NATIONALES DANS LA COMMUNE DE PAEI
Séance du lo thermidor an III ( a8 juillet 1795, nem ftyle).
ClTOYEWS-REPRlÉSENTAirS,
Peut-être il était courageux de venir plaider à cette tribune la cause des arts consolateurs de la vie , quand l'ignorance orgueilleuse et cruelle , ne pouvant dominer que par des moyens tyranniques, étouffait les lumières, proscrivait les talens, et traitait d'objet frivole tout ce qui pouvait adoucir les mœurs d'un peuple qu'on voulait rendre esclave soumis , en commençant par le rendre despote féroce. Aujourd'hui que la mémoire de ces dominateurs impies est livrée à l'opprobre , quand nous venons de célébrer ce 9 thermidor qui a brisé les échafauds dressés par le despotisme anar-
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chique; quand des fêtes civiques rappellent au souvenir de tous les Républicains deux glorieuses époques de la Révolution : la chute du trône et celle du décemvirat , c'est un devoir doux à remplir pour vos Comités d'Instruction publique et des Finances , et pour celui qui, dans ce moment^ en est l'organe; c'est, dis-je, un devoir doux à remplir que de proposer à la Convention nationale, amie de la République et des arts, l'organisation définitive d'un établissement que les arts chérissent, et qui a bien mérité de la République. Déja,ïleprésentans, un décret rendu par vous, et rendu même dans un tems moins propice , ordonnait au Comité d'Instruction publique de vous présenter, dans un court délai, des vues d'organisation pour llnstitut national de musique dans la Commune de Paris ' ; mais ce décret bienfaisant :était resté jusqu'à présent illusoire , soit par les longues entraves que les dominateurs d'alors ne cessaient d'opposer à son exécution , soit par les orageuses circonstances qui vous ont pressés de toutes parts depuis l'heureuse époque du 9 thermidor. Il est tems, sans doute, de venir au-devant d'une foule d'artistes distingués qui sont restés en France pour Tillustrer et pour la servir, préférant leur patrie agitée, mais libre, au calme et
I. Voyez plus haut la note de la pa{;c i56. ( Note de l'Édit.)
à Topulence des cours qu'ils pouvaient embellir de leurs talens. En effet, les despotes, fatigués d'une fausse ; grandeur , sentent le besoin de se réfugier dans le sein des arts, pour échapper à Fennui pompeux qui les environne et les accable. Vos Comités, fidèles au ^ vœu formé par vous» viennent donc aujourd'hui vous proposer d'organiser définitivement l'Institut central de musique ; car il a fallu lui donner ce nom, d'abord, en ce qu'il désigne mieux que tout autre l'objet de l'établissement; et, en second lieu, parce qu'il empêche la confusion qui pourrait résulter de la conformité de l'anden nom avec celui d'un établissement beaucoup plus vaste qui vous est proposé dans le nouveau plan de constitution. Cet Institut central de musique est déjà provisoirement organisé. Il consistait miiquemeùt, lors de son origine, en un corps de musiciens exécutans , attachés à la garde nationale de Paris. C'est ainsi que , depuis le fameux .quatcH*ze juillet , ces artistes patriotes, sous la direction de Gossec, [K>ur la partie qui tient à Fart , n^'ont cessé de concourir à l'exécution des fêtes nationales, indépendamment du service qu'ils remplissaient habituellement auprès des corps législatifs. Sous cette bannière civique se sont rassemblés, à différentes époques , les premiers talens que la France possède dans l'art musical. Je résiste au désir qui m'in-
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vite à les désigner publiquement , et je n*en cite aucun; car, pour être juste, il faudrait les citer tous. Qu'il me suffise de dire , et je ne crains pas d'être démenti par la France ni même par les étrangers, que, dans l'état actuel des choses, il
n'existe point en Europe , soit pour la composition,
soit pour l'enseignement, soit pour les différentes parties exécutoires, une aussi brillante réunion * de talens précieux et d'artistes justement célèbres. C'est de là que sont partis ces nombreux élèves qui, répandus dans les camps finançais, animaient, par des accords belliqueux, l'intrépide courage de nos armées; c'est de là que nos chants civiques, disséminés d'un bout de la France à Tautre, allaient jusque chez l'étranger, jusque sous les tentes de l'ennemi, troubler le repos des despotes ligués contre la République ; c'est là qu'ont été inspirés ces hymnes brillans et solennels que nos braves guerriers chantaient sur les monts de l'Argonne, dans les plaines de Jemmapes et de Fleurus, en forrçant les passages des Alpes et des Pyrénées, en délivrant la Belgique des fureurs de l'Autriche, et la Hollande des longues usurpations du Stathoudérat : ces hymnes qui ont fait l'ornement de nos fêtes civiques, qui excitaient encore dans la belle journée d'hier ' le juste enthousiasme de la Convention nationale, et que