ACTE V, SCÈNE IV
Moi-même... ah! quai-je fait? Cruel , ingrat, perfide,
Parjure à mes sermens, sacrilège, homicide,
J*ai des plus vils tyrans réuni les forfaits.
Et je suis tout couvert du sang de mes sujets.
Ces lieux en sont baignés : sous ces portiques sombres.
Des malheureux proscrits je vois errer les ombres.
Une invisible main s appesantit sur moi.
Dieu ! quel spectre hideux redouble mon effroi ?
C'est lui : j'entends sa voix terrible et menaçante;
Coligni!... Voyez-vous cette tête sanglante ?
Le sang coule à longs flots de ses flancs entr ouverts ;
Il me suit, il me presse, il m entraîne aux enfers.
Pardon , Dieu tout-puissant. Dieu qui venges les crimes !
Toi, Coligni! vous tous, vous, trop chères victimes.
Pardon! Si vous étiez témoins de mes douleurs,
A votre meurtrier vous donneriez des pleurs.
Des cruels ont instruit ma bouche à Timposture ;
Leur voix a , dans mon âme y étouffé la Nature ;
J*ai trahi la patrie , et l'honneur, et les lois :
Le Ciel, en me frappant, donne un exemple aux rois.