SCÈNE V
Page 257 1 vers 21 et suiv.
De l'Église outragée humble et docile enfant, Et créé par ses mains prêtre du Dieu vivant ^ Je puis interpréter les volontés sacrées.
Le Cardinal de Lorraine avait neuf ëvéchés ou archevécliési et autant d'abbayes. Au Concile de Trente , il s'opposa fortement il l'établissement du divorce en France; mais, en récompense, il proposa pour ce royaume l'établissement de llnquisition. Dès ce moment, il avait conçu le dessein de perdre l'Amiral et tous les che£i des protestans. Écoutons Pas^ quier, cité par Bayle , article du Cardinal de Lorraine. «Parce «que les minbtres, dit -il, gagnaient auparavant le peuple « par prêches et exhortations , aussi M. le Cardinal de Lorraine 0 a voulu faire^le semblable entre nous. Il a premièrement prè- « ché en l'église Notre-Dame , ouï d'une incrédibile affiuence n d'auditeurs; et, depuis, en l'église Saint-Germain -l'Auxer- « rois, toutes les fériés et octaves de la Fête-Dieu, par entre- <t suites de journées , lui préchant un jour, et le lendemain le « Minime, dont je vous ai ci-dessus écrit; admonestant sur toute « chose le peuple qu'il fallait plutôt mourir et se laisser épuiser n jusqu'à la dernière goutte de son sang que de permettre, « contre l'honneur de Dieu et de son Église , qu'autre religion n eût cours en France que celle que nos ancêtres avaient si « étroitement et si religieusement observée. Ce m'a été chose n aussi nouvelle de voir prêcher un cardinal , comme peu aun paravant un ministre. Il a excité grandement le peuple aux « armes. » Bayle termine cet article par une invective éloquente contre le Cardinal de Lorraine, dont les mœurs étaient aussi peu évangéliques que le caractère. Cette énergique sortie trouvera sa place ici; et, peut-être, l'autorité de Bayle en Imposera à quelques gens , qui , ne connaissant pas mieux l'his-
oire que la poésie dramatique, in*ont reproché d'avoir repréenté ce cardinal bénissant à Paris le glaive des assassins*. Il Itait à Rome sans doute ; mais, de Rome, il dirigeait les meurres qu'il avait conseillés; mais il donna mille écus d'or au iourrier qui lui apporta U nouvelle du massacre. « Cétait un i grand cardinal qui ne s'exposait à rien en allumant par tous i les coins du royaume la guerre civile : il était assuré de sni* ivre toujours la cour, à l'abri de tout danger et de toute ( peine » et que , penjdant que les provinces seraient un théâtre I de carnage , il continuerait à se vautrer dans les voluptés ; B que son luxe, sa pompe, sa bonne chère , ses amourettes , ne ■ sonfiriraient point d'interruption. C'est là un sujet de scan- R dide qui doit augmenter prodigieusemem l'horreur que fait lanz Ames vraiment chrétiennes un prédicateur boute -feu, K oonet de guerre, et de supplices et de tueries; homme qui, à « proprement parler, n'est point de la religion de Jésus-Christ, «mais de celle de Saturne, et qui, dans le fond, pratique ce « que les prêtres de Carthage pratiquaient anciennement en « l'honneur de ce faux dieu : ils lui immolaient des hommes, et « s'imaginaient que sa religion demandait de telles victimes. »