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LETTRE
Ce ao janvier 1790.
Messieurs,
C'est avec regret que notre société rend compte des détails intérieurs auxquels son amoiir pour les malheureux et son empressement à les secourir ne lui ont jamais permis de donner de l'éclat. Voilà , depuis quinze mois , six représentations au profit des pauvres ; et, nous sommes forcés de le dire , ce n'a été qu'une faible partie des aumônes que nous avons faites. Nous n'avons pu voir sans douleur le nombre des infortunés augmenter chaque jour ;* mais nos nouveaux efforts pour les soulager, malgré les plus sages mesures, n'ont pas toujours répondu à nos espérances. La tragédie de Charles IX est l'ouvrage qui , dans ce moment, attire le plus de monde , et qui , par conséquent , semblait seconder le mieux nos vues de bieniaisance. Nous avons sur cela consulté l'auteur : sa
réponse a été qu'il s'en rapportait entièrement à nous, et qu'il abandonnait son droit pour cette représentation. Nous avons donc, contre l'usage, annoncé , jeudi 1 4 janvier, à un public nombreux, et affiché le lendemain , Oiarles IX et la Fausse Agnès. Surpris de la médiocrité de la recette , nous l'avons été bien davantage en apprenant que M. de Chénier retirait du Théâtre-Français cette tragédie et ses autres ouvrages '. L'étonnement que nous a causé cette extrême sensibilité s'est considérablement accru en lisant les nouvelles conditions qu'il nous impose pour la continuation de sa pièce. « Je ne rendrai mon ouprage aux Comédiens ( dit cet auteur , dans une lettre imprimée qui parait aujourd'hui) qu*à condition qu'ils donneront au profit des pauwes une seconde représentcUion annoncée plusieurs jours d'avance, » Il était réservé , sans doute, à M. Chénier de s'ériger publiquement en directeur de nos bienfaits. Nous- pourrions lui faire observer que rien ne s'opposait à ce qu'il disposât à son gré de sa rétribution d'auteur en faveur des pauvres : c'est la première fois que la bienfaisance semble nous être commandée. Nous pourrions dire que la publicité, qui n'ajoute rien aux aumônes, en diminue quelquefois le mérite; mais le respect dû au public, qui se porte en foule