XVIII SUR M. J. CHÉNIER
Oax-là même, dans Tombre armint U calomnie. Me reprochent le sang d'un frère infortuné, Qu'avec la calonmie ils ont assassiné ! L'injustice agrandit une âme libre et fière. Ces reptiles hideux, sifiOant dans la poussière. En vain sèment le trouble entre son ombre et moi : Scélérats! contre vous elle invoque la loi. Hélas I pour arracher la victime aux supplices. De mes pleurs chaque jour fiitigiiant vos complices, J*ai courbé devant eux mon front humilié ; Mais ils vous ressemblaient : ils étaient sans pitié. Si , le jour où tomba leur puissance arbitraire. Des fers et de la mort je n'ai sauvé qu'un frère, Qu'au fond des noirs cachots Dumont avait plongé. Et qui deux jours plus tard périssait égorgé , Auprès d'André Chénier avant que de descendre, J'élèverai la tombe où manquera sa cendre. Mais où vivront du moins, et son doux souvenir. Et sa gloire, et ses vers, dictés pour l'avenir. Là , quand de thermidor la septième journée Sous les feux du Lion ramènera l'année, O mon frèrel jevenx, relisant tes écrits. Chanter l'hymne funèbre à tes mânes proscrits. Là, tu verras souvent près de ton mausolée. Tes frères gémissans, ta mère désolée.
Quelques amis des arts, un peu d'ombre, et des fleurs; Et ton jeune laurier grandira sous mes pleurs.
Je le demande à madame de Genlis : en conscience , Fauteur de ces vers là peut-il être, de quelque façon que ce soit, coupable dun fratricide? Quelle ne s'obstine donc pas à se faire Fécho d'une calomnie désavouée parles gens même qui Font fabriquée, Fécho des plus dégoûtantes déclamations révolutionnaires.»^ Tarder plus long-tems à se rétracter, ne serait-ce pas manquer de bonne foi , et, qui pis est peut-être pour une dame de si bon ton, manquer de bon goût?
Pour épuiser tout ce qui nous reste à dire au sujet
A L'ÉDITEUR. xix
des attaques que livre madame de Genlis à la mémoire de Chénier, nous rengagerons aussi à s'assurer de la yérité des anecdotes dans lesquelles elle le fait figurer, ou du moins à ne pas les dénaturer, en altérant leurs détails, comme elle le fait dans lanecdote suivante. « Cette horrible exagération d une mauvaise action , dit-elle à la suite de l'imputation que nous venons de signaler, donna lieu à une anecdote très'Vraie et trèscurieuse. La célèbre actrice mademoiselle Dumesnil existait encore à cette époque ; mais elle était trèsvieille. M. Chénier, sans l'avoir jamais vue, sans se faire annoncer y se rendit un matin chez elle. Il la trouva dans son lit, et si souffrante qu'elle ne répondit rien à ce qu'il lui dit d'obligeant. Cependant, M. Chénier la conjura de lui dire uniquement un vers , un seul vers d'une tragédie , afin , disait-il , qu'il pût se vanter de l'avoir entendue déclamer. Mademoiselle Dumesnil , faisant un effort sur elle-même , lui adressa ce vers de l'un de ses plus beaux rôles :
« Approchez-vous, Néron, et prenez votre place. *»
Madame de Genlis aurait tort de mettre historique au bas de cette histoire. Rien de moins exact que cette version. Le hasard a voulu que j'aie eu connaissance de la visite faite par Chénier à mademoiselle Dumesnil, le jour même où elle a eu lieu ; et que j'en aie tenu le récit de Dugazon , qui, avec madame Yestris, avait servi d'introducteur à Chénier près de la camarade de Lekain. n en résulte d'abord que Chénier ne se présenta pas seid; il en résulte de plus que, si, pressée vivement