‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 4)Chapitre 154 sur 246 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Page a64, vers 6 et 7.

Sous tant dé meurtriers le grand homme abattu l^pire, en invoquant Charles, qui les envoie.

L'auteur de la vie latine de Cqligni *, imprimée par les Elzévirs, raconte la mort de cet homme illustre avec beaucoup

I. Foye* ci-apvès la Lettre aux antenn àt la Chronique de Paris , sur on article du Mtreure, 29 noveinbre 1789. ( Nou de V Éditeur^)

a. Jean de Serrei. ( Note de l'Éditeur. )

d'intérêt et de naïveté. Je me sers ici de la traduction fran^ çaise publiée à peu près dans le même tems et par les mêmes imprimeurs*.

« Téligni s'étoit sur le minuict retiré avec sa femme en son «« logis , joignant celuy de l'Admirai. Il y avoit toutefois dnq « Suisses de garde en la cour » que le roi de Navarre j avoit m envoyés des siens. Or, un peu devant le jour, ayant été dict « à la bonne qu'il y avoit quelqu'un à la porte qui dcmandoit « à parler à l'Admirai de la part du Roi , il part soudain avec « les clefs ; et ne l'eut pas plutôt ouverte que Cosseîns le t poignardast , entrant avec ses ^arquebusiers dans la maison, « et tuant tous ceux qu'il rencontroit ou fuyans ou estonnés, t et remplissant tout de bruict et de tumulte ; et , après avmr « enfoncé l'autre porte qui fermoit la montée , et tué un Suisse «d'un coup de balle, toutefois quelques coffres, qui forent «jettes sur les degrex, luy empeschoient le passage. L'Admind « et ceux qui estment avec luy resveillés au bruict des arqoe- « busades, et ne doutans plus de l'effort des ennemis, soudain « jettes par terre, commencèrent à prier Dieu qu'il luy pleust « s'apaiser, et les regarder en ses compassions. L'Admirai, s'étant «levé, et ayant pris sa robe de chambre, commande à son « ministre Merlin de faire la prière ; et, suivant ses paroles avec n de véhémens soupirs, et invoquant Jésus -Christ, se résolut « de recommander à Dieu et remettre entre ses mains l'esprit « qu'il avoit reçu de luy en usufruit. Et, comme le tesmoin « oculaire de ces choses fut entré en sa chambre , et que le chi- « rurgien lui eut demandé que signifioit cette rumeur, se tonr- <« nant vers l'Admirai, il luy dit : C'est Dieu qui nous appelle « à luy : la maison est forcée ; et n'y a point de moyens de ré- « sister. Il y a long-temps, rcspondit l'Admirai, que je me suis « préparé à la mort : pensez, vous autres, à vous sauver, sH est « possible; car en vain vous efTorcerier-vous de pourveoir à

X . Le tradactear de cette Fie n*est conna que par les initiales : D. L. H.

( NùU de rÉdiiemr, )

■ ma vie. Je recommande mon âme à la miséricorde de Dieu. « Et fut remarqué de ceux qui rendent ce tesmoi^age que H son visage ne parut non plus troublé que si rien ne fût ar- « rivé de nouveau. Ainsi, chacun , hormis un, nommé Nicolas « de la Mouche , son interprète de la langue allemande et ser-

< viteur domestique très-ûdèle , ayans monté au hault du logis, «et trouvé une fenêtre aux tuiles, il y en eut quelques-uns « qui, à la faveur de la nuict, se sauvèrent. Cependant Cos- « seins, après avoir fait destoumer les coffres et autres em- « barras, fit premièrement entrer quelques Suisses, vestus de « Terd , blanc et noir, couleurs du duc d'Anjou, qui n'offen- « sèrent pas un des quatre autres de leurs compatriotes c[u'ïl7. n. rencontrèrent sur les degréz ; mais Cosseins , ayant la cui-

< msse, la rondache, et Tespée nue eu la main, aussitôt qu*il « les eut apperçus, fit tirer le plus proche de ses arquebusiers « sur eux , dont Tun tomba mort du coup ; puis un Allemand « nommé Besme , natif du duché de Wirtemberg , et fils, comme « l'on dict, d*un qui avoit eu la charge de l'artillerie , fut le pre- « mier qui entra dans la chambre; et, ayant demandé h l'Ad- « mirai, qu'il vit assis, s'il n'étoit pas l'Admirai, il lui répondit : « Je le suis; mais toi, jeune homme, respecte mes cheveux « gris et ma vieillesse. Lors Besme, sans autre repartie de pa- « rôles, lui donna un coup d'épée sur la tête, et fut le pre- « mier qui s'ensanglanta du sang de l'Admirai, que Cosseins, ft Atteins, et aultres qui suivirent, achevèrent. Et, ayant fait « jeter le corps par les fenêtres dans la cour (où le duc de «Guise le frappa du pied), il demeura exposé à toute sorte « d'ignominie, partie de ses membres coupes, traisné par les « boues , et enfin trois jours après pendu par les pieds à Mont- « faucon, où il demeura quelques jours, pour trophée et « marque de la cruauté et rage que le peuple de Paris exerça « non - seulement sur luy estant en vie, mais aussi sur son " corps mort : ce que la postérité ne, mettra pas en oubly, et 1 que plusieurs de grand jugement présagent devoir estre fatal t au principal auteur de sa mort. »

l^arres ancîemiet. I. 1 ^

ago NOTES.

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