‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 4)Chapitre 27 sur 246 · Acte II , scène 11 , page 266 tst suiv · texte numérisé non relu

Acte II , scène 11 , page 266 tst suiv

Exdamation involontaire, qui jette un tragique rayon de lumière sur la complicité de l'Empereur^. Sa dissimulation écarte l'agent des dissensions de l'armée et de la mort d'un fils adoptif qu'il feint

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de pleurer et de vouloir venger lui-même. Il a commandé le forfait que Pison a commis , et dont la voix d'Agrippine réclame le châtiment; mais le courroux éloquent et la juste poursuite de cette veuve auraient trop d'éclat : il ne veut pas qu'elle recueille le fruit du crime qu'il a commandé , en cultivant les ressentimens qu'il inspire , ni qu'elle hérite de l'honneur du héros sacrifié, en faisant punir ses ennemis. Quel moyen lui suggérera sa prudence? celui de changer, à la faveur d'une loi, l'organe de l'accusation ; de suppléer aux accens trop solennels d'Agrippine par ceux du vil Fulcinius, personnage indispensable dans le tableau d'une telle cour, puisque c'est un délateur vendu, flétri , que le prince a fait asseoir parmi les membres du sénat. Le choix d'un si misérable défenseur de la cause intentée contre Pison obscurcira les imputations," infirmera les griefs, diminuera la valeur des plaintes d'Agrippine , et laissera Tibère libre de perdre ou de sauver l'accusé. D'ailleurs, une artificieuse précaution pour la paix de l'empire, et l'intérêt de l'équité, ne permettront point que les débats soient livrés à la véhémence des tribunaux populaires: on renfermera ce procès auguste dans le conseil secret des Pères conscrits. Chacun garde le silence ; et , quand Tibère affecte de déplorer le sort du noble Pison , et de s'étonner qu'il n'ait déjà plus de défenseurs , on entend

le jeune Cnéius lui répondre, en »'élançant sur la scène:

Il lui reste son fils.

Ihid.y scène iv, page 271 , vers a.

La touchante harangue qu'il adresse aux séna* teurs respire la vertu , Faniour filial et le respect des chagrins d'une illustre veuve, pour laquelle il sait accorder les plus nobles déférences avec les expressions du zèle qui l'enhardit à défendre son père. La réplique d'Agrippine ne le cède point en dignité généreuse à ces beaux sentimens. Aussi le tjrran, contraint à louer des combats de grandeur qui lui font ombrage , se hâte de réprimer ces mouvemens de la nature soulevée autour de lui; et, prompt à faire taire le bruit des afflictions qui l'importunent, il dissout l'assemblée , en prescrivant à tous de surmonter les regrets , à son exemple, et d'honorer Germanicus par l'effort d'un courage digne de lui.

Il blâmerait lui-même un long abattement. Les princes, les héros, ces astres d'un moment, Vont s'éteindre à jamais dans la nuit étemelle ; Biais Rome leur survit : Rome est seule immortelle.

Ibid. ibid. , page 273 , vers 21 et suiv.

Le développement politique de cette époque du despotisme impérial ne ralentit point, au troisième acte , le cours de l'action. Tibère , long-tems sage gouverneur de Rhodes, général vainqueur chez les Parthes et dans l'Illyrie, étudia dès sa

OEnrre* ancimnes. I. ^

i8 ANALYSE RAISONNÉE

jeunesse les mouvemens des armées et des villes ', il apprit cornment les factions perpétuent les murmures, et interprètent les sévérités du pouvoir, érigent les rebelles en vengeurs, leurs partisans en vertueux opprimés, et leurs chefs en idoles. Il sait avec quel art elles en exagèrent la réputation et les soufirances dans le souvenir, pour qu'à défaut de patrons, qu'ils n'ont plus, mille cliens égarés s'arment au nom de fantômes; pour que les cris élevés contre des proscriptions supposées leur prêtent ensuite des raisons plausibles de proscrire. Ces fausses lamentations des partis , qui glacent la compassion méritée, et qui déshonorent les accensdu malheur; ces exaltations menteuses , ces impostures qui éternisent les troubles des États, et qui ne sont que les imitations intéressées des douleurs produites par les ^Taies calaiili tés publiques : Tibère, qui en mesura tous les dangers, ose, après son attentat, les attribuer au sincère désespoir d'Agrippine, qu'il a consternée d'un réel sujet de pleurs. Il lui reproche l'appareil de son deuil , la durée de ses soupirs , la pitié que les cités lui montrent, le cortège des fils qui la suivent , et les prières qu'elle lui adresse en £aveur de leurs droits de fraternité avec Drusus. Les démonstrations de la fierté maternelle qui l'anime tendrement pour eux ne paraissent à Tibère que celles d'un orgueil jaloux de les élever

à Tempire. Ses soupçons enveniment le langage de tous les transports naturels. Tout aigrit son âme basse. A peine se retrouve-t-il seul avec Séjan qu il lui parle du jeune Caïus, qu'une mère éplorée vient de recommander à son adoption : cet enfant que déjà l'aveuglement du peuple idolâtre par avance, à titre d'héritier d'un héros; ce monstre naissant, dont il a pénétré la méchanceté, plaît à sa rage pour lui succéder sur le trône:

Paisse Rome, en effet, tomber entre ses mains! Ma haine avec plaisir le conserve aux Romains. Timides artisans des discordes civiles , Rebelles en secret, publiquement servîtes, Du sein de leur bassesse ils osent m'outrager : C'est en me succédant qu'il pourra me venger. Écrasés par le fils, ils maudiront le père. Et y sous Caligula, regretteront Tibère.

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