‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 4)Chapitre 126 sur 246 · ACTE m, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE IL

t)ans Genève eut encore un plus brillant destin.

Il n'est qu'une raison de tant de frénésie:

Les crimes du Saint-Siège ont produit l'hérésie^

L'Evangile a-t-il dit: « Prêtres, ecoutez-moi;

« Soyez intéressés, soyez cruels, sans foi,

«Soyez ambitieux, soyez rois sur la terre;

a Prêtres d'un Dieu de paix, ne prêchez que la guerre;;

tt Armez et divisez, pour vos opinions,

«Les pères, les enfans, les rois, les nations ?»

Voilà ce qu'ils ont fait.

LORRAINE

Osez-vous, téméraire....

Ne l'interrompez pas: continuez, mon père<

l'hospital.

Si Genève s'abuse, il la faut excuser : Les yeux fixés sur Rome, on pouvait s'abuser < Genève, récusant ce tribunal suprême , Aura cru que le code inspiré par Dieu mêmey Toujours cité dans Rome et si mal pratiqué, Peut-être aussi dans. Rome était mal expliqué. Dussions-nous de Calvin condamner Tinsolence, Entre les deux partis l'Europe est. en balancé; Et parmi vos sujets le poison répandu Jusque dans votre cour c^ja s'est étendu! Ah ! quoique vos sujets, si vous devez les plaindre. Sire, vous n'avez pas le droit de les contraindre:

Le dernier des mortels est maître de son cœur. Le tems amène tout, et ce n'est qu'une erreur; Et, si quelques instans elle a pu les séduire, L'avenir est chargé du soin de la détruire. Mais aflfecter un droit qu'on ne peut qu'usurper! Commander aux esprits de ne pas se tromper! Non, non: c'est réveiller les antiques alarmes. En lisant votre édit, tout va courir aux armes; Et vous verrez encor dans vos champs désoles Par la main des Français des Français immolés ; Après tant de traités les Français implacables. Et contraints par vous-même à devenir coupables. Citoyen de la France, et sujet sous cinq rois, Sous votre frère et vous, ministre de ses lois. J'ai voulu raffermir ses grandes destinées: Elle est chère à mon cœur depuis soixante années. Sire, écoutez les lois, l'honneur, la vérité; Sire, au nom de la France, au nom de Téquité, Par cette âme encor jeune et qui n'est point flétrie, Au nom de votre peuple , au nom de la patrie ; Dirai -je au nom des pleurs que vous voyez couler, Que tant de maux sacrés cessent de l'accabler. Bendez-luî sa splendeur qui dut être immortelle: Voire vieux chancelier vous ipiplore pour elle; Ou bien , si ma douleur ne peut rien obtenir. Je ne prévois que trop un sinistre avenir; Mais sachez que mon cœur n'en sera point complice.

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