‹ Œuvres completes de M.J. Chenier (volume 4)Chapitre 33 sur 246 · Acte IV, Mine ■*, page 33a, T<n S · texte numérisé non relu

Acte IV, Mine ■*, page 33a, T<n S

alors commence un cinquième acte que Voltaire a supprimé tout entier, et duquel s'épanchent les plus abondantes expressions du pathétique. La pitié s'empare du sujet par la touchante peinture de la mort de Jocaste et du supplice de son époux * dont toutes les circonstances sont relevées avec adresse par la plus élégante diction.

Seule Ml fond du palais elle s'est retirée; Elle a fermé la chambre à l'hymea consacrée. C'est là que, suppliante, elle adresse à |;caoux Des vœux et des sanglots à son premier époux: Elle invoque, en pleurant, la couche solennelle, Autrefois vertueuse, aujourd'hui crîminHlc, Où, sur la foi d'hymen et des autels chérie,' Au fils de son amour elle a donné des fils.

Et plus loin :

La mort décolorait son front sans diadéne; Cet éclatant tissu, marqae du rai% suprême. Frétant au désespoir im horrible secours. De ses jours malheureux avait tranché le cours. Tout gémtL Le roi sent, dans un affreux sik-nce. Contemple c«s débris, et tmil-à-cçup s'éhmrc: Une agrafe, oA brillaient l'or et les diamans. Et qui de votre reine ornait les véiemens, Deveoant pour Cffidipe une arme meurtrièix-. De Ml yeux déchira arrache la lumière.

AdsV, tctee I, page 383, reni el Miir.

fiîeotôl arrive le malheureux roi : figurez^vous sur le théâtre Tetilrée de ce prince aveugle , le front couvert d'un bandeau sanglant qui remplace la couronne dont les dieux viennent de le dépouiller^ écoutez ses plaintes , écoute^ les consolations généreuses de Créon; voyez cet infortuné presser ses filles dans ses bras^ et leur prédire les maux auxquels les dévouent des malédictions univer<^ selles qui les condamneront au c<:libat et aux affronts de rindigence , et vous pressentirez les émotions du public à ce douloureux spectacle. Ici, nous regrettons qu'un trait sublime soit échappé au traducteur : s'il eût possédé le génie tragique de Sophocle au même degré que la connaissance des régies de Fart, il n'eût pas omis l'exclamation la plus pathétique et la plus terrible d'C£dipe embipassant ses enfans et les rejetant malgré lui de son sein paternel :

O tnes filles !... mes sœurs !

La timidité du goût moderne ne doit pas étouffer ce cri qui sort des entrailles mêmes de l^elpomène; et je conseille à quelque habile acteur de le faire entendre à nos 'nouveaux Athéniens.

Ces beautés fortes et originales ne pouvaient appartenir au plan rétréci de Voltaire. En retran* chant le rôle de Tirésias , dont Tàveuglement pré^ parait d'avance le spectateur à Taspect de l'aveuglement plus affreux d'Œdipe, il s'était privé du

grand tableau de ce dernier acte, qui, peut-être, eût moins attendri que repoussé dans sa tragédie; mais, en conservant l'ordonnance scrupuleuse, Chénier n'a pas été contraint de le tronquer , et n'a pas dû redouter d'en reprodtiire le magnifique dénouement. Cette belle copie du chef-d œur vre antique offrira désormais à notre étude le$ plus importantes leçons de l'art dramatique et de la piété résigné^, dans la représentation de l'instabilité des grandeurs humaines, du néant de nos trompeuses vertus et des présomptions de notre fausse prudence, qui luttent en vain contre les décrets des dieux , sous l'empire de la Êitalité.

Je m'abstiens de joindre à mes considérations sur cet utile travail l'examen de VŒdipe à Qh lone^ moins heureusement traduit par Chénier que par le premier imitateur français ' qui en a si bien exécuté les principales scènes avant lui.

Passons à l'analyse de quelques ouvrages plus dignes des éloges que nous devons au mérite de notre illustre auteur.

Si l'on prenait le soin de vérifier les témoignages des traditions trop légèrement accueillies par le vulgaire ; si l'on ne faisait pas trop souvent des livres avec des livres, mais qu'on les composât à l'aide d'une exacte recherche des faits, on ne propagerait pas les erreurs, on ne les perpé-

Page 1