‹ Œuvres completes de M.J. ChenierChapitre 22 sur 98 · SUR LA SALLE DU JEU DE PAUME, A VERSAILLES · texte numérisé non relu

SUR LA SALLE DU JEU DE PAUME, A VERSAILLES

Séance du sepddi bnimaire, première décade de Tan n de la Républiqae française (a8 octobre 1793, vieux style).

Citoyens,

Les propriétaires du Jeu de paume de Versailles, de ce Jeu de paume illustré par le serment des premiers mandataires du Peuple, vous ont présenté il y a plusieurs mois une pétition , dont vous avez renvoyé l'examen à vos comités dlnstruction publique et des Domaines. Ces pétitionnaires vous exposaient que , dans la dernière séance de l'Assemblée constituante, le citoyen Lataille, locataire du jeu de paume, avait obtenu une gratification de six mille livres à titre d'indemnité, comme propriétaire de cette maison. Les véritables propriétaires, dont le civisme est connu dans leur département, ne firent point alors de

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réclamations. Depuis cette époque , disent les pétitionnaires, la commune de Versailles, qui a prodigué les sacrifices pour la Révolution , a vu , de jour en jour, sa population diminuer d'une manière sensible , par les suites même de cette révolution glorieuse. Parmi les habitans restés dans Versailles, ceux qui subissaient encore le joug des anciens préjugés , et qui regrettaient la Cour, ont cessé de visiter une enceinte qui leur faisait des reproches amers ; et les citoyens zélés , par une espèce de pudeur patriotique, ont craint de se livrer à des jeux fiîvoles dans uu lieu qui leur inspirait un respect religieux., et qui leur paraissait rempli de la majesté nationale.

Le Jeu de paume est maintenant fermé. Une petite maison attenante, et qui en fait partie, n'a pu être louée depuis l'époque du serment Le citoyen Lataille, locataire du jeu de paume, s'est vu contraint de l'abandonner; et cette propriété ^ devenue onéreuse par la sainteté même du lieu^ ne laisse plus à ses possesseurs que la charge d'une rente de quinze cents livres , hypothéquée sur Id jeu de paume.

Les pétitionnaires terminent cet exposé des faits par regretter de se voir hors d'état d'offrk* à la Nation le sacrifice entier de leur propriété , et par demanda à la Convention nationale de prendre en considération leur position critique , et de

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former de cette enceinte sacrée une propriété du Peuple français , soit en la payant au prix de Festimation , soit en l'échangeant contre un bien national de même valeur.

Vos comités ont considéré cette pétition sous un double aspect : ib ont vu d'abord dans le projet de décret qu'ils vous présentent une justice rendue à des patriotes qui ont sacrifié une grande partie de leur fortune à la Liberté ; ils y ont va encore un moyen de consacrer d'une manière plus solennelle ce Jeu de paume , déjà devenu , par le fait, un monument national. L'inconstance criminelle de quelques-uns des personnages qui ont marqué dans les premières scènes de la Révolution n'a rien diminué de la grandeur de ces scènes augustes où le génie du Peuple français a brillé dans tout son éclat.

Il vivra dans la mémoire des peuples, il est digne d'un éternel souvenir, ce jour où la première Assemblée nationale de France, dans la vigueur de sa jeunesse , inaccessible aux séductions de l'avarice et de l'orgueil, inexorable pour la tyrannie, qui menaçait alors et ne flattait pas, agrandie par la persécution , et , pour ainsi dire , vierge encore, réfugiée dans l'humble asile d*un jeu de paume, y prononçait le serment sacré. Depuis ce tems, le Peuple a frémi de voir des parjures entre ses premiers mandataires; mais il est

aussi des représentans fidèles qui ont traversé le torrent révolutionnaire, sans être souillés d'aucune fange aristocratique , et sont arrivés purs sur le rivage. Ce sont eux qui sonnaient d'avance le tocsin du i4 juillet et du 10 août; ce sont eux qui désiraient, qui appelaient la Convention nationale, et décrétaient de loin la République. C'est par leurs efforts que vous êtes venus siéger sur les débris de la monarchie, et que vous laisserez aux nations le plus grand spectacle qu'ait encore offert une assemblée de représentans.

Nous avons cru, Citoyens, que la maison du Jeu de paume pouvait être utilement employée dans l'établissement de llnstruction publique ; et nous vous proposons d'en décréter le principe, en attendant que vous organisiez l'éducation nationale. Qu'il me soit permis maintenant d'ajouter quelques mots que vous pardonnerez sans peine à un représentant de la Nation adopté par le département de Seine-et-Oise , et qui est certain de vous plaire, en rappelant à votre souvenir la gloire qu'a méritée la Commune de Versailles. Vous savez tous à quelle hauteur s'est élevé l'arbre de la Liberté sur cette terre, long-tems royale, où l'orgueilleux Louis XIV avait étendu son despotisme sur la nature. Aucune cité de la République n'a essuyé de plus grandes pertes ; aucune ne les a endurées avec un courage plus patriotique; au*-

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cuoe n'a respecté davantage , et la volonté du Peuple, et les décrets de ses mandataires; aucune enfin n'a- témoigné à la Commune de Paris une fraternité plus étroite et plus intime. Répétez donc , Citoyens » ce que vous avez déjà déclaré : qu'au milieu même du Jeu de paume , sur ces murs sombres et nus, parés des souvenirs qu'ils rappellent, le Français et l'étranger lisent: Ver^ sailles a bien mérité de la Patrie.

Voici le projet de décret.

La Convention nationale, après avoir entendu le rapport de ses comités d'Instruction publique et des Domaines sur la pétition des propriétaires du Jeu de paume de Versailles, décrète ce qui suit:

ARTICLE PREMIER

La maison du Jeu de paume de Versailles où l'Assemblée constituante a prononcé le serment du 2 1 juin 1 789 est un domaine national.

Cette maison sera employée dans l'établissement de l'instruction publique, quand la Convention nationale en décrétera l'organisation.

Le conseil exécutif provisoire est chargé de traiter , au nom de la Nation , avec les propriétaires du Jeu de paume, pour l'échange de cette maison

contre un bien national de même valeur, dans l'étendue du département de Seine-et-Oise.

La rente de quinze cents livres hypothéquée sur le Jeu de paume sera désormais hypothéquée sur le bien national cédé en échange.

Sur les murs du Jeu de paume seront gravés ces mots : La Commune de Versailles a bien mérité de la Patrie,

La Convention adopte ce Décret , et ordonne l'impression du Rapport.

lao CONVENTION NATIONALE.

DISCOURS

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