ACTE III, SCÈNE IL
Mais, frappé d*un retour injuste ou légitime, II revient sur ses pas avec ceux qu'il estime. Le tems calmera tout. Ne croyez pas pourtant Être approuvé d*abord de ce peuple inconstant : Non, jusques aux bienfaits tout lui paraît à craindre; Il ne voit que des maux , et veut toujours se plaindre. Ses cris vous parviendront : c est à vous d achever ; Sachez le mépriser, mon fils , et le sauver.
LB CARDINAL
Sire , du cœur des rois c est le Ciel qui dispose ; C est lui qui vous inspire , et vous vengez sa cause : Il bénira vos jours. Tel est mon sentiment.
LB DUC
Si Ton peut, en effet, s expliquer librement. Sire , après nos malheurs renouvelés sans cesse , J'oserai demander pourquoi tant de faiblesse, Pourquoi tous ces traités que je ne conçois pas ? Un poison dangereux infecte vos Etats; L'amour de la discorde et des choses nouvelles Enhardit contre vous un amas de rebelles. Ah ! si l'on eût daigné leur imposer des lois, Votre frère à mes yeux les a vaincus deux fois : Sire, je lui connais des rivaux en courage; Mais vous ne voulez pas consommer votre ouvrage. Peut-être aurez-vous lieu de vous en repentir ; Il faudrait les dompter, et non les convertir.
LE CARDINAL
Il f^ut des saintes lois implorer la puissance, Punir, épouvanter la désobéissance.
Et non tenter encor le hasard incertain D'une éternelle guerre, où le sang coule en vain. Sire, un mal violent veut un remède extrême.
L'Etat, trop diybë, s'est afiBedbli lui-même;
Et, si l'on yeut guérir sa funeste langueur,
Dix combats feront moins qu'un instant de rigueur.
Soyez semblable au Dieu que le monde rérère :
Montrez-vous à la fois indulgent et sévère;
Avec le châtiment présentez le pardon.
En faisant de vous-même un entier abandon ,
Sans épargner le sang, mais sans trop le répandre.
Craignez les passions qui pourraient vous surprendre.
Écoutez , chérissez les ministres du Ciel :
Tout le pouvoir du trône est fondé sur l'autel.
De Pépin jusqu'à vous, Rome et tes rois de France
Conservèrent toujours une étroite alliance.
Ainsi , de jour en jour, votre puissant État
A vu par le Saint-Siège augmenter son édat.
Soyez reconnaissant ; croyez que votre zèle
Ne saurait surpasser sa tendresse fidèle.
LE ROI DB F R A N G B «a Chancelier.
Vous VOUS taisez , Monsieur.
LE GHANGELIBR.
Sire, permettez-moi...
LE ROI DE FRAHGE
Ainsi vous refusez d^éclairer votre roi?
LE CHANCELIER
Eh bien , vous lordonnez : je romprai le silence. On parle du Saint-Siège et de reconnaissance : Est-il d'ingratitude où le bienfait n'est pas ? Je pourrais vous citer des pontifes ingrats. L'Europe a vu cent rois armés pour leur défense; Et le sang des héros cimenta leur puissance. De notre antique histoire interrogez les tems : Qui leur a pu donner ces destins éclatans ?