I. Robespierre
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niques , l'effet n'en peut être complet dans des théâtres resserrés comme les nôtres; et Ton y trouvait souvent l'ignorance et le délire , lorsque des enfans stupides dirigeaient la Commission d'Instruction publique ; et que , devenus déjà des censeurs royaux j ils épiaient, étouffaient avec un soin scrupuleux dans les ouvrages dramatiques tous les germes djs raison et de liberté. Lycui^[ue regardait, les banquets civiques comme le principal moyen de resserrer les noeuds qui unissent tous les membres de la cité. Peut-être, au premier aperçu, osera-t-on penser comme Lycurgue; peutêtre, le résultat naturel de ceux qu'on avait établis dans Paris n'aurait-il pas été d'opérer une division générale , comme on l'a redouté un peu légèrement ' ; peut-être n'est-il pas bien sûr qu'ils
I. Ces repas civiques furent célébrés à Paris dans le courant de messidor 1794, à l'occasion de la victoire remporta à Fleurus par les armées françaises , sous le commandement du général Jourdan.
Voici ce que Barrère dit à ce sujet dans un Rapport qu'il prononça au nom du Comité du Salut public , le 28 du même mois, pour demander la suppression de ces fêtes.
« Une section a commencé à parler de repas civiques : le mot « touchant de fraternité a séduit les citoyens; et des tables com- « munes ont été dressées dans la voie publique. On 7 buvait à « la Liberté nationale; on avait toutes les formes de Tégalité « naturelle; et la contagion de l'exemple a fait des progrès ra- « pides. Plusieurs sections ont subitement proclamé la frater- « nité pour le lendemain: de proche en proche ^ nos places
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fussent payés par Pitt, comme on vous Ta plaisamment affirmé. Il est moins éloquent, mais il est plus vrai de dire qu'ils ne devront être adoptés qu'au moment où l'on n'aura plus à craindre d'augmenter les prix et la rareté des subsistances.
Quant aux arts de littérature , on déclamait avec violence contre ceux des gens de lettres qui ne travaillaient point pour les fêtes nationales, et l'on persécutait avec acharnement ceux qui, de* puis les premiers jours de la Révolution, se livraient à ce travail avec zèle et activité.
Dans les arts de peinture , de sculpture et d'architecture , tous les talens distingués se cachaient au fond de leurs ateliers; quelques-uns languissaient dans les cachots; une poignée d'intrigans les calomniait avec bassesse, et consumait en de misérables essais et de futiles décorations les
« publiques se sont transformées en banquets; et la joie a paru « briller à la fois dans plusieurs quartiers de Paris. »
Après a?oir décrit tout ce qu'offraient d'entraînant ces rept^ improvisés par l'enthousiasme patriotique , Barrère s'attacha ensuite à en montrer le côté dangereux , et s'éleva fortement contre les funestes conséquences qui pouvaient en dériver. En effet , ces banquets sectioimaires se multiplièrent en peu de temps avec une rapidité qui n'était poLat naturelle; on vil même par xlegrés la licence et la grosse joie y remplacer l'allégresse et l'urbanité; et des espèces de saturnales furent bientôt substituées à la décence des repas domestiques.
Mais le Rapport de Barrère produisit son effet ; un arrêté de la Commune prohiba ces réunions; et les repas fraternels cessèrent. (Noie de l'ÉdUeiur.)
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sommes qui aw*aient dû servir à élever des monumens immortels. .
La seule fête du lo août 1793, vieux style, t coûté à la Nation douze cent mille livres : de tout cela il n'est resté que du plâtre et des chififons. Cette somme aurait suffi pour soutenir cent artistes d'un vrai mérite , et pour payer trente chefr d'œuvre en marbre et en bronze , qui , dans vingt siècles, auraient encore embelli les fêtes nationales.
Un seul établissement, fruit de la Révoluti<m, a surnagé sur les débris des arts. Soutenu par les soins de quelques hommes laborieux , et par l'instinct patriotique d'une foule d'artistes célèbres, l'Institut national de musique ' semble avoir ofEert au génie une dernière planche dans le naufrage. Il a rendu, il rend chaque jour de grands services
I. Dans la séance du 18 brumaire an II, les artistes de 11 musique de la garde nationale, ayant à leur tcte une dépatation du Conseil-général de la commune de Paris, forent admis à la barre. L'orateur de la députa tion était chargé de demander rétablissement d'un Institut national de musique. Chénier appuyant cette motion , prit la parole et dit :
« On sait combien jusqu'à présent la musique nationale s'est « distinguée dans la Révolution ; on sait quelle a été l'inflaence « de la musique sur les patriotes, à Paris , dans les départemens, « aux frontières. Je demande donc qu'on décrète le principe « qu'il y aura un Institut national de musique à Paris , et que la « Convention charge le Comité d'instruction publique des « moyens d'exécution. > On applaudit; et cette proposition fat décrétée. F'cyez plus bas le rapport de Chénier sur rorganisation de l'Institut national de musique. (Note de l'Édtùsur,)
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à la Révolution. En vain quelques hommes , jaloux de toute renommée, ont voulu entraver son organisation provisoire, et le détruire entièrement; la Convention ne laissera pas tomber cet utile établissement , qui doit porter au plus haut degré de perfection un art si estimé des législateurs et des philosophes de la Grèce, un art le plus vraiment populaire, le plus démocratique de tous, dont le charme embellit la poésie même, et dont la puissante énergie enfante et célèbre les victoires.
Des chants républicains et des jeux scéniques: Toilà, pour le moment, tout ce qui est organisé, relatiyement aux fêtes nationales. Ce n'est pas en cinq jours que l'on peut créer de grands moyens d'exécution; mais le Comité dlnstruction publique prépare avec soin tm travail considérable sur cette partie, qui rassemble une foule d'institutions particulières, et qui mérite un examen mûri par des études préliminaires et profondes '.
Au reste, n'en doutez pas, Représentans , le sommeil des arts en France n'est pas un sommeil de mort.
Des hommes habiles en tous genres ont échappé au glaive meurtrier du Vandale. Jous'^iit géjan^ tous ont souffert; mais tous ne.sdmt poi^^^^isfis^sr sinés. L'harmonieux Lebrun chante encore la
Ml. I r!
I . Fayez encore le Rapport suivant , et celui snr les fêtes décadaires. ( Noie de l'Éditeur,)
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Liberté; le traducteur des Géorgiques exerce dand le silence son talent correct et pur ; La Harpe et Ducis n'ont pas abandonné la scène tragique; Yien, Renaud, Vincent, n'ont pas jeté leurs pin^ ceaux ; Gossec , Méhul , Chérubini , Lesueur , n'ont pas brisé leur lyre; Houdon, Julien, Pajou, tien* nent encore en main le ciseau qui a fait penser le marbre, plein du génie de Voltaire, de La Fontaine et de Pascal.
S'il existe dans la République des talens plongés dans la stupeur et l'engourdissement , un mot, un signe de la Convention nationale les retirera de cette léthargie passagère , où l'intérêt de leur sûreté même a pu long-tems les retenir; et d^ ces courtes réflexions que vous présente votre Comité vont porter dans leur cœur la première des consolations: l'espérance.
Il est tems que , dans la République , on puisse avoir du génie impunément; il est tems que les talens dispersés par l'épouvante se rassemblent firatemellement sous l'abri de la protection natk>* nale. Alors, mais alors seulement, nous aurons des fêtes et des monumens dignes du Peuple; eâr le Génie a besoin de la Liberté, et la Liberté a besoin' di| Grénie.
Chénier lit ensuite un projet de décret^ et la Convention ordonne l'impression du Rapport. -
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RAPPORT
AU NOM DU COBirrÉ D'INSTRUCTION PUBLIQUE, SUR LA FÊTE DES VICTOIRES,
qot rjrt CBLisBis lv DicADi 3o TKirDixxAniB , l'ut m dk la
AKrUBLIQUB niAlfCAUX, URS ET tRDnrUIBLI.
Séance du 27 vendémiaire an m ( x 8 octobre x 794, vieux style).
ClT0T£NS-jEl2P&£S£NTANS,
Lis arts et les sciences se réveilletit à votre voix; les talens ne craignent plus la hache; et la réputation n^est plus un crime. Votre Comité d'Instruction publique veut se rendre digne des fonctions importantes dont vous l'avez investi : il redouble chaque jour d'efforts pour opérer promptement la restauration des lettres en France. Une commission sage , éckùrée , laborieuse , amie de la philosophie , et par conséquent des hommes, puisque la philosophie les rend meilleurs, a remplacé cette commission iinbéçille et conspiratrice qui, sous le joiig sanglant de Robespierre, or*
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ganisait avec tant de soin Tignorauce et la I>ar<« barie ' . Il faudra bien encore épurer la commission temporaire des arts, et y porter comme en triomphe ces artistes célèbres et opprimés qui n'avaient commis d'autre délit que d'avoir offensé par des succès mérités , l'orgueil d'un rival bassement jaloux. Il faudra écarter cette foule de petits intrigans sans moyens qui cultivaient les arts pour les avilir, qui luttaient contre le talent avec la calomnie, qui, sous le règne des triumvirs , obstruaient les avenues du Comité de salut public, obtenaient sans peine des réquisitions
I. Cest à Toccasion de ce vandalisme qu'un jour, après avoir entendu le député Thibaut se plaindre de la destruction quotidienne et ridicule de livres et objets d'art, sous le prétexte qu'ils étaient revêtus des signes de royauté et de féodalité, Chénier, s'élança plein d'indignation à la tribone, et s'écria :
« Citoyens, il est impossible que les représentans du peuple a ne soient pas convaincus que c'est aux livres que nous de- « vous la Révolution française. £h bien ! il est pourtant Aei > livres très-républicains qui sont dédiés à des princes, leb « que l'ouvrage de Sidney , et une édition de J. J. Rousseau, « offerte au prince d'Orange : faudra-t-il les brûler ? Ce n'est « pas là sans doute votre intention ; mais il pourrait se trouver « des Vandales et des Yisigoths qui suppléassent à votre sîleno& « Je demande donc aussi que la Convention déclare qu'elle n'a « pas entendu ramener le peuple à la barbarie , mais que sa « volonté, au contraire, est de le conduire aux véritables lu** « mières. » (On applaudit à plusieurs reprises.) Voyez dans le Moniteur la séance du ai octobre 1793. [Note de l'Éditeur,)
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quon refusait au yrai mérite, sollicitaient, mettaient en mouvement toutes 1^ autorités constituées pour faire imprimer leurs brochiu*eSy pour faire graver leurs dessins ou leur musique, pour faire chanter leurs vaudevilles, pour faire représenter leurs pièces de théâtre; et qui, vrais dilapidateurs de la fortune du peuple , ne rougissaient pas d'élever, aux frais de la République étonnée, des monumens d'ignominie pour la littérature 0t les arts de la République.
Tandis que le Comité dlnstrùction, march^Qit avec vous , et fort de votre volonté , rappelle autour de la Représentation nationale tous le& arts , toutes les sciences, toutes les facultés intellectuelles; tandis qu'il s'occupe sans relâche de donner aux hommes et aux institutions leur proportion naturelle , et la liberté qui leur manque , déjà le^ fêtes publiques , plus sagement dirigées, moins chargées d'oripeau civique et de guenilles à prétentions, échappant au despotisme des imaginations bizarrement stériles et du caprice en délire, commencent à porter , je ne crains pas de le dire , un caractère conforme au génie du Peuple ,i un caractère à la fois simple et grand.
Dans la fête célébrée en l'honneur de J.-J/ Rousseau, les détails étaient sans recherche, les emblêmes faciles à comprendre, les groupes habile- Œuvres ancienne*. V. Il
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ment distribués et convenables au genre de h féte^ Les inscriptions n'étaient point défigurées par un langage bari:)are , on par le jargon du bel esprit; la musique n'était ni bruyante ni fistueuse ; les romances mélodieuses de Jean-Jacques, les livres qui représentaient son génie ^ ces Genevois qui ont vécu avec lui et dont les pères Tout vu naître ; ces cultivateurs , compagnons de ' ses derniers jours , confidens de ses dernières pensées; ces enfansy ces mères de Êiraille qui, le livre â^ Emile à la main , adressaient au grand homme leurs hommages reconnaissans ; ces trois repu* bliques confondant leurs drapeaux , et se jurant alliance sur les pages sacrées du Contrat sod&i: tout remplissait Tàme d'une mélancolie religieuse, d'un sentiment délicieux et profond, digne du bon , du sensible Jean- Jacques , digne ent&rt des Français républicains réparant les fautes de ieois aïeux esclaves , et rendant hommage à la mémoire d'un libérateur du genre humain.
La fête que vous avez décrétée pour Tévacoation du territoire de la République , et qui sera célébrée le 3o vendémiaire * , doit être animée du
I . Lt translation des cendres de J. J. Rousseau au Pandiéon eut lieu le ao vendémiaire an III (ii oct. 1794). (iVl del'Édù.)
a. Voyez la note placée au bas de la page iSa, pr^^scat volume. ( Note de VÉdàeur, )
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même esprit général , mais offrir dans ses détails un caractère plus mâle et plus sévère. Le Comité et la Commission d'instruction publique ont voulu, cette fois encore, avancer de quelques pas vers le but que doivent un jour atteindre les fêtes nationales. I^es sages réflexions présentées dans cette tribune ont fait sentir qu'il allait renoncer à ces processions éternelles qui consument une journée entière, qui &tiguent le peuple sans remiser, et qui ne peuvent avoir de motif raisonnable que lorsque l'objet de la fête est de porter au Panthéon la cendre triomphale d'un grand homme. On a senti également qu'il fallait , au moins pour l'instant, renoncer à ces représentations scéniques qui ne peuvent occuper qu'une très-petite portion dn peuple , mais qui , répétées abusivement sur tous les théâtres de France , n'ont bat 'qne donn» aux entrepreneurs de ces théâtres l'occasioti de rédamer des indemnités , dont la somme devient chaque jour plus effrayante. On a cru devoir enfin présenter aux yeux des Français quelques essais de cette gymnastique que perfectionneront le Tems et le Génie national.
Des jeux militaires, exécutés dans le Champ de la Fédération par cette colooîe de Spartiates, par ces jeunes élèves de l'École de Mars , au milieu des Irotphées de nos «|ttatorze armées triomphantes, au milieu de nos braves soldats , si glo-
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rieusement mutilés pour la cause de la Liberté; une musique fière et belliqueuse, animant des danses civiques; des hymnes, préparant de nouvelles victoires en chantant les victoires passées; le temple de llmmortalité s'ouvrant devant le Peuple , devant ses représentans , devant ses défenseurs , devant ces guerriers naissans qui , dans leurs jeux, s'accoutument à vaincre; le Pré^dent de la Convention nationale gravant, pour Viàstoire et pour les siècles, sur la pyramide du tem» pie de l'Immortalité, le nom des armées de la République, et l'énumération de leurs victoires: voilà les principales images qui ont paru dignes d'être présentées au Peuple français, triomphant des tyrans de l'Europe, et préparant, par des oonquétes, la paix qu'il doit un jour accorder mi monde; le reste doit être abandonné au génie de ce Peuple même , dont les pensées sont grandes, parce qu'elles sont Ubres, et dont la présence agrandit tous les arts, parce qu'il est près de la Nature , que tous les arts doivent imiter.