SCENE IV
DORIMON
Eh! qu'importe, Madame, qu'il les ait bénis ou non , s'il est vrai qu'il les a dirigés ; s'il est prouvé que de Rome il fut un des plus ardens instigateurs de la conspiration; si tous les historiens attestent qu'il fut le promoteur de tous les édits sanglans contre^ les Protestans; et que, sans le Chancelier de lllospital, qui eut le mérite de parer le coup, il établissait pour jamais en France l'affreux tribunal de l'Inquisition ?
l'abbé.
Tout cela ne prouve pas qu'il ait béni des poignards.
DORIMON
Non; mais qu'il était très-capable de les bénir; et c'en est assez pour justifier le poète.
LA VIDAME
Mais, comptez -vous pour rien. Monsieur, le tort que cette bénédiction sacrilège peut faire à la religion ?
DORIMON
Dites au fanatisme et à l'hypocrisie, Madame; et ne renouvelons pas les objections qu'on fit à Molière contre Tartufe.
LE CHEVALIER
Moi , je pense comme l'Abbé, sans être plus dévot que lui : cette bénédiction est révoltante.
LABBE, à Dorimon.
Mais, ce chancelier, à qui, de son autorité privée,
43o LA CRITIQUE DE CHARLES IX,
l'auteur a rendu les sceaux, pour qu'il revînt opiner dans le conseil de Charles IX!...
DORIlftOJf.
Vous parlez, Monsieiir, d'un des plus beaux endroits de la pièee;et Fauteur ne poofait mieux iaîre que d'introduire dans ce Conseil le Caton des ¥nn^ çaîs , le vertueux FHospîtal. Il fiiUait bien apposer un honnête homme à cette foule de Prêtres fiinatiques et de Courtisans pervers. Eh! qui pouvait exciter mieux l'émulation d'un talent avide de gloire que cet immortel Chancelier? Quel personnage plus heureux à peindre, et plus digne d^onorer la scène?
l'abbk.
Belle raison, pour justifier un anachronisme! Mais, il s'en faut bien que j'aie tout dit sur le Car* din.il. Comment excuser l'odieuse licence que l'auteur s'est permise de mettre sur la scène un Prince de l'Église ?
OORIMON.
Un Prince de l'Église, dites-vous? si, pourtant, cette dénomination fastueuse peut s'appliquer aux représentans d'un Dieu qui- voulut naître pauvre et mourir dans l'ignominie. Mais, par quel étrange privilège ces prétendus princes se croiraient-ils exceptés de la loi commune qui soumet k la juridiction du tliéâtre toutes les conditions humaines ? Dans un siècle oîi le génie n'osait encore kitter contre la superstition , Racine ne se permît-il pas d'iotrodoire sur la scène