‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 3)Chapitre 118 sur 178 · DE CONSTANCE · texte numérisé non relu

DE CONSTANCE

1; 1ER S ennemis du siècle dix-huitième^

Réformateurs, dont le docte système

Fait du délire un point religieux,

D'un saint concile écoutez les merveilles;.

Écoutez bien ; car la bonté des cieux

Abondamment vous a pourvus d'oreilles.

Dans les remparts bâtis par Constantin ,

Non sur les bords bù le noir Pont-Euxin

Baigne à-la-fois et l'Europe et l'Asie;

Mais près d'un lac dont les flots argentés

De Germanie arrosent les cités

Et les vallons de l'heureuse Helvétie,

Pour dissiper ce qu'on nommait erreur^

Un Sigismond, très-dévot empereur.

De prêtres saints invoqua l'assistance:

On tint concile. Or, c'était, mes amis.

Sous les beaux tems du feu roi Charles-Six.

L'Eglise entière accourait à Constance :

Les moines bruns, les gris, les noirs, les blancs,

3iG LE CONCILE DE CONSTANCE.

Sombres hibous , aigles dans leurs couveos ; Les gros bonnets payés pour ne rien dire , Prêtres mil^éâ , 1^ bleus du saint empire , Les violets, de rouges cardinaux:

Amas confus de célestes oiseaux , D'oiseaux de proie ^ au différent plumage , Au bec retors, à l'ennuyeux ramage, Tous implorant par des chants aigres-doux Le saint pigeon , qui les inspirait tous. Là, vingt partis, vingt pieuses cabales; Port longuement on parla des scandales Qui désolaient l'empire de Jésus.

Hiéronime ' et son maître Jeaa Hus , Quoique très-forts sur la théologie, Youbiidiit un peu tâter de la raison ; Dans la Bohême ils semaient leur poison : Tout se perdait par l'idéologie.

Un autre Jean ^, plein de religion , ( Pape il était de sa profession ,) Exempt d'erreurs, s'était permis des crimes, Au nom du ciel, qui les rend légitimes; Mais le Concile en fut scandalisé,

1 . Jërôme de Prague , le plus célèbre et le plus détermiDë disciple de Jean Hus, auquel même il fui supérieur en esprit el en éloquence. Btù\é comme hérétique \ù i^^ mai 1418.

2. Le pape Jfcan XXlIl fut déposé par le Concile de CotisCance. Ir 19 mai i4i5. (Notes r/e i'Mtcnr.)

CONTE. 3a7

£t le prouva par un acte authentique : Comme assassin ce Jean (ut déposé; Fut l'autre Jean brûlé comme hérétique; D'un sauf-conduit le gage impérial L'avait traîné dans le piège fatal.

Au vœu des saints l'Empereur fut doçiie; Et, de l'Église intrépide soutien , Il Ht pour elle un parjure chrétien :

Ce fut d'abord l'ouvrage du Concile.

De Sigismond la superbe moitié.

Qui bien valait celle du roi de Garbe, Pour les béats, l'impératrice Barbe, Sentit les feux d'une ardente amitié.

Ce n'était pas une épouse impollue; Mais, déplorant l'abus de ses attraits, Que maint pipfane avait lorgnés de près , Elle afficha la réforme absolue.

Et, voulant faire un honnête métier, Pour amoureux prit le Conciie entier.

Avant ce tems, six écuyers, huit pages. Dix grenadiers, trè^-ViE^iUans personnages. L'ambassadeur du roi de Portugal , Trois chambellans, le fou, le sénéchal,. D'amans chéris composant la trentaine.

Divertissaient sa majesté hautaine.

Dans les élans de sa dévote ardeur.

Elle cassa le fou, l'aiabasaadeur ,

Et leurs rivaux, gens de cour et gens d'armes.

Trop bien comprit que c'était vanité :

Plus ne prisait la faible humanité ;

A ses regards Dieu seul avait des charmes.

Soir et matin le zèle ardent des Carmes

La rapprochait de la Divinité;

Aux Cordeliers confiant sa grande âme,

Elle exhalait, par des soupirs de flamme,

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