‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 4)Chapitre 183 sur 246 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

Et, toujours étoufFës, ib renaissent toujours.

Il faut détruire enfin ces germes bomickles ;

Mais vous ne donnez, tous, qiie des conseils timides.

Complaire tour à tour aux partis opposes :

Voilà, dans tous les tems, ce que vous proposez.

Unissons, dites-vous ^ protestant, catholique;

Et vous ne songez pas que votre politique

Fomente autour de nous des troubles ëternek;

Qu'elle offense l'Etat, qu'elle insulte aux autels!

Ce projet trouverait un obstacle invincible :

On n'exécute rien, quand on veut Tin^possible.

Je ne demande point la guerre et les combats :

Ik n'ont que trop duré; mais, dans tous les États,

n faut, et c'est à vous. Monsieur, que j'en appelle.

Une religion constante, universelle,

Solide, et craignant peu le vain emportement

Du peuple, qui toujours se plut au changement.

Choisissons désormais. Ces deux cultes contraires

Enfanteraient encor des malheurs nécessaires :

Un seul doit réunir nos peuples et nos rcns ;

Et tous les protestans sont ennemis des lois.

LE CHANCELIBR.

Ministre des autels, qudle est votre espérance ? Eh quoi! prétendea*vous renouveler en France Ces sangkns tribunaux à Madrid révérés?

N'enchaînez point les cœurs par des liens sacrés. Dans le moindre mortel si vous voyez un frère , A ses yeux égarés présentez la lumière; Mais ne vous placez pas entre le Ciel et lui : Ce Ciel n'a pas besoin de votre faible appui. La vertu des hiunains n'est point dans leur croyance : Elle est dans la justice et dans k bienfaisance.

De quel droit des mortels, parlant au nom des cieux. Nous imposeraient-ils un joug religieux ? Comment déterminer la borne dés pensées ? N*allez pas recourir à des lois insensées Qu'une ignorante haine a pu seule établir : Loin de les réclamer, on doit les abolir.

LE CARDIHAL.

Ce n'est pas là du moins ce que le Roi veut faire. Je ne reconnais point les leçons de sa mère; Tous deux sont fatigués de nos dissensions ; Et je crois être sûr de leurs intentions. Un roi peut ce qu'il veut.

LE CHANCELIER

Quelle horrible maxime !

Ainsi les souverains sont traînés dans l'abime ! Si le Roi vous croyait... Juste ciel ! j'en frémis. Quoi ! de leur liberté lâchement ennemis , Je verrai les Français, martyrs du fanatisme, Sur leur trône, à l'envi, placer le despotisme! Non , non , des souverains connaissez mieux les droits : Nous sommes leurs sujets, ils sont sujets des lois. Il est, il est, Monsieur, de ces princes sinistres , Destructeurs d'un pouvoir dont ils sont les ministres ; Mais, lorsque^ tout à coup dissipant leurs flatteurs. Faisant évanouir les songes corrupteurs , Le jour est arrivé, le jour de la vengeance, Qui sous la main de Dieu va mettre leur puissance , Un éternel affront les attend au cercueil ; L'horrible sohtude accompagne le deuil ; Et souvent, en secret, sous de lugubres marques, Les peuples ont béni le trépas des monarques. Ne cachez point au Roi que parmi ses aïeux

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