ACTE III, SCÈNE IL io
Et mon cœur dans le tien demande à s'épancher. Sans crainte et sans détour permets qu'il se déploie; N'augmente point l'horreur qui se mêle à ma joie; Ne sois pas inflexible, et laisse-moi goûter Ce qu'au prix de la gloire il me faut acheter. Laisso-moi mon bonheur. Il n'est plus sous les tentes. Hélas ! songeant encor à des palmes absentes , Enoor plein des exploits qui me jfurent promis, A l'ombre de ces murs trop souvent je gémis. Plains-moi, dans les hasards fais oublier Turcnnc; A ta gloire, d'Amboise, ajoute encor la mienne; Perdu pour les dirétiens, je veux revivre en toi : Va cueillir ces lauriers qui ne sont plus pour moi , Et ne tourmente plus une âme infortunée Qu'à de nouveaux destins l'Amour a condamnée.
d'ambojse.
L'Amour! Dans ces climats, aux languelirs consacrés, Sous un prophète impur long-tems deshonorés. Je veux bien , mon ami , que sa voix criminelle A la voix de l'honneur soit constamment rebelle ; Je veux qu'un Syrien , soigneux de s'avilir. Dans la honte à son gré puisse s'ensevelir. S'ignore, et, chaque jour adorant sa faiblesse. Traîne une longue mort au sein de la mollesse; Mais l'Amour est plus fier parmi nos chevaliers : Il enfante la gloire et les travaux guerriers ; Sa voix est généreuse , et dans ces grandes âmes De ri)ér(Msme encor sait irriter les flammes.
io4 AZÉMIRE.
A la cour de Philippe il fallait faire un choix Qui voulût un cœur pur et de rares exploits. De tes succès bientôt noblement amoureuse, De ton nom répété, de ses feux orgueilleuse, Elle aurait dit un jour en nommant son vainqueur t «C'est dans Jérusalem qu'il mérita mon cœur.» La beauté de tout tems brûla pour les grands hommes , O Turenne! L'Amour nous fait ce que nous sommes : Compagnon de la gloire, il nous guide aux combats; Au milieu des dangers il affermit nos pas. De notre saint courage, aux rives de la France , Il sera quelque jour la douce récompense ; Et des plus belles mains cent lauriers préparés Appellent de Sion les conquérans sacrés. Si tu veux écouter une plus haute envie , Ce grand espoir de vivre au-delà de sa vie. Oh! c'est peu, 'mon ami, que d'un cri glorieux Les peuples étonnés nous portent jusqu'aux cieux; Que THonneur et l'Amour déjà nous applaudissent : De nos augustes faits les siècles retentissent. Vantés au loin, chantés chez nos derniers neveux. Célébrés chez leurs fils, ils vont faire après eux, Retracés d'âge en âge en des récits fidèles, L'étonnement du monde et des races nouvelles.
TURENWE.
Ces discours généreux que m'adresse ta voix. Mon cœur, en frémissant, les a tenus cent fois; Mais je n'aspire plus h tant de renommée.