CONTRE LES CI-DEVANT NOBLES
S^nce da «9 Tendéaibire mi VI ( ao oct 17971 tmuz style).
ClTOTENS-REPR^SEirTAirS,
Skjxs être membre de la Commission , je savais hier quelles étaient les nouvelles bases législatives que son rapporteur ' devait vous présenter aujourd'hui; je me félicite de voir qu'elles se rap prochent infiniment de l'opinion que j*ai publiée, il y a quinze jours, dans une feuille périodique*. Cette opinion était connue; il m'eût été facile de la reproduire à cette tribune. Si j'avais suivi des conseils qui, sans doute, ont été prodigués à plusieurs Représentans du Peuple, j'aurais pu saisir la popularité d'un moment, en me permettant des déclamations oratoires contre l'ancien
I. Boullay , député de la Meurthe. {Note de i'Édùeur.) a. Le Conservateur. Fojrez cette opinion imprimée dans le
présent volume, page 79, à Tarticle Mélanges, {Note de
r Éditeur. )
CONSEIL DES CINQ -CENTS. 4o5
projet de la Commission ' ; mais j'aurais regardé comme une lâcheté d'obtenir à ce prix les éloges de quelques journalistes, de porter la joie dans le cœur des ennemis de la Patrie, en décriant des législateurs estimables que toutes les époques ont trouvés fidèles à la cause républicaine, et qui, dans cette occasion même, ne vous ont proposé d^ibord de trop fortes mesures que par la haine courageuse que leur inspirait ce monstre politique que l'on appelle patriciat, et par une connaissance approfondie des longs périls dont il n'a cessé d'environner le berceau de la Liberté française. D'autres membres du Conseil n'ont pas cru devoir agir avec la même circonspection. Tueurs intentions sont louables sans doute; mais, comme ils ont mis quelque dureté dans leurs reproches, ils me permettront de les interpeller avec quelque franchise. Je leur dirai : l'époque n'est pas éloignée où cette tribune , long-teras illustrée par la voix des Vergniaud et des Condorcet , était livrée à leurs adversaires de la législature; où de misérables écoliers, partisans de la religion dominante de leurs pères, des cloches de leurs pères, de toutes les sottises de leurs pères, répé-
I . Le premier projet avait été présenté au Corps Législatif, le 23 fructidor an Y, par le député Gay-Vemon; et le Conseil en avait ordonné rajoumement. (Note de l* Éditeur.)
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paient avec une confiance puérile des lieux communs tellement réfutés par la philosophie qu on ne pouvait plus y répondre que par des lieux communs; où, l'assassinat des Républicains était traité de vengeance légitime; où Tpa . défendait sans cesse et exclusivement les prêtres rebelles* soutiens des rois et des nobles; les émigrés, presque tous nobles; les parens d'émigrés, presque tous nobles ; les colons , presque tous nobles , et pires que les nobles d'Europe; enfin les princes du sang royal, chefs de la noblesse. Les armées étaient indi|g;nées, FEurope était confondue de cette impudente bassesse; et ce n'était p^s le moindre crime du patriciat que celui d'avoir envoyé ses valets plaider sa ^ cause et retenir ses places jusque dans le sein de la Représentation nationale. Avez-vous réclamé alors? Vous a-t-on entendus prendre la défense de la Constitution violée^ des principes foulés aux pieds, des hommes immolés? Non : vous vous êtes contentés de gémir en silence sur les dangers de la République. £t maintenant vous tonnez quand les , privilégiés sont en péril! Le sang des Patriotes du Midi na pas excité votre indignation; mais la seule proposition d'expulser une partie des privilégiés réveille tout votre courage ! Peu satisfaits de réfuter des opinions qui pouvaient être combattues avec succès 9 mais qui devaient être combattues avec
décence, vous dénoncez comme tyrans des hommes qui ont mérité Thonorable haine des tyrans de toute espèce; qui, durant cette session, se sont énergiquement opposés au retour de la tyrannie sacerdotale; qui 9 durant la. Convention, ont porté les fers de la tyrannie autrichienne; qui, durant la Législature^ ont dénoncé les premiers la tyrannie royale, siégeant au château des Tuileries; qui, durant l'Assemblée constituante, ont posé les bases primordiale^ de l'égalité politique; qui, avant l'Assemblée constituante ^ avaient déjà renversé dans l'opinion la tyrannie des privilèges, et rendu au Tiers-État, si longrtems avili, les droits, le titre et la majesté d'une nation.
Certes , il était au moins imprudent d'adresser à la Commission d'aussi violens reproches; et un Représentant du Peuple, qui n'en faisait point partie, a bien le droit de lui rendre la justice qu'elle mérite. Au reste, le plus grand service qu'on lui doive, c'est de retirer elle-même un projet qui divisait les Républicains. Elle a dû s^k^ tir, et elle a senti que l'on ne manquerait pas de. profiter de cette division pour renouer des tramai» anciennes, et. vous arracher les fruits de latvior. toire du 18 fructidor. Ainsi, après le i3 vendér, miaire, quelques opinions hasardées donnèrent à certains hommes l'occasion de paralyser des mesures salutaires, et de décrier tout ce qui ai-
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mait la Liberté : ce qui leur iralut, de la part des rédacteurs du Miroir et de la Quotidienne, le nom de Sauveurs de la Patrie. Vous ne tomberez plus dans la même Erate , Citoyens Représeutans. Loin de nous cette pomme de discorde , déjà ramassée avec un empressement reikiarquable ! De longs discours, bien véhémens, ne seront pas prononcés : c'est probablement une grande pote pour Téloquence; mais c*est un grand gain pour la Patrie, qui a plus besoin de paix intérieure que de mouvemens oratoires ; qui n'a jamais été compromise que par nos divisions; qui ne saurait être maintenue que par un ensemble parfait dans les opérations du Corps législatif et du Directoire, par Tnnion intin^ie de tous les Républicains, par un respect constant pour les ^principes de la Justice, et même par tout ce que la sûreté de l'État peut vous permettre d'indulgence.
Je conclus en demandant que, poiu* ne pas laisser flotter plus long-tems l'opinion publique , pour faire cesser une fermentation dangereuse, le Conseil, abandonnant l'ancien projet que la Commission retire elle-même , ouvre sur-le-champ la discussion sur le nouveau projet qui vient d'être présenté, et dont les bases sont connues depuis long-tems.
Le Conseil adopte la proposition, el ordonne l'impression à six exemplaires du discours de Chénier.
MOTION D'ORDRE