SUR LES THEATRES
Séance du a6 brumaire an VI ( x6 noTembre 1797, vieux style).
Representaits du Peuple,
Au moment où la paii; va ramener les arts parmi nous , permettez-moi de porter un moment votre attention sur l'existence des théâtres en France, et sur le décret que l'Assemblée constituante rendit, le 1 3 janvier 1791, relativement à ces établissemens. Personne n'ignore ici combien l'art dramatique a honoré notre nation chez l'étranger durant deux siècles de gloire littéraire. On sait encore que, si les théâtres ont obtenn quelque importance politique sous le régime de la monarchie, ils en acquièrent bien davantage sous le gouvernement républicain, où la législation ne saurait avoir un solide appui que dans l'opinion et l'ensemble des mœurs nationales^
Par le premier article du décret du i3 janvier, il est permis à tout citoyen d'ouvrir un théâtre public. Je n'étais point membre de l'As^
4io CORPS LÉGISLATIF.
semblée constituante ; mais j'ai assisté à toutes les
séances du Comité de Constitution sur le décret
dont il s'agit; et le rapporteur, Cliapeliery et tous les membres du Comité , ne résolurent de proposer à l'Assemblée ce premier article que conmie le seul moyen qui existait pour détruire les privil^es exclusifs en cette matière. Aujourdliui que les privilèges exclusif sont détruits , on ne sent plus que l'inconvénient d'une multiplicité indéfinie qui anéantit à la fois l'art dramatique, la véritable concurrence, les mœurs sociales, et la surveiUance légitime du GouverwmenL II £iut donc examiner «s'il ne vaudrait pas mieux rev^iir à l'avis que Thouret avait ouvert le premier. II consistait à appliquer sur cet objc^ aux difiÇér rentes communes la base proportionnelle de population. De cette manière, il, ne pourrait exister qu'un seul théâtre dans les communes au-dessous de cent mille âmes. Il pourrait en exister deux dans, chacune des principales communes de la République, Lyon, Bordeaux et Marseille. Paris, commune centrale des arts, et sortant des prOf portions ordinaires, exigerait un article particulier. Il contiendrait le beau théâtre de l'Opéra, qui est unique par tous les arts qu'il rassemble; deux autres théâtres de qEiusique, en concurrence, et deux grands théâtres de déclamation, sollicités si fortement depuis trente ans, par tous
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les littérateurs français, et tous les amis de Fart dramatique. On laisserait encore établir dans Paris deux ou trois théâtres secondaires, parmi lesquels se présenterait en première ligne le théâtre du Vaudeville, réclamé par la gaiet^ françaises
Il est facile de sentir, que je pe traite pas ici les questions : je me cQntwte aujourd'hui de les iq«diqu^r. Mais, Qtoyens-Représeatans, il en est une qui .mérite surtout votre attention; il s'agit d'étendre , n^s en même tems d^ déterminer av^. précision Tactioa du Gouvernement, sur les théâtres. Dansil^ décret du i3 janvier 1791, les bornes en: sont. fort icesserrées; et la raison en est facile à concevoir: cet!» action. devait étce exercée par Jbes agens de rautorité royale , qui déjà n-in»flluaient que trop siu* tous les établissemens publics^ soit . par. rempire; d'une longue habitude , soit par la toute: puissance; de la corruf^tion. Depuis , et quelque tems avant le 9 thermidor, ieComitéole Salut pubhc, qui, comme on $ait, se mettait foirt à.iSon aise^ fit décréter .una loi à son us^e; loi par laquelle il Jui était permis de (fermer i^i théâtre du moment :qu11 eni était mépontent Stir cette, loi^ proposée par^Couthon ^ ^deuxi iqiuestioDS nouvelles je présentent ; i^inejserait-ii pas^ plus juste de punir individi|eUement< les . artistes ' répréhen^ibles que d'envelopper des centaines de familles dans la rigueur d'une mesure générale.
4ia CORPS LÉGISLATIF.
pour la faute d'un ou de deux individus? a^ dans le cas même où il faudrait conserver la loi de Couthon, ne faudrait-il pas, au moins, la régolariser, l'assujétir à un mode d'exécution , soit pour l'application , soit pour la durée de la peine ?
Je dois encore, Citoyens -Représentans^ vous présenter une réflexion , qui me parait intéressante. S'il est nécessaire de punir, il est doux de récom' penser; et les principes de justice distributive paraissent exiger qu'en établissant la punition on n'oublie pas la récompense ; mais c'est à quoi le Comité de Salut public n'avait pas songé. Quelques théâtres auraient dû cependant lui en douner l'idée, et particulièrement celui qui, le jour même où la Convention nationale fonda la République, adopta son titre honorable; qui n'a cessé depuis de propager les principes républicains; et qui, par sa constance courageuse, a mérité et obtenu les honneurs de la persécution durant les deux réactions royales.
Et qu'on ne dise pas, Citoyens-Représentans, que ces objets ne sont pas de votre compétence, et qu'ils regardent le Directoire exclusivement. Il est évident que le Directoire ne peut lui-même étendre sa surveillance , ou en déterminer les limites : il ne peut ni rapporter, ni modifier des lois; et c'est précisément ce dont il est question. Il ne faut pas dénaturer les pouvoirs en ce points
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non plus qu'en tout le reste. Le Directoire doit exécuter avec précision et fidélité les lois que les deux Conseils ont rendues avec maturité et sagesse. En second lieu, je réclame, pour le Corps légidatif tout ce qui peut servir ou honorer la République. C'est de la tribune législative que doivent partir les témoignages glorieux de la reconnaissance nationale envers les héros de la Patrie; c'est à la tribune que doit être arboré le signal de la paix; c'est la tribune législative qui doit présider encore à la prospérité du commerce, à la splendeur des arts, à l'affermissement des institutions qui font aimer de plus en plus les lois et les mœurs républicaines.
En conséquence de ces principes, que je n'ai fait que vous exposer succinctement, et qu'il sera nécessaire de développer un jour, je demande qu'il soit formé une commission de cinq membres pour présenter un rapport au Conseil sur ces trois questions :
I® Faut -il modifier l'article i*^ de la loi du i3 janvier 179I9 relative aux théâtres?
a^ Quelle doit être la surveillance du Directoire sur ces établissemens ?
3^ Comment doit être déterminé le mode de récompense pour les théâtres qui auront bien servi la cause de la Liberté?
Cette proposition est «adoptée.
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MOTION D'ORDRE
MM PATBini
DE riJlBIÉE FRANÇAISE VICTORIEUSB EN HELTÉinL Séance da s3 vcntofe an TI ( i3 mut 1797 f Tieiix style )«
Citoyens -RspaiisEirTANS)
Elle marquera dans la postérité , cette époque solennelle où la Nation française, après avoir conquis sa liberté, aboli dans son sein les prrrilèges aristocratiques et la Royauté , source de tous les privilèges ; après avoir dé£ait la coalition des rois, délivré la Hollande et la Belgique, créé deux Républiques dans ritâlie, désormais triomphante et debout sur ses trophées; après avoir enfin revendiqué rhéritage des mers , menace les ports d'une puissance avide de tyrannie, tandis qu'avec si peu d'efforts elle terrasse à la fois la théocratie romaine et l'oligarchie helvétique.
Braves descendans de Guillaume Tell! les premiers dans l'Europe moderne , vos aïeux ont aboli la Royauté ; les premiers ils gnt posé les fonde-
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mens d'une véritable démocratie , près d'un siècle et demi avant que l'invention de Timprimerie vint renouveler le Monde , et assujétir à une marche calculée le perfectionnement indéfini de l'espèce humaine. Le eolosse autridiien n'a pa vous abattre; votre liberté fut conquise par plus de soixante combats; et, pour les amis de l'Égalité , les premières années du quatorzième siècle ont commencé l'ère helvétique. Toutes vos montagnes portent l'empreinte des leçons sanglantes données aux tyrans ; mais lei Tems , le Tems qui use la liberté même, vous avait soumis par de-^ grés au despotisme oligarchique ; et , quand vos fronts se courbaient devant le chapeau des noa** veaux Gésier; quand la flèche de Guillaimie Tell ne menaçait plas le cœur des tyrans, il a bien fallu que le Peuple libérateur vult vous aider à rompre dés chsunes qui faisaient rougir vos an^ cétres. Puisse* cet événement mémorable fohner^ perpétuer entre la République française et le Peupde helvétique , non ces traités honteux qui soumettent le £atible ao fort, non ces contrat^ impies qui vendent: les Peuples à des maîtres y mais cette paix Sincère , cette amitié généreuse , ces inaltérables lien» qui doivent unir' deux' ^Nà^ tions vaillantes et libresif
Pour vous , Gitoyens-^Représentans, si vous considérez'la nouvelle victoire qui vous est annon*
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cée dans ses rapports avec la dignité nationale , vous sentirez combien il importait de venger la grande République de cette guerre sourde, mais infatigable, et de tous les instans, que, depuis les premiers jours de notre Révolution , roligarchie helvétique faisait à la Liberté française.
C'est dans les murs de Berne et de Bâle que les émigrés trouvaient un sûr asile > et les moyens de conspirer contre leur Patrie. C'est là que le gouvernement anglais tenait son grand entrepôt de corruption; là se tramaient tous les complots; là se payaient, là se fabriquaient ces calomnies aussi violentes qu'absurdes, lancées avec tant de profusion contre des directeurs dévoués au Peuple, contre des Représentans fidèles, contre des généraux illustres , contre tous les amis de la liberté. Là, le hideux fanatisme, l'aristocratie désespérée, la servitude vénale, composaient ensemble des feuilles impures, débitaient des absurdités grossières, revêtues d'un style dégoûtant; sur le bord de ces mêmes lacs, témoins des travaux des deux plus beaux génies du dix -huitième siècle, au pied de ces mêmes montagnes où ils ornaient la philosophie des charmes d'un langage sublime; où l'un, déployant les innombrables ressources d'un esprit prodigieusement flexible, changeant de ton tous les jours, attaquait tous les préjugés avec toutes les armes, et sapait, dans la théocra-
COtîSElL DES CINQ-CENTS. 417
ticy le fondement de toutes les erreurs; tandis que l'autre, moins étendu, moins varié, mais plus profond peut- être, développait les principes généraux de l'éducation civile , et proclamait la souveraineté du Peuple, base éternelle du contrat social.
Honileur donc au brave général qui a conduit l'armée républicaine dans les murs de Berne, pour y rétablir l'égalité , et y faire respecter le nom français ' ! Mais , dans une suite non ii\terrompue de triomphes utiles, la gloire n'est pas le domaine exclusif d'un seul ob d'un petit nombre: elle est, pour ainsi dire, une propriété nationale. Elle vous appartient à vous tous , intrépides soldats , qui, durant une guerre à jamais célèbre, avez défendu la Patrie^ et scellé sa liberté de votre sang! à vous. Directoire exécutif, dont la sagesski et la fermeté ont si efficacement contribué au salut de la République! à vous qui, dans la Con-^ vention nationale , l'avez fondée unanimement au bruit du canon de l'ennemi! à vous qui^ dans la législature, avez bravé sur vos chaise^ curules les poignards et les calomnies des factions rivales ! Elle appartient tout entière au Peuple français,
■ ' ' ■ ■ ■ I ■■ ■' ■ ..^P fH ■ III II II I II
I. L'armée française en Helvétie était comniandée par Brune; c'est sous le commandement de ce général de division, que la ville de Beiiie Alt einpolrtéé, \é t4 ventôse an YI. {Ifoi^ de l'Éditeur.)
OBuvret anciemies. V. 2 7
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dont les hautes destinées commencent, et dont Tépoque est arrivée!
Oui, Gtoyens-Représentans , si l'adulation setvile a donné k quelques siècles dignes de mémoire le nom d'un roi, d'un souverain pontife ou d'un conquérant, le siècle qui commence sen celui d'un Peuple : il sera le siècle des Français. La raison publique a marqué tous les écueils; et la Royauté , l'Aristocratie, l'Oligarchie , ne parviendront pas. à renverser la République. L'orgueil national seroidirait contre l'orgueil individuel; et les Français ne sentent plus le besoin de se créer des idoles. Une longue, récente et cruelle expérience nous préservera de l'anarchie; pour le bnÈtisme, il n'a plus que des apôtres : il cherche en vaio des prosélytes. Nous n'avons pas même à craindre le gouvernement militaire dans un pays où ïhonorable fonction de défendre la Patrie est un droit et un devoir pour tous les citoyens. Mais, dut une vérité bien simple effrayer quelques écrivains pusillanimes qui, ne se plaçant pas an niveau de leur siècle, composent toujours anc des préjugés vieillis, et n'osent proclamer ce qin est évident, je le déclare: par la force nécessaire et progressive des choses, il s'opère en ce moment une révolution sensible dans l'organisation des sociétés; et, par cette même force nécessaire, toute amélioration du sort des peuples, tout per-
Conseil des cinq-cents. 419
fectioTinement du gouvernement civil se fera par Texerople et sous les auspices de la Grande-Na-^ lion.
Je vous propose le projet de Résolution sui-^ vant :
« L'armée de la République Française en Suisse <r a bien mérité de la Patrie. »
Ce projet est adopté; et le Conseil ordonne à six exem->> plaires l'impression du discours de Chénier.
4aD CORPS LÉGISLATIF.
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DISCOURS
tum
LES EXPLOITS DES EÉPUBUCAINS A OSTENDK.
SéiDce du 6 priîriil an VI ( a5 mai 179$ , viens ttjk).
Un secrétaire donne lectnre du message suivant adressé an Conseil par le Directoire exécutif, relativement aux évéoe^ mens d^Ostende.
« L'Angleterre vient de hasarder un nouvel effort qui n'a « tourné qu^à sa honte.
«Le 3o floréal (an VI) au matin, une flotte an^aise se « montre devant Ostende , et bombarde la ville avec fureur. « Protégés par le feu de la flotte, quatre mille hommes en- « viron mettent pied à terre, s'emparent des dunes, y élèvent « des batteries , et tentent bientôt après de faire sauter les «portes d'Ostende. Cependant l'ennemi somme la place de «se rendre dans une demi -heure. La garnison n'était que « de trois cents hommes. — Vous n'aurez le poste dont la « défense m'est confiée , répond le brave commandant Mus- « card , que quand ma garnison et moi nous serons ensevelis « sous ses ruines. «-^ Des républicains ne savent pas néan- « moins se borner à la défensive. Le i^^ prairial , à la pointe «du jour, trois cents hommes, guidés par Keller, comman- « dant de la place de Bruges , marchent à la colonne anglaise, «l'attaquent avec une intrépidité prodigieuse, forcent tous « les retranchemens qu'on leur oppose; et, après deux heures « de combat, l'Anglais, entièrement culbuté, met bas les armes. « Quinze à dix*huit cents prisonniers ont été enlevés et conduits
à Bruges; lue grande partie des embarcations est tombée en notre pouvoir; et le reste des ennemis s'est embarqué avec précipitation 9 après nous avoir abandonné son artillerie, et avoir encore perdu beaucoup d'hommes, qui se sont noyés en fuyant.
nMab vous n'apprendrez jial sans indignation , Citoyens- Représentansy que l'ennemi a trouvé dans Ostende des traîtres disposés à le seconder dans ses projets. Des cris de Fîçe le roi Georges! Bravo les Anglais! se sont fait entendre; la cocarde nationale a été insultée; et les armes des volontaires, occupés à servir les batteries faute de canonniers, ont été brisées par des mains perfides.
« Ces attentats ne resteront pas impunis : le Directoire s'occupe d'en faire rechercher les auteurs. Quant à vous, Cîtoyens-Représentans, tous pèserez dans votre sagesse s'il n'est pas convenable de déclarer par une loi que les trûtres qui, à l'approche de l'ennemi, pendant une attaque ou à sa suite, se montreraient, soit par des .cris, soit par des actes quelconques , les complices des ennemis de la République , seront jugés par ime commission militaire. Le Directoire vous invite à prendre ce message dans la plus prompte con* sidération. » -» La lecture de ce message terminée , Chénier prend la parole , et dit :
ClTOTENS-RsPRiSENTANS,
Malgré Thabitude que le Corps législatif a contractée depuis long-tems d'apprendre chaque jour des victoires remportées par nos soldats républicains , c'est avec une admiration renaissante que vous entendez le récit d'un nouveau triomphe; mais nul ne pouvait vous causer plus de joie que celui qui vient de vous être annoncé. Oui , sans doute , ils ont bien mérité de la Patrie
4a!i CORPS LÉGISLATIF.
ceux qui ont vaincu les implacaUes eonenns du nom français , les satellites de ce goaTemement usurpateur dont vous avez promis le châtiment aux nations impatientes de la tyrannie. Eh! quel représentant du Peupfe^quel Riépublicain pourrait oublier les maux que les intr%ues de l'Angleterre ont £ûts à la République française ? Au dehors, le gouvernement anglais armait contre nous la coalition des rois; il soudojait la révolte et la calomnie dans l'intérieur. Que dis-je? au moment où il agitait dans les départemens de rOuest les torches du Fanatisme, et promenait rétendard de la Royauté, dans Paris même, et ceci n'est point une exagération oratoire, mais un fait démontré^ dans Paris même, au sein de la Convention nationale déchirée , ce gouvernement perfide aiguisait le glaive anarchique; il entourait de ses délateurs la tyrannie inquiète et soupçonneuse , et moissonnait chaque jour des Républicains intrépides, des orateurs énergiques, des philosophes précieux à l'humanité. Quand le g thermidor vint renverser cette tyrannie usée par sa puissance et ses crimes, c'est encore le gou* vernement anglais qui, durant deux réactions trop fameuses, excitant la haine, I9 vengeance, et des passions plus viles encore , achetant toutes les plumes vénales, dénonçait, proscrivait sans ces^, comme partisans de la terreur, ce resie
CONSEIL DES CINQ- CENTS. 4a3
de Républicaius éprouvés, si long-tems exposés» comme modérés ou fédéralistes, à la fureur des proscriptions décemvirales.
Certes, notre intention n'est pas de reprocher au peuple anglais tout entier les attentats des tyrans qui l'oppriment. Vainement un ministre hypocrite aura formé le vœu coupable de nationaliser la guerre : ne donnez pas dans le piège , vous» derniers amis de la Liberté en Angleterre! vous, illustrés dans l'Europe par votre opposition courageuse aux projets d'un gouvernement insensé: Fox, Shéridan, Stanhope, Lauderdale, énergiques défenseurs de la cause populaire! Non, la haine de l'Europe , la vengeance de la République française, ne menacent pas une nation qui a produit Cambden et Sydney, Locke et Newton, Milton et Pope; une nation qui, dans le siècle dernier, a donné de grandes leçons aux rois et aux peuples y et dont les philosophes ont agrandi le domaine de l'esprit humain. La guerre n'est déclarée qu'à ce gouvernement im[Me coupable envers l'Angleterre, puisqu'il y a (orme par degrés, et pomr ainsi dire pièce à pièce , la monarchie la plus àbr solue; puisqu'il a ané^ti dans vos cités ^usqu'auf dernières traces de cette liberté civile dont vojus étie% si fiers; coupable envers l'Europe, puisqu'il affecte encore l'orgueilleux espoir d'en être l'arbitre; coupable envers le monde, puisqu'il étà^
4a4 CORPS LÉGISLATIF.
ouvertemeot ses prétentions à un commerce exclusif, à une navigation souveraine et dominatrice; coupable surtout envers la grande Nation , puisqu'il a soudoyé tous ses ennemis; puisqu'à Tépoque même de la paix continentale il redouble d'ef«> forts pour former une nouvelle coalition contre la France, et lui rendre cette servitude dont six années de victoire Font si glorieusement affranchie. Mais si le cabinet de Londres s'agite , il n'est pas sans s'apercevoir de son impuissance. Intriguet-il contre nous dans les cours de r£urope? il est repoussé de tous les lieux par la gloire de la Ré* publique française et par l'admiration qu^inspirent nos armées. Fait-il une tentative sur nos cotes? vainement secondé par les clameurs de quelques lâches, il semble nous amener des prisonniers. Trois cents guerriers, aussi braves, mais plus heureux que les compagnons de Léonidas, suffisent pour vaincre une armée entière. Les soldats républicains , accoutumés à des combats plus périlleux, sont confus, pour ainsi dire, de leur trop facile victoire. Chaque instant voit décroître la puissance et la considération de l'Angleterref tandis que la France , victorieuse de tant de rob, libératrice de tant de peuples, frappe à la foisU théocratie , ranime les cendres de la République romaine , relève les autels de la Liberté sur ks fauteurs de Morat, dans la rustiquç patrie de
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Guillaume Tell , et voit à l'extrémité du lac Léman une cité florissante et célèbre ' lui offiir avec joie, non pas un vaste territoire, mais un immense contingent d'amour de la liberté, de véritable es* prit public, de lumières et d'industrie,
Une chose encore déoiontre d'une ipanière frappante la diminution de l'influence anglaise : cette chose, c'est l'état même du Corps législatif. Après les élections de l'an Y, de véritables, de fidèles alliés de l'Angleterre siégeaient dans les deux Conseils; et, dès les premiers jours de la session , les discours, l'attitude, les regards des représentans d'élection royale attestaient l'influence étrangère. La faction ne cachait pas ses coupables espérances ; quelques mois après , elle détermina sa propre défaite par l'orgueil même de ses succès.
Aujourd'hui, je ne vois pas dans cette enceinte deux camps ennemis qui s'observent avec inquiétude , ou qui se menacent ouvertement i j'y vois des Républicains unis par une mutuelle confiance , et qui se préparent avec tranquillité à rassembler les élémens d'une législation sage et uniforme ; à ranimer l'agriculture, le commerce et les arts, splendeur et richesse des États; à compléter Tinstruction publique , premier besoin des hommes en société , première dette du gouvernement envers le§ gouvernés.
I. Genève. Foyez plus bas page 436 , le discours de Chénier sur Torganisation de Genève et de son territoire. (N. de VÉdit,)
4^6 eoRPs LÈaishàmm >
- Bomoiage soit donc rendu an» bnitw dtfcii^ seiin de la Patrie qui vous ont offert^ par tant de triomphes^ une si honorable Cfffnèrel Lee noleiree ne furent long-tenie qiie de l^Émbitioif^, des jeux de Tofgueâ et de la ^w^géaaee: gràoe aq glkde dtt Peuple Iraiiçais, grâee au fénie de la irMûe sodabilité , elles sertiront désormais à Famé* fiorption du sort des* hommes , au* pofectiomié^ ment des sociétés civiles; et, dans ce sens, elles sont utiles même aux vaincus.
- Y€Âà le projet :
' Le Conseil des Qnq-Gents , considérant que de nouveaux triomphes eldgént êe nouveaux téiilmgnages de reconnaissance, dédare qufilja ^iurgenéé , et prend la Résolution sélvailte :
ARTICLE PaXMIEIt.
Les trois cents Républicains qui , sous les murs
d'Ostepde , ont vaincu Tannée anglaise ont bien
mérité de la Patrie.
n sera formé une commission de cinq membres, chargée d'examiner les mesures législatives réclamées par le message du Directoire.
On applaudit.
I^ Conseil adopte la proposition de Chénier, et ordonne l'impression «de son discours au nomboe de six examplainei. n charge ensuite de l'examen du inesçage du Dipreç^oire les d^tés Chénier, Talot, Frigeville, Gossuin et DuhoL
{Note de i'Bâàemr.)
; Mil ii| 'j j
DISCOURS
A. L*OCCASION DE L'AinVIVEE$AIR£ DU i4 JUILLET*.
( Sétoœ du a6 messidor an YI ( 14 juillet 1 798 , yieux style).
Représentans du Peuple,
S'il fut jamais dans Thistoire des hommes iinç époque fertile en* souvenirs d'un immense intérêt , en causes lointaines et profondes, en résultats illimités, c'est l'époque du i4 juillet, que la République célèbre aujourd'hui ; c'est cette première journée de la Liberté firançaise, où, par une explosion soudaine, un moment de volonté vrai* ment nationale vainquit sans peine un despotisme de tant de siècles, déclara par le fait la souve* raineté du Peuple , et , par un seul acte de son pouvoir, ouvrit un nouveau cours aux destinées de l'espèce humaine.
I. Chénier occupait alors le fauteuil. Il avait été élu président dans la séance du m messidor de la même année. {Note tkVid^eur.)
4a8 CORPS LÉGISLATIF.
Tout ce qui est cligne de porter le beau nom de citoyen français se rappellera toujours avec un nouvel attendrissement les circonstances qui précédèrebt, accompagnèrent, suiTirent cet événement mémorable. La Nation, avertie de sa force , respirait la liberté prochaine. Les vrais députés du Peuple, entourés du respect public ^ des vœux universels, illustrés par les humiliations qu'on avait cru leur prodiguer dans la séance royale , renforcés par la persécution , s'étaient un moment réfugiés sous Thumble toit d'un jeu de paume , nouveau sanctuaire où fot prêté avec un enthousiasme si solennel le premier serment k la Liberté.
Cependant, une cour sourdement conspiratrice tentait de nouveaux efforts pour ressaisir sa tyrannie fugitive, Péja hurlaient au sein de Paris ces hordes de satellites étrangers, avides d'esclavage, d'ivresse et d'or; déjà retentissaient les menaces, prélude insolent du carnage; déjà coulait le sang des citoyens désarmés. Il coulait sous la main féroce d'un rejeton de cette maison de Lorraine , de ces Guises, machinateurs accoutumés des forfaits de la cour et des calamités de la France.
Tout à coup, dans cette vaste commune, sous l'ombre silencieuse, les citoyens deviennent soldats, le peuple n'est plus qu'une armée, Il arbore les couleurs nationales ; il marche avec ces Gardes
Françaises, troupe immortelle, dont la gloire est intimement liée à celle de la Révolution; corps de citoyens et de héros, qui , depuis cette époque, a fourni tant d'illustres chefs à nos phalanges républicaines. La nuit voit la défense préparée contre le despotisme ; le jour suivant le voit attaqué dans son fort le plus redoutable. Le Peuple saisit des armes dans un dépôt où les tyrans les conservaient pour le subjuguer. Tout se rassem^ ble ; tout s'ébranle ; le tocsin sonne l'heure de la Liberté; l'airain des esclaves tonne; mais les ty-* rans^ les esclaves , l'airain ^ les tours inexpugnables t tout cède à la valeur du Peuple; et soudain, de rue en rue, de bouche en bouche^ se prolonge, avec la rapidité de la foudre , ce cri touchant et sublime : Vi^e la Liberté; la Bastille est prise!
Le reste du jour fut une fête ; et quelle fête , Représentans du Peuple ! Tous les fronts étaient joyeux; tous les yeux étaient attendris; tous les élans étaient sincères; toutes les passions étaient sublimes. Dans les rues, dans les jardins, dans les places publiques, les citoyens indistinctement se parlaient , se connaissaient , sentaient le besoin de se rapprocher. Cette immense population n'était plus qu'une seule dsimille. Les amis s'aimaient davantage ; les ennemis oubliaient leur haine, et commençaient à s'aimer. Au même in-* stant, sur tous les points du territoire firançais,
43o CORPS LÉGISLATIJ?.
par un mouvement électrique et spontané, M créait, se formait à la fois cette garde nationale qui a vaincu toutes les armées de TËurope ; cette garde nationale qui devait sa naissance à ropinion publique , et qui en assurait la toute-puissance.
Depuis long-tems la philosophie, proclamaDt des vérités simples et d'une lumineuse évidence « affaiblissait , sapait de jour en jour les fondemens du gouvernement impie qui écrasait nos belles contrées. Et qu'offrait^il à l'exaiHen des amis de l'humanité , sinon des préjugés gothiques et des abus monstrueux; les rois, les princes, les iioUesi moissonnant le champ du despotisme, se partageant les sueurs du cultivateur infatigable et de l'artisan laborieux; la fainéantise en honneur; le commerce et les arts avilis ; des cloîtres ouverts à l'oisiveté fanatique; les vœux tyranniques de la superstition jalouse, et du mariage indissoJu» ble; un clergé ne conservant plus aucune décence, pas même celle de l'hypocrisie; des park'^ mens, tantôt esclaves intéressés, tantôt rivaux séditieux du trône; les prisons d'État r^orgeant de victimes ; l'impôt ne pesant que sur le pauvre; la Loi ne frappant que le faible; l'État reposant sur deux bases également anti-sociales : l'hérédité et la vénalité; les juges apprenant à se vendre» en achetant leurs fonctions redoutables ; le beau nom de soldat français abandonné au Tiers-État,
œmme une avilissante corvée; le droit de com-» mander aux troupes appartenant, comme tout le reste, à la classe privilégiée; le nom même d^offi«der de mérite regardé comme une insulte; toutes les institutions développant, sous des formes différentes, le crime de l'inégalité; toutes afifichant le dédain pour Tespèce humaine; toutes offrant le coupable contraste de vexations pour l'indigent, de privilèges pour le riche; et, par une conséquence nécessaire et plus désastreuse encore, les citoyens, honteux de ce titre, s'empressaut d'acheter les distinctions honorifiques, s'ef^ forçant d'échapper, à prix d'or, à l'opprobre d'être membres de la Nation?
Ajoutez à ces considérations générales le spectacle hideux d'un siècle entier : une licence immo* dérée, une insouciance léthargique succédant 9 sous la Régence, aux guerres calàmiteuses et au despotisme monacal des dernières années de Louis XIV; cette immoralité se perfectionnant sous Louis XV; les vertus et les talens devenus des ridicules dans une cour ignorante et dégra* dée ; dés généraux en faveur, connus ieuleiaient par de honteuses défaites ou de célèbres tialiîsoBs; les armées ayant. oublié la victoire; k pavillon national déshoncHré; le respect du ,nom français anéanti en Europe; les piiissankes même du tecond ordre insuliaiiK à la nuUitéde laFranoeç b P^ogoe
impunément partagée sous les yeux du Cabinet de Versailles; de serviles traités de paix vendftDt la Patrie à T Autriche et à l'Angleterre; des traitée de commerce plus funestes que la guerre elle-même} des procès scandaleux, où chacun luttait d'igoo^ minier des courtisanes plus puissantes que dei reines; le Trésor public ouvertement dilapidé par les favoris : telles sont les causes trop nombreasa qui firent écrouler enfin ce gouverneaient sous k mépris et l'indignation dont il était surchargé.
Maintenant^ Représentans du Peuple, quek furent les résultats de cette journée, tardive sans doute, mais décisive pour les peuples? je réponds : rhomme rendu à sa dignité, ses drcnti reconnus et proclamés; les cloîtres et les prisons d'État laissant échapper leurs victimes; la tyran"nie des vœux étemels abolie; les campagnes dé^ livrées des chaînes féodales; Fégalité brisant les hochets nobiliaires; les talens civiques appelés à tous les emplois; la raison substituant le système représentatif aux chimères de l'hérédité, au scandale de la vénalité ; la République s'élevaut sur les débris de la Monarchie, renversée dans une journée non moins célèbre (le lo août); la considération du nom français parvenue à un degré jusqu*alor$ inouï; la grande Nation apportant, à son gré, chez l'étranger ou la conquête ou la délivrance; des répubUques fondées dans la Ligurie et aii^
delà (le la chaîne des Alpes; là, sur le bord du Texel, Barnevelt vengé de la maison de Nassau, et les Bataves arrachés au joug d'un Stathoudérat oppresseur; ici, Fombre de Guillaume Tell tressaillant de joie en voyant l'arbre de la Liberté ombrager les hauteurs de Morgate; plus loin, sur les rives classiques du Tibre , la république romaine se réveillant après un sommeil de vingt siècles, et sortant des catacombes majestueuses où reposent ses anciens héros; la Méditerranée, longtems esclave de l'Angleterre, aujourd'hui souriant à la flotte républicaine qui doit délivrer ses ondes; la victoire gravissant avec les Français le roc où échoua Soliman; la noblesse européenne firappée dans son point central, presque en même tems que la théocratie; chaque jour complétant cette série d'évènemens nécessaires, dont notre Révolution n'est elle-même qu'un premier chaînon; chaque événement concourant à réaliser la grande pensée du premier siècle de l'ère française : c'està-dire, l'amélioration du sort des hommes, le changement graduel et total dans l'organisation des sociétés.
Que notre joie se mêle donc à la joie publique! Que tous les pouvoirs s'unissent pour imprimer un caractère sacré à l'anniversaire d'une aussi glorieuse époque ! Certes , le i o août , où fut renversé le trône conspirateur; le 9 thermidor, où fui
OEuTTea ancîennet. V. 0. o
vaincu le despotisme démagogique, redoutable auxiliaire du despotisme royal; le i^ vendémiaire, où fut fondée la République, seront des jours éternellement solennels pour tout atni de la Xi* berté; mais ce i4 juillet dont ils furent la suite et le complément; mais le jour du réveil delà grande Nation sera toujours la principale soleo* ni té des peuples libres. Qu'au moment où h sanglante réaction planait sur la France; que Tannée derrière, lorsque , dans les deux Conseilsi les valets des tyrans bannis retenaient les places de leurs maîtres, ce jour même ait été consacrt» par une dérision coupable, à la défense des prêtres rebelles : ce délire stupidement de^ tique caractérise ces tems et ces hommes doitt le 1 8 fructidor a fait justice , et sur qui Tinflexible histoire doit verser à jamais Texécration.
Pour vous, Républicains! pour vous, dignes Représentans du Peuple libérateur! c'est avec un pur enthousiasme que vous payez aujourd'hui à la Patrie le tribut de joie qu'elle réclame. Mais en un jour de fête où se réjouissent tous les FraAçais, réjouissez-vous aussi, Nations dont la République a brisé les chaînes! Et vous. Irlandais unis , qui ne verserez point des larmes stériles an pied de l'échafaud du brave Fitz-Gérald ! et voas qui, long -tems exilés dans les déserts glacés de la Sibérie, maintenant délivrés des fei^ du des-
potisme, avez touché la terre libre, mais pas encore la terre natale! vous-mêmes enfin qui gémissez dans les cachots de la tyrannie! n'imite2 pas la faute du généreux BrutUs aux champs de Philippes : ne calomniez pas la vertu.
Ce jour qui , par des moyens si faibles en apparence, vit tomber un pouvoir colossal, ce jour vous donne à la fois des consolations et dès exemples. Votre 1 4 juillet arrivera. Malgré la lutte opiniâtre des préjugés contre la raison , des intérêts particuliers contre la justice, par la force irrésistible des choses, par la marche nécessairement progressive de l'esprit humain, dans toutes les contrées de TEurope, dans toutes les parties de la terre , on reviendra par degrés à Fouvrage de la Nature; !et si l'ambition de quelques hommes:, si là lâcheté d'un plus grand nombre, ont créé des gouvernemens héréditaires et des classes priyilé- ^ées> la Nature n'a fait que des peuples;
tés cH^ dfë i^hè là Mpubtt^àè! s'élèVéhé Û ^ntti pàm. « Oe jour^ s'écrie lé dépàté Gossuin ^ etk consacré à la jois : « liAtoos-nous de nous réunir au Peuple qui se porte en iovj^ « au lieu de la fête ; mais que ce que vous venez d'entendçe « ne soit pas resserra dans ôeHe enceinte. Le <liàcôiirs aù^j^ro- <t Mëàï è^ UibUifaé : je dCnikkidè qàll s6it d&lHbtiè an tk^Oitt « de douze exemplaires, et traduit dans toutes les langues. »
Cet avis est unanimement adopté.
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RAPPORT
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