M. Sautreaii
a. Geoffroy. (Notes de l'Éditeur,)
tort judicieuses. 11 en est pourtant quelques-^unes sur lesquelles je ne saurais adopteî* son avis. Un des reproches qu'il fait à la pièce , c^est que le dénouement en est prévu ; mais il y a des tragédies dont le titre même annonce le dénouement : témoin la Mort de César. Il y a plus : le dénouement est nécessairement prévu dans toutes les tragédies fondées sur l'histoire. On sait que les enfans de Brutus périront, que Britannicus sera empoitooné. On en peut dire autant des sujets fondés sur des fables très-connues. Dans les pièces où le caractère d'un personnage produit lé dénôueméiDt, si ce caractère est bien tracé , le dénouement est prévu. Titus dans Bérénice ^ et Turenne dans Azémire, commettraient une lâcheté s'ils agissaient autrement qu'ils n'agissent. Il me semUe même que ce n'est point le dénouement qui doit exciter la curiosité dans la tragédie, mais plutôt les moyens qui amèneront le dénouement. Dans jdthalie , on prévoit , dès le premier acte , que Joas sera couronné, et qu'Athalie sera tuée. On est certain de ce dénouement, parce que tout autre serait insupportable. Il existe néanmoins dans Athalie un grand intérêt de curiosité, par la raison qu'une foule de circonstances s'opposent à l'é* vénement qu'on désire, et que ce dénouement nécessaire parait en même tems presque impossible.
72 LETTRE
Un «utre reproclie qu'on fait à la tragédie XAzéinire c'est l'inaction de Soliman : ce reproche ne me parait que jtrop juste. Je croi$ que c'est en effet * le principal défaut de la pièce, et que ce défaut en rend quelquefois la marche languissante. Vous devez ¥ous rappeler, mon ami, que l'inutilité de içe rôle vous ayait frappé , et qu'elle fut remarquée {>re6que généralement aux différentes lectures que vous avez entendues. Pour me défendre alors, je ni$ citais pas l'insiippprliable rple d'O^narus dans Ariane j où tous les rôles soqt ridicples, à l'exception du principal; mais je citais Ântiochus dans fiéréniccj Assur dans SémiramiSy Philoctète dws Œdipe. Sgns doute il aurait mieux valu se corriger; j|.iai$, d'après la constitution de la pièce, je croyais hnpossible dp changer le rôle de Soliman. J'avoue que je n'efi suis plus si persuadé. Ce chaur gement toutefois, qui rendrait la marche de l^i pièce plus vive et plus fortement tragique , exige-r rait un travail assez coqsidérable ; et je n'aurai le droit d'entreprendre cp travail qu'après avoir, si je puis, par d'autres ouvrage^, mérité l'attention du public. Je me bornerai, eq gç moment, à lui présenter ^z^mire avec tous ses défauts, afin qu'il puisse en juger par lui-même, et non sur des rapports contradictoires.
Quant aux ressemblances, on pc trouvait pas ipauvais, en 1734, que M. de Pompignan fît re-
présenter une Didon sur le même théâtre où l'on représentait Bérénice et Ariane; on ne lui reprochait point d'avoir tiré de Virgile et de Métastase presque tout ce qu'il y a de remarquable dans sa pièce; et quelques gens m'ont reproché d'avqir beaucoup emprunté du Tasse. D'abord je n'ai point imité le Tasse dans les caractères. Azémire n'est ni une coquette, ni une magicienne; et ceux qui ont fait semblant de reconnaître Ubalde dans le personnage dé d'Amboise n'ont pas songé que, si ce personnage a quelque mérite, c'est peut-être celui d'être quelquefois éloquent; et qu'un bour clier magique ne saurait donner l'idée d'un discours noble et théâtral. Je ne dois non plus aucun détail à l'auteur de la Jérusalem délivrée. Je puis m'être trompé; mais, si quelque discours d'Armide ou de Renaud m'avait paru susceptible d'être transporté avec succès au théâtre , j'aurais saisi cette occasion de puiser de vrs^ies beautés dans le plus grand poète de lltaUe moderne, comme lui-même en a souvent puisé dans Virgile; et Virgile et les Tragiques grecs, dans Homère,
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PERSONNAGES
AZEMIRE.
SOUMAN.
TURENNE
D'AMBOISE
NABSÈS.