophée. Oh! qu'aisément comblé d'éphémères honneurs De tous nos grands braillards j'aurais fait des proneurs, Si, désertant la France et flattant l'Angleterre, Ma muse eût mendié l'or qu^ nous fait la guerre ,* De la cause publique affiché l'abandon , Acheté par la honte un soEindaleux pardon , Et, quittant les drapeaux de la raison proscrite. Étalé sans pudeur un cilice hypocrite ! Mais, ferme dans ma route, et vrai dans mes discours , Tel je fus, tel je suis, tel je serai toujours. Gorgé de honte et d'or, un impudent Maurice^ Du pouvoir quel qu'il soit adorant le caprice. De tout parti vaincu mercenaire apostat. Peut vendre ses amis comme il vendit l'État. Lorsque la trahison marche sans retenue,
3o2 ESSAI SUR LA SATIRE.
Lorsque la BépubUque est partout méconnue, Dédaignant de flatter ses ennemis puissans, A son autel désert j'apporte mon encens. De son auguste nom sanctifiant mes rimes. Des idoles du jour bravant les heureux crimes, Je n'abdiquerai point dans des chants imposteurs L'honneur d'être compté parmi ses fondateurs: J'ai vécu , je mourrai fidèle à sa bannière. Que Baour ou Villiers, Q>lnet ou Souriguière, Bâtards dégénérés dont rougit l'Arëtin, De Franco', eTû se peut, évitent le destin! Je réclame leur haine, et non pas leurs suffrages ; Je leur demande eocor d'honorables outrages. Contre moi réunis, qu'Us me lancent d'en-bas Des traits empoisonnés, qui ne m'atteindrcMit pas; Plus puissant que la loi qui gémit en silence. Un trait lancé d'en-haut punit leur insolence; Et de leur nom flétri l'ineffaçable affront Est comme un fer brûlant imprimé sur leur front.
1. Franco (Nicolo), poète satirique, naquit à Bënëveot en i5io. Il fut fami, et, plus tard, le rival de FArëtin. Comme r Arétin , il censura les vivans et les morts ; mab ses diatribes lui valurent une cëcompense fort peu digne d*envie : s^ëtaot pennis, dans un voyage qu'il fit à Rome , d'attaquer des seigneurs romains fort accrédites, il fut condamné à mort, en i569, P^"* ordre du pape Pie V. {JVote de i' Éditeur.)