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par lui et par eux de déclamer quelque chose, mademoiselle Dumesnil, qui les avait reçus avec obligeance, déclama le vers cité par madame de Genlis , et le déclama avec un accent admirable, ce fut sans aucune intention malveillante. Le hasard seul avait placé sur ses lèvres ce vers qu'elle récita pour complaire à un poète illustre, dont elle réclamait, en ce moment même, le crédit, par suite de Tétat de détresse où la révolution lavait jetée '. Peut-être mademoiselle Dumesnil| dans risolement où elle vivait, ignorait-elle même Texistence des calomnies exhumées aujourd'hui par madame de Genlis. Enfin , l'espèce d'énergie que supposerait l'intention qu'on lui prête est tout-à-fait incompatible avec la bonté qui faisait le fond de son caractère , bonté que le tems ne fait qu'accroître dans les bons cœurs, et qui est la véritable grâce de la vieillesse.
Tout cela se passait, au reste, pendant que madame de Genlis habitait Altona. Les nouvelles de France ne lui arrivaient pas là sans avoir été altérées par l'esprit de parti : elle est donc excusable d'avoir cru ces faits quand on les lui a racontés; mais est-elle excusable,
I . Dans la sëaoce du 1 4 nivôse an III , Chénier, rapporteur du Comité d'instruction publique, présenta à la Convention un décret sur les gratifications pëcuniaires à accorder aux gens de lettres et aux artistes les plus distingues. Le dëcret fut adopté à runanimité; et mademoiselle Dumesnil , qui figurait en tête de la liste des principaux artistes et gens de lettres , reçut une somme de trois mille livres. Voyez le tome Y des OEuvres anciennes de M. J. Chénier. (Note de l'Éditeur.)
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quand elle s* est déterminée à les éciii-e, de les avoir donnés pour véritables ^ sans s'être assurée s'ils étaient en effet conformes à la vérité ?
Revenons à Chénier. La chute de Roberspierre rendit aussi la liberté au théâtre. L'interdit dont certaines pièces avaient été frappées par sa censure, car il avait eu aussi la sienne, étant levé, le Théâtre-Français songea à reprendre les répétitions de Timoléon. Chénier, à qui l'on redemanda la pièce, répondit qu'elle était anéantie; il le croyait: il se trompait. Une infidélité la lui avait conservée : le copiste, chargé de la transcrire, en avait &it un double manuscrit à l'insu de Fauteur, et l'avait remis à madame Vestris, qui l'avait conservé secrètement.
Peut-être eût-il mieux valu pour Chénier que 7Ïmoléon ne se fût pas retrouvé; car, bien que la représentation de cette tragédie ait ajouté à la réputation de son auteur, la satisfaction qu'il en reçut ne compensa pas à beaucoup près les chagrins qu'elle lui attira. Ses ennemis se prévalurent de l'événement rappelé dans cette pièce, pour élever contre lui les accusations que nous avons réfutées. Comment, dira-t-on, ne l'a-t-il pas prévu? C*est qu'il est des accusations auxquelles on ne se trouve exposé que parce qu'on n'imagine pas que le public puisse admettre la possibilité du fait qu'elles supposent.
Pendant l'intervalle qui s'écoula entre la destruction du gouvernement conifentionnel et l'installation du gouvernement directorial^ loin d'avoir été par l'ingratitude dégoûté du plaisir d'obliger, Chénier s'obstina à rester
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parmi les législateurs les plus ardens à réparer le mal dû au régime de la terreur. Aucun ne se montra plus empressé que lui à consoler les familles ^ à défendre les opprimés , à encourager les artistes. C'est sur son rapport que la France fut rouverte aux premiers patriotes qui avaient été punis par lexil de leur dévouement à la monarchie constitutionnelle; c'est sur son rapport que la sollicitude nationale vint au secours d'une foule de savans , de littérateurs et d'art&tes victimes du malheur des tems; c'est sur son rapport que fiit créé le conservatoire de musique; c'est sur son rapport que les académies ressuscitèrent pour mettre leurs gloires diverses en commun , et former désormais un même corps sous le nom d'Institut national.
Des arts abandonnés réfwrant Tinfortune , J*ai de leur souvenir embelli la tribune. Talleyrand méconnu dans resdl a gémi ; Il était malbeureux: je devins son ami. Un décret do Sénat le rendit à la France.
( Épitre sur 1« Ctlomm'ê. )
L'exécration que Chénier portait à la tyrannie démagogique n'altérait pas cependant son amoiu* pour la liberté. Les partis qui, pour détruire la république, se prévalaient des maux qui accablaient la France depuis l'existence de la république le trouvaient toujours inébranlable à la menace, et inaccessible à la séduction. Il ne se prononça pas moins énergiquement contre eux qu'il ne s'était prononcé contre les suppôts de la terreiu*. On en vint aux mains. La journée du i3 vendémiaire , qui décida la querelle, n'avait fait qu'enflammer son animosité contre les provocateurs de cette insurrection; mais cette ani-
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mosité ne se prolongea pas au-delà du combat: la victoire déddëe, on le vit s^empresser à relever les vaincus sur le champ de bataille.
Forcé, par suite de mes opinions qui avaient plus d'analogie, avec celles des vaincus qu'avec celles des vainqueurs, à recourir pour les premiers à lobligeance de Gbénier, j'eus, dans leur intérêt, de fréquens rapports avec lui à cette occasion. Je dois le déclarer : je ne l'ai pas trouvé moins secourable pour les ennemis de sa personne que pour ceux de son parti ; je lui ai vu prendre vivement la défense des hommes qui l'avaient le plus outrageusement déchiré, et qui ne se seraient pas probablement montrés aussi généreux envers lui , si k chance eût tourné différemment.
Au nombre de ces hommes était La Harpe. Tourmenté surtout du besoin d'occuper l'attention publique, La Harpe , qui n'avait pas changé de caractère en changeant de drapeaux, s'efforçait alors d'obtenir dans le parti religieux, par un fanatisme outré, l'import^ce qu'il n'avait pas obtenue, par l'exagération de ses opinions philosophiques , parmi les révolutionnaires. Toujours virulent y et déclamant en bonnet carré contre les doc» trines qu'il avait professées en bonnet rouge, il avait donné mille moyens de le perdre à un gouvernement qui savait n'avoir pas d'ennemi plus acharné. Chénier ne craignit pas de s'exposer au ressentiment de ses propres collègues, en se faisant dans les commissions de gouvernement le défenseur de La Harpe. U le sauva de la proscription ; et il savait bien que ce n'était pas un ami qu'il sauvait.