XXXIV SUR M. J. CHÉNIER
liant ce coup, et assurant le succès de la spéculation , Tautre ministre acheta Fédition tout entière.
Ce ministre-là, au reste, acquittait une dette. Ché« nier, au tems de son crédit, s*était acquis des droits à la reconnaissance de plus d'une personne quand la fortune Tiendrait à lui manquer. Quon se souvienne que c'est lui qui avait provoqué le décret par lequel la Convention rappela en France le général Montesquiou , le citoyen Dupont de Nemours, et le citoyen Talleyrand- Périgord, qui s*en souvint en cette occasion.
Quelque déplorable que fût sa situation ^ Ghénier ne s'en laissa pas accabler. Cherchant dans l'emploi de son talent des ressources contre le besoin , il se créa en même tems de nouveaux titres à la célébrité. C'est alors qu'il composa pour l'Athénée de Paris le Tableau historique de la Littérature française : ouvrage qu'il n'a pas eu le loisir de terminer.
Depuis que les fonctions publiques ne réclamaient plus son tems , le donnant tout entier aux lettres , Chénier assistait assidûment aux séances de la seconde cksse de l'Institut, dont il était membre. Aucun des hommes célèbres qu*il y eut pour collègues ne s'y rendit plus utile; aucun n'apporta plus de lumières dans la discussion du Dictionnaire, qu'il aurait voulu refaire sur un plan moins restreint et plus philosophique que celui qui a été adopté; aucun n'apporta plus de talent et plils de zèle dans la confection des travaux extraordinaires* ^'à cette époque le gouvernement demandait aux corps académiques. Dans le rapport sur les prix décennaux , c'est lui qui , mettant encore ses res-
A L'ÉDITEUR. xxxy
sentimens sous ses pieds , fit Timportante analyse du Cours de littérature de La Harpe, ouvrage que lejurj, dont la classe ëtait chargée de rectifier le travail, n'avait pas même mentionné , et qu'il désigna comme digne du prix. C'est lui aussi qui fit, au nom de la même classe, le rapport sur Vétat et les progrès de la littérature depuis 1789. Ces deux morceaux, non moins remarquables par le goût qui préside à leur rédaction que par l'érudition qui s'y développe, sont de plus des modèles de critique littéraire, tant sous le rapport de la justesse que sous celui de l'urbanité: ils suffiraient à la réputation d'un académicien. Et c'est au moment où ses forces épuisées par dix ans de maladie l'abandonnaient que Chénier exécutait des travaux s» pénibles! L'énergie de son moral semblait se fortifier de Fafïaiblissement de son physique.
n est à remarquer néanmoins que Tàprefé de son caractère ne s'était pas accrue en proportion des forces de son esprit. Au contraire, s'adoucissant à mesure qu*il acquérait avec l'âge plus d'autorité dans les lettres, cet homme, dont les jugemens n'avaient pas toujours été exempts de dédain et de présomption, était devenu circonspect et indulgent à tel point qu'il tombait preiscpie dans l'excès contraire à celui qu'on lui avait justement reproché. On en trouvera la preuve dans certaines raeptions qu'il aceorde à plus d'un auteur dont les noms seraient absolument oubliés, s'il ne les avait cemsignés dans son Rapport sur Vétat de la Littérature. Là , sa conscience parle moins que sa bonté. Comme je hii en fidsais TûbjieiVation : « Ils m'ont prié, dit-il, si instant-