‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 3)Chapitre 88 sur 178 · I. Guërin · texte numérisé non relu

I. Guërin

Il avait d^y^at lui les dieux de Scipion , Caton vivant encor , ou Tombre de Caton ; Rome animait sa voix, enflammait son vi$fige. Il n'était point acteur , il était personnage , Quand, d'un prêteur coupable accusant les for&its, Il vengeait la Sicile et flétrissait Verres; Quand des fiers conjurés il domptailt la fiurie; Quand on le proclamait Père de la pairie; Quand il disait tomber de^ mains àxk dictateur L'arrêt qui daJ35 l'^spl troîniait Ufi sénateur; Et quand, d'bonneurs chargé, le vieillard consulaire Bravait d'un triumvir l'homicide colère.

Aussi pompeuj^, plus haut, inoin^ pur que Cicéron, Bossuet parmi nous n'imitait pc^ut Baron, r

Lorsque, du gr^d Heuri célébrant la famille. Il pleurait 4^ $tuart et l'épouse et la fille; ; .

Ou lorsqu'au grand Condé , qui ne l'entendait plus» ; ' De ses deniers acceps il offrait les tributs. Il plaçait dans les çieux la chaire évangéUqpe ; De là , faisant U>n|ier sa voi^ apostolique , .'

Agitant du ^rcuçil le lugubre flambeau, . « :

A coté de vingt rois desc^ndiis au.t<wb^u Voyant les fils des rois qui devaieujt y desc^dre, ^r . Et le pouvoir debout près du pouvoir en oesm^^x . . Par ces graveis objets à la fois inspiré , •■.,;{

De princes, d^ héros et de deuil entouré. Sans cesse il accablait son royal auditoire . i

Du videjde^ grandeMrs» ^ ifbéant.de la gloire.

igG ESSAI SUR LES ARTS.

On ne voit pas non plus un acteur excellent Aux tons de l'orateur asservir son talent. Humble, fier, emporté, doux, gracieux, austère. Du rôle qu'il déclame il prend le caractère. Que le jeune homme en tout diffère du vieillard, Ce n est pas là sans doute un grand effort de l'art ; La nature est plus riche; et, dans les mêmes âges, Diverses passions parlent divers langages. On doit pair le débit exprimer tour à tour I^ joie ou la douleur , la vengeance ou l'amour. C'est peu : sur le théâtre , ainsi que dans la vie , Des mêmes sentimens l'expression varie : Il faut que de Cinna je distingue Brutus , L'amoureux Xipharès de l'amoureux Titus , Ladislas de Vendôme, et tous deux d'Orosmane; Hermione est jalouse autrement que Roxane; Nous voyons Alvarès, Zopire, et Fénélon, Tolérans tous les trois , différer par le ton. Voilà ce que Baptiste aura peine à comprendre ; Voilà ce que Monvel savait saisir et rendre , De geste et de maintien changeant à volonté. Dans chaque inflexion trouvant la vérité. Un auditeur sensible au charme du génie , S'il veut des vers bien faits entendre l'harmonie , Y veut en même tems reconnaître toujours L'accent de la nature et le ton du discours. Dire en prose les vers est un métier barbare; I^s parler avec grâce est un talent très-rare*

Sur la scène française on ignora long-tems De l'art de déclamer les principes constans. Travestissant des vers que dicta Melpomène, On chantait Rodogune , on fredonnait Chimène ; Et le lourd Montfleuri , glaçant les spectateurs , D'Oreste au désespoir cadençait les fureurs. Peintre, ami, confident, vengeur de la nature, Molière, qui s'arma contre toute imposture, Signalant au public les acteurs ampoulés. Enseigna que les vers doivent être parlés. Baron porta bientôt dans le débit tragique Un accent toujours vrai, mais toujours héroïque; Baron même, à l'exemple unissant les leçons, De la voix d'Adrienne ' anima les doux sons. Us rendirent tous deux à l'élégant Racine Et sa dignité simple et sa grâce divine; A Corneille embelli son nerf et sa hauteur; Et l'art de déclamer fut un art enchanteur.

Un autre abus survint: c'est l'habitude en France Où des faux connaisseurs la superbe ignorance De son domaine étroit s'évertue à sortir, Et brouille tous les arts, faute de les sentir. Chanter la tragédie était passé de mode; Déclamer l'opéra parut neuf et commode.

D'une muse étrangère en vain les doux accens

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