‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 4)Chapitre 216 sur 246 · AUX DISTMCTS DE PARIS · texte numérisé non relu

AUX DISTMCTS DE PARIS

pour des esclaves , ni pour dçs courtisants ; il est £ait pour une nation, qui a conquis sa liberté , pour une nation gouvernée par un roi juste, conâant, généreux, digne d'elle , et qu'elle chérira toujours, par la même raison qu'elle détestera toujours la mémoire de Louis XI et de Charles IX.

Voulez-vous bien , Messieurs , prendre acte de l'adresse que i'ai l'honneur de vous envoyer ? Si l'ouvrage, une fois connu, se trouve calomnieux, ou contraire aux mœurs, ou contraire à la morale, je me dévoue au mépris des gens de bien, comme j'aurai droit à leur estime , si tout ce que j'affirme est la vérité. Si quelques personnes jugeaient à propos de vous dénoncer l'ouvrage , soit avant, soit après sa représentation, je vous supplie. Messieurs, de les engager à publier leurs noms, afin que je puisse repousser ouvertement leurs attaques, et les poursuivre , s'il en est besoin , comme calomniateurs. Vous approuverez la sensibilité d'un citoyen dont le patriotisme ne devrait pas être attaqué. Mon dévouement aux bons principes est connu de tous ceux qui ont entendu prononcer mon nom : je suppUe ceux dont je suis ignoré de ne pas se laisser entraîner par les cla-* bauderies des citoyens mal intentionnés. En composant un ouvrage de la nature de celui dont il s'agit, j'ai dû m'attendre à des cabales très-vio^^

38o ADRESSE AUX DISTRICTS DE PARIS.

lentes; mais aussi j'ai dû m'attendre à trouver un appui dans tous les hommes qui ont une âme énergique et libre, c'est-à-dire, dans tous les vrais Français.

LETTRE

i6 novembre 1789.

Messieurs,

On a beaucoup écrit depuis quelque tems pour ou contre la censure des ouvrages du théâtre. Un fait vient de démontrer, jusqu'à l'évidence, l'abus de ce tribunal arbitraire.

Certainement, Messieurs, il n'est point de censeur qui n'eût rêvé les plus absurdes chimères sur la tragédie de Charles IXy qui vient de réussir avec tant d'éclat et si peu de danger. Il n'en est point qui n'eût effrayé l'administration de ses terreurs vraies ou Êiusses. L'auteur de cet excellent ouvrage eût été découragé à jamais; la nouvelle carrière qu'il ouvre au génie, fermée sans retour; et le théâtre de la nation, ce moyen si puissant de l'éducation publique, ce théâtre avili sous le despotisme par tant de pièces immorales ou insignifiantes , non-seulement était menacé de perdre son ancienne gloire, mais de s'éteindre dans l'igno-

38a LETTRE AUX AUTEURS

minie, dont le succès récent d'un ouvrage sans mœurs' Tavait si malheureusement entaché.

Eh bien , Messieurs , cette tragédie , source de tant d'alarmes, et calomniée d'avance avec tant de fureur, n'a pas donné lieu au moindre abus , à la plus légère effervescence. Ces allusions, aussi téméraires qu'injustes, que l'on feignait de craindre, et dont malignement on suggérait l'idée , ne se sont présentées à l'esprit de personne. Je n'en excepte qu'une , et vous la connaissez : c'est l'application respectueuse et tendre que la nation a faite avec transport au meilleur des rois de ces vers si heureusement placés dans la bouche de raospital.

On verra nos nevenx, plus fiers que leurs ancêtres. Reconnaissant des chefs, mais n'ayant |>oint de maîtres, Heureux sous un monarque ami de l'équité. Restaurateur des lois et de la liberté.

Que l'auteur est bien vengé , Messieurs , de tous ces libelles répandus d'avance contre son ouvrage ! Il ne reste plus qu'à lui rendre la justice qu'il mérite, et qu'il obtiendra (j'ose le lui promettre) de tous ceux qui connaissent le grand art de la tragédie. Je sais que le nombre des connaisseurs diminue de jour en jour ; je m'attendais au re[H*oche qu'on a fait à la pièce de manquer d'action , et à

I . Le Mariage de Figaro. On sait que cette comédie originale , jouée pour la première fois en 1784* eut un succès prodigieux.

( Noie de r Éditeur, )

ce reproche de longueurs ^ devenu Tarme banale de tous les sots qui se mêlent de juger, et qui ne savent que dire; mais le tems n'est pas encore arrivé d'être complètement juste envers ce bel ouvrage , et de sentir tout le prix de là grande révolution que l'auteur vient d'opérer au théâtre. Je ne me laisserai point enlever le mérite de le défendre contre ses détracteurs*; mais je respecte les bornes de votre journal , occupé maintenant d'objets plus dignes encore de l'attention publique. Je me contenterai seulement de vous dire , à vous. Messieurs , qui avez eu le courage de parler de I3 tragédie de Charles IX avec une impartialité qui VQMS honore, que cette pièce est la première tragédie véritablement nationale qui ait encore été donnée sur notre théâtre; qu'elle renferme à la fois les plus importantes leçons et le plus grand exemple qui ait jamais été présenté non-seulement à la nation , mais à tous les souverains ; que les principes répandus dans l'ouvragé rendront la . mémoire de l'auteur éternellement chère à la postérité; et qu'enfin on a voté dans quelques districts d'encourager un talent si précieux et des vues si pures par une couronne civique. J'ai l'honneur d'être, etc.

Palissot.

(i) Voyez la comédie de Palissot, à la fin du présent volume.

LETTRE

AUX AUTSU&S

%g novembre 1789.

Je viens de lire. Messieurs, dans le Mercure d'hier, un article sur la tragédie de Charles IX ^ qui me semble mériter une réponse ^ Si l'on attaquait cette pièce du côté littéraire , je garderais le silence; on semble attaquer son but moral : je suis forcé de prendre la plume.

L'auteur de cet article assure qu'il n'est point de Français qui ne doive rougir, comme homme , en songeant au massacre de la Saint-Barthéleroi. 11 est impossible de calomnier toute une nation plus indécemment; et cette calomnie est digne d'un journal ci-devant privilégié. Le crime affreux dont il s'agit est celui de Catherine de Médicis, des Guises, de Charles IX et de sa cour. Une na-

I. Voyez le Mercure de France du samedi 28 novembre 17B9; les premiers mots de Tarticle sont ; Transeat à me caUjc iste, L*auteur, M. de Charnois, y garde Tanonyme. {Note de l'Édit,)

tion qui n*a aucune part à son gouvernement ne peut être accusée des atrocités de son gouvernement. J'ai déjà exprimé cette pensée en d'autres termes dans mon écrit sur la liberté dUi- théâtre. Je SUIS étonné qu'il me faille répéter si souvent des idées si simples.

' <c Celui qui ose calomnier la nation entière prétend que je n'ai pas dû faire bénir, par le cardinal de Lorraine, les armes des catholiques qui vont égorger les protestans. Je sais que ce cardinal était à Rome à l'instant du massacre de la Saint-Barthélemi ; mais il serait absurde d'exiger du poète qui compose une tragédie nationale la scrupuleuse exactitude d'un historien. Dans une tragédie , il suffit de ne faire agir ses personnages que d'une manière conforme à leur caractère connu. Je serais blâmable, par exemple, si j'avais peint le chan* celier de lllospital comme un homme intolérant et sanguinaire ; ou le cardinal de Lorraine comme un prélat vertueux. On n'ignore pas que ce prêtre ambitieux et superbe, qui avait obtenu des gardes pour l'accompagner, qui avait accumulé sur sa tête tant d'évéchés et tant d'abbayes, maître de

I . Cet alinéa est textaellement inséré dans le Discours préliminaire de la tragédie de Charles IX. Voyez, présent volume y page 169. ( Note de C Éditeur. )

Œuvres anciennes. I. ^D

386 LETTKE AUX AUTEURS

l'esprit de Médicis , et par elle de l'esprit de ses enfans, fut le principal auteur des désastres qui ont souillé les règnes de François I( et de Charles IX. On n'ignore pas, et le critique l'avoue, qu'il voulut rétablir en France le tribunal de linquisition. On n'ignore pas qu'il conduisit l'abominable projet de la Saint- Bartbélemi; et ce fait fut démontré par les lettres que le cardinal de Pellevé lui adressait à Rome, lettres que les huguenots interceptèrent.Qui n'a pas entendu parler de l'édit des gibets, en i SSq ? Qui n'a pas entendu parler de cette bulle de i543, où le pape Clément YII lui accordait, pour lui et pour douze personnes à son choix, l'absolution des plus grands crimes, tels que l'homicide , l'inceste , le sacrilège , deux fois pour lui , et une fois pour chacune des personnes choisies? Et, s'il faut en croire le Mercure de France y je n'aurais pas dû représenter le cardinal de Lorraine bénissant les exécuteurs des meurires qu'il avait conseillés ! Ah ! tous les amis de la vertu, tous les ennemis du crime doivent me rendre grâce, j'ose le dire, d'avoir mis son fanatisme en action de la manière lapins énergique, et d'avoir livré ce prêtre infâme à l'exécration de la postérité. »

Mais quel est le but de la tragédie de Charles IX? Cette demande du critique est d'une simplicité

précieuse , qu d'qne in^igqç mauyaisç fqi. Aprftç avoir déclaré quHl ne saurait \ç dey'm^ft ^^ ajoute ^ a-f'On voulu... L'impuissance d'achever la plir^^p serait d'qn iiqbéçille ou d'un î^l^nnéte bon;imq. C'esf pourquoi je ^omme l'auteuf fie pet artip^ d'expliquer lui-même ce qq'il a vQulif ^fe. ^le respecte le public, j'estime |e^ çr^tique^ éclair^, je méprise les louanges et les satîre$ d'ui^ A(|. de Chamois, je méprise encore plus les calomniateurs; mais tant qu'il y aura des tribunaux en France ,' je ne serai pas jipQpunément calomnié. En attendant la réponse du critique, je veux bien lui apprendre quel est le but de la tragédie de Charles IX: c'est d'anéantir le fanatisme qui est affaibli, mais dont le germe subsiste toujours dans une religion exclusive ; c'est d'inspirer l'horreur de la tyrannie, du parjure, et des séductions funestes qui entourent le trône; c'est d'inspirer l'humanité , l'amour de la liberté et le respect des lois. C'est pour tout cela qu'il n'est point au théâtre de tragédie aussi fortement morale; c'est pour tout cela qu'en la livrant à l'impression je l'appellerai Charles IX ^ ou r École des Rois. Chaque représentation renouvelle les transports du peuple français, au moment où le chancelier de lllospital prédit la constitution nouvelle, et le bon roi qui gouverne aujourd'hui la France. Ces applaudisse-

mens sont ceux qui me flattent le plus. Cest un honneur qu'on doit m' envier sans doute, mais qu'on ne peut me ravir. Je sais qu'il y a beaucoup de gens qui sont choqués de cet ouvrage et de son succès : c'est un honneur de plus pour moi. Tose me flatter que mes écrits déplairont toujours aux ennemis de la raison et de la liberté. Tai l'honneur d'être , etc.

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LETTRE

AUX AUTEUaS

DE hk CHRONIQUE DE PARIS.

18 janvier 1790.

On trouve, Messieurs, dans un journal peu connu , qui se nomme le Spectateur national y un petit article contenant un petit mensonge , qu'on me conseille de relever. Voici l'article innocent.

« Vendredi on a donné à ce théâtre (Théâtre de la Nation) au pro&t des pauvres , la vingt-cinquième représentation de Charles IX. On devait croire que cette tragédie , qui a attiré , dans ses premières représentations ^ une si grande afHuence, par le seul motif de la curiosité , en amènerait une au moins aussi grande , quand il s'agirait de générosité, de bienfaisance et d'humanité. Cet espoir a été trompé ; et le chef- d'oeuvre national . qui a produit tant d'argent ^ tant échaufSé d'esprits, tant occasionné de querelles de vani^ ou d'anti-pa-

390 LETTftE AUX AUTEURS

triotisme^ a produit à peine une recette de charité montant à laoo livres. Il y a bien loin de Fesprit d'enthousiasme à Thumanité. »

Je ne parlerai point de l'envieuse malignité qui a dicté ce joli paragraphe ; mais il est faux que la recette de vendredi n'ait monté qu'à i aoo livres. La recette de la porte a monté à 1 800 liv. moins un ou deux écus. Ce mensonge est peu important par lui-même ; mais il est toujours inutile de mentir. Le Spectateur national me permettra de lui donner, par la voie de votre journal , un avis dont il fera bien de profiter : ce n'est pas tout de n'être point lu et de n'être pas lisible, il faut encore être véridîque.

Il est également faux que la tragédie de Otaries IX n'ait attiré une grande affluence que dans ses premièt*ès représentations, comme le prétendu Spectateur semble l'insinuer. L'affluence s'est toujours soutenue. La recette de la vingt-quatrième représentation, donnée la surveille de la vingtcinquième, a passé 4^00 livres; et beaucoup de gens venus pour voir la pièce n'ont pas trouvé de place. La recette suivante n'aurait pas sans doute été moins considérable, si la vingt - cinquième re- {)résentation avait été annoncée quelques jours d'avance , comme toutes les représentations de pièces nouvelles le sont à tous les spectacles, surtout quand la recette est desHnée à un usage res-

DE LA CHRONIQUE DE PàWS. Sgi

peclable; mais la pièce avait été affichée jeudi pour le lundi suivant, et n'a été affichée pour le vendredi soir que le vendredi matin.

Tai trouvé, tout comme un autre, tjue la recette de la représetitâtioù poui^ les pauvret était beaucoup trop mférieutiè à la recette des représentations pour la Comédie française. Je Tai si bien trouvé que j'ai retiré ma pièce; et je ne U rendrai aux comédiens qu'à condition qu'ils donneront, au profit des pauvres, une seconde représentation annoncée plusieurs jours d'avance. Je sais très-bien qu'on a voulu me compromettre à cette occasion, et faire douter de mon zèle pour les intérêts du peuple, dont les pauvres forment la partie la plus intéressante. J'espère du moins que cette lettre répond à tout; et j'ose assurer que ma conduite sera toujours d'accprd avec les principes que j'ai professés dans tous mes écrits, surtout dans la tragédie de Charles IX. Je vous prie. Messieurs , au nom de ces principes , qui sont les vôtres et ceux de tous les bons citoyens, de vouloir bien insérer au plus tôt cette lettre dans votre journal.

Au reste , je sais quel est le style ordinaire de ces petits eunuques de littérature , qui , désespérés et confus de leur impuissance , ne cessent de décrier, dans leurs misérables feuilles , tous ceux qui sont capables de produire. Si vous réussissez, ils

3c^^ LETTRE A LA CHRON. DE PARIS.

vous prouveront , comme disait M. de Voltaire , que vous n'avez pas dû réussir ; ils dénigreront les plus beaux vers en prose détestable; ils dénatureront, ils falsifieront, ils mentiront avec impudence. Mais, au milieu de leurs mouvemens convulsifs, Touvrage demeure inébranlable, s'il a vraiment quelque mérite ; et ces critiques ineptes sont bientôt plus oubliés qu'ils n'étaient méprisés d'abord : ce qui certainement est beaucoup dire.

J'ai l'honneur d'être, etc.

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