SCÈNE PREMIÈRE
SOLIMAN, NARSÈS
NARSàS.
J E ne me trompe point : quoi ! Seignepr, c'est vous-même? Ah! daignez pardonner à ma surprise extrême. Quel destin vous conduit? Parlez: comment ce jour M'ofTre-t-il en nos murs Soliman de retour? Le glaive des chrétiens est levé sur nos têtes. Dans ce trouble effrayant de sanglantes tempêtes,, Quoi! pour nous secourir, vous les avez forcés, Ces remparts, ces chemins, d'armes tout hérissés? Notre attente est comblée; et sur votre vaillance Ces murs peuvent encor fonder quelque assurance.
SOLIMAK.
Dès ce moment , Narsès , vos dangers sont les miens. Cette nuit dans leur camp j'ai surpris les chrétieas-^
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Et de mes Syriens l'impétueux courage M'a livré jusqu'à vous un facile passage. Vain et frivole éclat qui vient de me couvrir ! Mes états sont perdus; et j'y devais courir; Et là , de soins plus grands ma valeur occupée Détruisait de Bouillon la puissance, usurpée. Mais j'aime, tu le sais : trop indigne guerrier, De mon funeste amour je dépends tout entier ; Et chaque jour me voit, d'une main impuissante Cherchant à secouer ma chaîne avilissante, La retenir saqs cesse, et sans cesse en rougir. Et toujours soupirer quand il faudrait agir. Enfin j'ai succombé. Le péril de ta reine Dans les murs dlléraclée aujourd'hui me ramène. Je l'adorai long-tems sans espoir de retour; Longf-tems son Jeune cœur, insensible à l'amour, ï^'offirit à mes soupirs qu'une pitié cruelle; Mais j'ai vaincu Bouillon ; je l'ai vaincu pour elle : Je viens de mes exploits lui demander le prix.
NARSÈS
Ah! plutôt armez-vous d'un généreux mépris. La gloire doit payer cette haute vaillance , Dont l'amour ne saurait être la récompense.
SOLIMAN
Comment ?
if ARsès.
N'écoutez point. Seigneur, un vain espoir.
Et de ses yeux ingrats dédaignez le pouvoir.