‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 4)Chapitre 184 sur 246 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

Il est des noms sacres, et des noms odieux.

Louis neuf à jamais laisse un modèle auguste :

Il fut brave et pieux, et surtout il fut juste.

Son sceptre ne fut pas trop faible ou trop pesant ;

Et s*il eut des erreurs, quel^homme en est exempt !

Si l'excès d'un vain zèle a séduit son courage,

A ce grand roi , du moins , rendons un digne hommage ;

Ses fautes sont du tems , ses vertus sont de lui :

La voix du monde entier le révère aujourd'hui.

Le fils de Charles sept n'aima que les supplices ;

Il redoutait son peuple, et jusqu'à ses complices.

Fils et sujet rebelle , et roi dénatiuré ,

De gardes, de flatteurs, de bourreaux entouré,

Sa sombre tyrannie entassait les victimes ;

Et des prisons d'État il peuplait les abîmes.

n fut craint; mais l'histoire a dans tout l'avenir

De haine et de mépris chargé son souvenir.

Quel exemple aux mortels qui portent la couronne !

Laissons faire le tems : à la grandeur du trône

On verra succéder la grandeur de l'État ;

Le peuple tout à coup reprenant son éclat,

Et des longs préjugés terrassant l'imposture,

Réclamera les droits fondés par la nature;

Son bonheur renaîtra du sein de ses malheurs ;

Ces murs, baignés sans cesse et de sang et de pleurs,

Ces tombeaux des vivans, ces bastilles aflireuses

S'écrouleront alors sous des mains généreuses.

Au prince, aux citoyens imposant leur devoir.

Et fixant à jamais les bornes du pouvoir,

On verra nos neveux, plus fiers que leurs ancêtres,

Beconnaissant des chefs, mais n'ayant point de maîtres ,

Heureux sous un monarque ami de l'équité.

33o CHA.RLES IX.

Restaurateur des lois et de la liberté.

LB CARDINAL

Oui, ce discours y sans doute, est un ékn sublime : On reconnaît toujours Tesprit qui vous anime , Cet orgueil de sagesse et ce langage outré D*un fougueux magistrat par le tiie égaré, Qui y résistant au fils , et jugeant les ancêtres , Ose usurper le droit de' condamner ses maîtres. Finissons. Mais je veux ne tous déguiser rien : Le crédit qui vous reste est peut-être le mien; Enfin, vous me derez votre fortune entière; Et , lorsque Médicis , exauçant ma prière , Remit, sous le feu roi, les sceaux entre vos mains. Je suis, disais-je alors , garant de ses desseins: Du seul bien de l'Etat son âme est occupée ; Elle ma cru , Monsieur.

LE CHANCXLIEE.

Et lavez-vous trompée ?

C'est en effet TEtat que f ai dû soutenir ; Mais le passé n a point quitté mon souvenir. Sans vous, sans votre appui, peut-être ma fortune. Je veux bien l'avouer, eût été plus commune. Si le rang que j'occupe est un de vos bienfaits , Si je vous dois beaucoi^, je dois plus aux Français. Il fallait enchaîner les discordes civiles , Fixer des droits rivaux les bornes difRciles, Et, quand tous les partis ont méconnu les lois. Faire entendre partout leur inflexible voix. Pour appui dès long-tems n'ayant que mon courage, Partout, jusqu a ce jour j'ai fait tête à l'orage; J ai tâché d'accomplir ou de montrer le bien , D'être sujet. Monsieur, mais d'être citoyen,

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