‹ Œuvres completes de M.J. ChenierChapitre 84 sur 98 · PRONONCE AU CHAMP-DE-MARS DANS LA CEREMONIE FUNEBRK · texte numérisé non relu

PRONONCE AU CHAMP-DE-MARS DANS LA CEREMONIE FUNEBRK

CELEBREE

î:N L'HONNEUR DE BONNIER ET DE ROBERJOT,

MIHISTRSS PLSNIPOTtHTIAiaCS FRAMCAJS

(ao prairial an VU (8 juin 1799» vieux ftjU.)

Citoyens,

Ces lieux que de grands souvenirs ont rendus célèbres furent souvent témoins de nos solennités triomphales. lis virent s'accumuler les nombreux

I. La multiplicité et surtout la dissidence des opinions nous ont empêché de consigner ici quelques-uns des documens historiques relatifs à l'afTaire de Rastadt; mais le discours de Cbénier, où la plupart de ces faits se trouvent rapportés , su|>» pléera à notre silence. Cependant, s'il est quelques lecteur^ curieux d'approfondir cette mystérieuse histoire , nous les renvoyons au Moniteur du temps. Les renseignemens principaux à y consulter son*t: la lettre de Jean Debry, l'un des trois plénipotentiaires envoyés à Rastadt, au citoyen Talleyrand , ministre des relations extérieures , et le message transmis quelques jours après par Iq méiiie au Directoire exécutif. Voyez les numéros des 18 et a5 floréal an VIL ( N.deVÉdit)

trophées de la Victoire; ses emblèmes frappaieut tous les yeux; ses hymnes guerriers se faisaient uutendre; ils se mêlaient aux chants naïfs de la joie publique; et, bientôt, répétés au-delà même de nos frontières , ils intimidaient jusque dans leurs camps les potentats ligués contre nous. Aujourd'hui quel aspect lugubre'! Les images delà mort nous environnent ; les chants funéraires sont interrompus par un cri puissant de vengeance; tous les fronts pturtent l'empreinte d'une douleur courageuse et républicaine; le génie de la grande Nation, les yeux fixés vers le ciel et l'avenir, s'enveloppe de son deuil majestueux; les magis-. (rats suprêmes 1 à qui l'exécution d^ lois est coofiée; les administrateurs et les juges; le corps celèbre chargé de veiller sur le dépdt des lumières fondatrices et conservatrices de la Liberté; enfin, de tous les points de cette immense commune, les citoyens , accourus en foule , baignent de pleurs ces vains cyprès, ces urnes vides et stériles, tandis qu'exilés sur une rive étrangère les débris généreux des ministres de la paix y déposent devant l'Europe contre un gouvernement assassin. . Bonnier ! Roberjot ! Victimes illustrées par la

I. Foyez, daos le Moniteur du i5 prairial an VII, tous les détails de ceUe cérémonie funèbre tlécrétée par le Corps légi»T latir, )e ai floréal de la inêaïc uonée. {Noie dv i'ÉU^4eiir.)

tyrannie homicide ! aujourd'hui vos noms prennent place entre les noms augustes des martyrs de* la cause des peuples. Tant qu'il existera des Républicains sur la terre , ils béniront votre souvenir ; leur hommage reconnaissant vous suivra dans la route des siècles ; ils offriront pour modèle à leurs fils et votre vie et votre mort. Dignes membres de cette mémorable Convention nationale dont le génie s'agrandissait avec le péril ! dans son sein ^ hors de son sein, vous avez bravé, vous avez combattu comme elle tous les ennemis de la Liberté. Exempts des bassesses de l'orgueil, des puérilités de l'ambition , vous avez chéri la Patrie pour ellemême , par le sublime instinct des âmes fortes et libérales; vous lui avez consacré des vertus modestes, des talens utiles, des travaux pénibles, vos jours, vos veilles, toutes vos pensées, toutes vos facultés. 11 vous restait un sacrifice à lui faire ; il manquait un crime à l'Autriche; et tous les deux sont consommés.

L'Autriche! A ce nom, Citoyens, votre juste indignation se soulèvç. Mais quelle était donc la pensée de ce cabinet ambitieux? Quelle iniquité commise envers lui^ quel abus même de la vie-, toire a pu donc irriter sa haine , et lui inspirer des attentats inconnus jusqu'à cette époque? Le courage et les prospérités de la France avaient long* tems étonné les nations de l'Europe ; sa modérât

tion envers l'Autriche les surprit encore davantage. Sont-ils déjà si loin de nous ces tems où la Belgique conquise 9 la Hollande délivrée du joug du stathoudérat, des succès multipliés et non interrompus sur les bords du fthin , de la Sambre et de la Meuse; où trois années de conquêtes et de triomphes furent tout-à-coup surpassées par une seule campagne, inouïe dans lesfieistes même dc^ héros. Un homme de ceux que la nature a faits grands par les talens et le caractère s'élança du milieu des rangs. Rapide comme l'aigle des Alpes, il franchit les monts et les fleuves. Animés par sa pensée féconde 9 pleins comme lui de la conscience de vaincre, les soldats français, toujours indomptables sous un chef digne de les conduire, parcoururent l'Italie en conquérans libérateurs. Tous les généraux de l'Autriche, essayés tour-à-tour, disparurent tour-à-tour avec leur vieille renommée. Six armées, successivement rassemblées pour arrêter l'effort du vainqueur, furent détruites comme ces faibles digues que brise une mer en courroux; et, sur les débris de quelques trônes abattus, quelques peuples relevèrent les autels de .leur immuable souveraineté. Cependant, à Léoben, à Campo Formio, le besoin généreux d'arrêter l'effusion du sang humain l'emporta chez nos négociateurs sur des prétentions légitimées par une fortune constante, et même sur des réclama-

tions saci^es. Il n'est pas d'homme libre dont le cœur n'ait accueilli les plaintes civiques du peuple vénitien ; les égards pour l'Autriche vaincue furent poussés jusqu'à l'indulgence; et nos ennemis ont euxHnémes publié que, du moins pour l'empereur, le Peuple français s'était montré aussi grand dans sa générosité que dans le cours prodigieux de ses victoires.

La loyauté française ne s'est pas démentie. Le congrès de Rastadt est formé; l'Europe y envoie de toutes parts ses plénipotentiaires pour achever le grand ouvrage de la paix continentale. Le Peuple triomphateur y charge de ses intérêts Bonnier, Roberjot, Jean Debry: tous trois honorés par la haine des tyrans et par l'estime des hommes^ tous trois glorieusement cités parmi les fondateurs de cçtte belle et puissante République. Mais des traînes coupables sont ourdies; une nouvelle coalition se forme contre la France; la Discorde, sourdement excitée par l'Autriche, éclate avec furie, et ramène la destruction sur le continent de l'Europe. Un ordre insolemment tyrannique accorde un seul jour à nos ministres pour quitter la ville de paix. Ah! que ne l'avaient-ils déjà quittée! elle appartenait désormais au Crime : il venait d'y entrer avec le barbare régiment de Szeckler. C'était le 9 floréal : l'inflexible histoire n'oubliera pas cette époque sanglante. Nos ministres veulent

la nuit même abandonner les murs d^ Rastadt; ils demandent une escorte : elle leur est refusée. Mais ils ont résolu de partir; ils partent. Ils allaient sortir de la ville; on les arrête long-tems: les meurtriers n'étaient pas encore prêts. Coupable Autriche! qu étaient devenus tes pacificateurs, tes généraux , tes soldats? Tu ne commandais plus qu'à des bourreaux. Les perfides ! C'est par un assassinat qu'ils ont commencé , qu'ils ont affermi la guerre renaissante ; ils ont voulu placer entre eux et les Français, entre eux et Fespérance même des traités, l'insurmontable barrière d'un for£aût sans exemple; et, dans la personne de nos infortunés ministres, ce n'est pas seulement une nation entière , ce n'est pas seulemeot la Liberté, c'est la foi publique, c'est rhumanilé plaintive, c'est.la paix qu'ils ont égorgées.

O souvenir affreux! Nuit impie ! Déjà les plénipotentiaires français, accompagnés de leurs familles et du ministre ligurien, s'avançaient sur cette route fatale. Les deux allées de peupliers dont elle est bordée épaississaient les ténèbres. Ici la Murg, enfermée dans un canal, roule ses ondes mélancoliques ; là des prairies sont terminées par un bois. De sombres nuages couvraient l'horizon ; le ciel, triste et sans clarté, se préparait à voiler des crimes; un flambeau, jetaut faiblement et par intervalle mie lueur lugubre et solitaire , semblait éclairer un convoi funèbre.

Tout-à-coup soixante hussards de Szeckter, embusqués le long du canal, s'élancent le sabre nu, poussent des cris homicides, arrêtent les voitures , demandent à haute voix les ministres français. Il semblait que ces augustes fonctions et ce nom sacré de pacificateurs devaient en imposer à leur furie : il devient le signal des assassinats. Jean Debry est frappé le premier. Arraché des bras de sa femme et de ses filles , pillé , couvert de sang et de coups , il tombe sans mouvement. La soif dû pillage et du meurtre éloigne de lui les assassins. Le sévère Bonnier reste sur la place , accablé de coups plus sûrs; Roberjot le suit. Son sang rejaillit sur sa tendre épouse : « Ma femme ! s'écrie- « t-il , prends courage. » En laissant tomber ces mots, il expire, les yeux tournés vers sa patrie. Les papiers , les effets de la légation française sont enlevés. Jean Debry, recueillant ses forces défaillantes, baignant la prairie du sang qui s'écoule de ses blessures, se traîne lentement vers le bois. C'est de là qu'à la clarté mourante du flambeau il voit de loin ses meurtriers ; c'est de là qu'il entend leurs clameurs féroces, mêlées aux sanglots déchirans de la veuve de son ami ; c'est de là qu'il distingue les cris lamentables de sa propre épouse et de ses filles désespérées. Ses filles ! elles redeman** daient leur père : a U n'y a plus de père , » répondent les cannibales, échauffés par la double ivresse

tfj» CORPS LÉGISLATIK

tlu crime et des boissons qui les auintaient au carvttge. C'est dans c« bois qu'U payée, mi miliça dea douleurs cuisantes, des incpuétadM-pilUi crueUe», des souTeoira récens et tCTriUB»,.des péHbtoU" jours prâseos'i tes lon^ restes d'une exdfinble Mit Entendwft rôder prè». d« lui i^Hclque» ^ trouilles autrii^iiennes , tantôt JA ae réfagie dmu ie creux d'un aacèatj- tantôt œntre terre et dans f^paÎMew de. ta forit Eéfin, aax preMÎèm kicurs du jour. nmtiwTif. vedouttmt de «nneana: meurtriers, il se détennine à reteuitter ytm la ville. Glacé par le Vent et. la pluie, il sort de ce bois protecteur; il repasse i^ la lopte entre les deux allées de peuplier» ; il y ¥o^ les oadaTres nos de ses mdheureux collègues : alors, seolement, il a pu leur adresser un dernier adieu, qui n'était pas entendu. Deux hoDunes de la campagne , s'acheminant vers les remparts de la ville, reculent d'abord à l'aspect du sang qui souillait son visage et ses vètemens déchirés; mais son nom, le haut caractère dont i) est revêtu , le récit des périls qu'il vient de courir, touchent leur âme simple et naive : iU n'étaient ni courtisans ni satellites de l'Autriche. Ils le placent entre eux, Ha soutiennent ses pas chancelans; et, Inentôt, sanglant, défiguré, se traînant à peine, évitant avec soin les yeux ennemis, le plénipotentiaire de la grande nation rentre dans les murs de Rastadt , protégé

par deux villageois dont les Autrichiens n'ont pas rougi de punir la pitié touchante. Aidé par les torrens de pluie , il traverse sans être remarqué les différens postes; et il arrive chez le comte de Goërts , ministre du roi de Prusse. Déjà l'horrible nouvelle était répandue dans la ville; déjà le ministre ligurien et son frère; déjà Rosenstiel, secrétaire de la légation française, avaient appris au corps diplomatique les noirs attentats de TAutriche; déjà les familles des plénipotentiaires français avaient été recueillies par les négociateurs restés au Congrès. Ces hommes , vraiment dignes de représenter des puissances respectables , avaient fait éclater leur indignation; et, depuis cette époque , ils en ont renouvelé le témoignage à la face de l'Europe dans une déclaration élo" quente et courageuse. Le jour même, Jean Debry, sa famille,* et la veuve inconsolable, et Rosenstiel, et les fidèles Liguriens, s'éloignent de ce rivage flétri. On veut bien leur accorder une escorte. Quelle escorte! c'étaient ces mêmes Szécklers, encore fatigués des meurtres de la nuit et cachant mal une joie homicide ; mais auprès d'eux marchaient les hussards de Bade, guidés par leur brave commandant ' , et prêts ainsi que lui à re-^

I. Le major de Harrant , commandant des troupes du Margraviat de Bade, et qui avait même répondu du convoi sur sa léle. i Note de l'Éditeur. )

jJBo CORPS LEGISLATIF

pousser éoergiquement loute violence. I^s Béptiblicains arrivent aux bords du Bhin; ils passent le fleuve, aperçoivent le premier arbre de la Liberté, touchent la rive française; et, jetant sur l'autre rive un regard accusateur, prosternés, les yeux baignés (le larmes, dans un recueillement muet et religieux, ils ont baisé la terre sacrée. Victimes échappées à la barbarie autrichienne Victimes agrandies par le malheur! revojes ces murs hospitaliers , contraiplez cette enceinte auguste où Tons enviromient la tendresse et la 'vé^ ntoition d'un peuple immense; serrez-vous contre cet autel où -viennent se presser autour de vous toutes les affections républicaines. Approchez, Veuve révérée! naguère, hélas! épouse diérie; et vous, qui êtes encore épouse'- et tous, jeunes filles, qui, sur la foi des meurtriers, n'espériez plus de répondre k la tendre voix-d'un père! Pour toi, Jean Debry, des trois pacificateurs il ne reste plus que toi : achève seul les destinées qui les attendaient ; fournis une triple carrière civique: revêts encore cette pourpre législative dont tn conservas toujours la pureté; reprends ta place parmi les Keprésentans du Peuple français. Ta place ! elle est marquée près des noms sacrés de Bonnier, de Boberjot; près de ces funèbres chaises curules où siège encore leur souvenir; près de ces toges immobiles dont la muette éto-

CONSEIL DES CINQ- CENTS. 48 r

quence réclame si haut la vengeance nationale et Tindignation de FEurope. Âh ! sans doute , ils ne se renouvelleront jamais ces teras d'opprobre où la royauté conspiratrice avait envoyé ses défenseurs jusque dans le sanctuaire de la Liberté! mais, si, désespérant d'y introduire désormais des esclaves, la fureur de nos ennemis voulait y secouer de nouveau entre des Républicains la torche impie de la Discorde, alors, martyr vivant de la Liberté de ton pays, élève au milieu de tes collègues les hideux trophées de la maison d'Autriche; montre-leur tes vêtemens déchirés et couverts de sang; découvre ton corps percé de coups. Que ces images les rallient dans une pensée commune: l'horreur des tyrans; et que le saint amour de la Patrie se rallume à l'aspect de tes cicatrices.

C'est vainement que l'Autriche , effrayée, non de son forfait, mais de l'horreur qu'il inspire à toutes les nations de l'Europe, s'agite pour repousser loin d'elle l'ignominie dont le poids l'accable. Eh! sur qui prétend-elle la rejeter? Sur des villageois insurgés? mensonge atroce, mais bien digne du despotisme qui se fait également un jeu de calomnier ou d'égorger les peuples. Sur ces fils dénaturés de la France qui n'ont pu respirer un air libre? certes, ils sont bien coupables'. Orgueilleux esclaves, ils se sont déclarés indignes

0£avres aociennes. V. vi I

48a CORPS LÉGISLATIF.

de monter à l'égalité; ils ont préféré une servitude mendiée chez l'étranger à leur part de b liberté natale et souveraine. Appelés à rhéritage commun de gloire, ils se sont déshérités euxmêmes ; mais , s'ils ont levé leurs bras parricides sur une mère délaissée par eux; s'ils ne sentent plus couler dans leurs veines quelques gouttes de sang firançais, ils ont pourtant le droit de démentir une atrocité qu'ils n'ont point commise; et le plus honteux supplice qui les attendait, c'est de se voir accuser par l'Autriche des assassinats quelle a commandés.

Eh quoi! n'est-ce donc pas la cour de Vienne qui, dans les commencemens de la guerre, violant dès-lors les droits les plus saints des nations, traînait de cachots en cachots nos Représentans, nos ministres, nos négociateurs, livrés par une trahison trop célèbre ? N'est-ce pas elle qui , dans une circonstance plus récente , outrageait lâchement un ambassadeur ' dont l'aspect l'avait fait

I. Le général Bemadotte, nommé ambassadeur à Vienne par la République française, dans le mois de ventôse anVI. Il paraît que l'insulte envers ce général eut pour cause l'ordre qu'il avait donné d'arborer à Vienne le drapeau tricolore «t dessus du palais de France : ce qui indisposa fortement les ambassadeurs des autres nations. On dit même que la popolace fut secrètement soudoyée par eux pour injurier la légation française. (Note de VÉditetu.)

souvent pâlir à la tête de nos armées? N'est-ce pas elle enfin qui , sous les murs du Capitole déshonoré , secondant la théocratie expirante , faisait rejaillir le sang du brave Duphot ' sur le frère d'un chef renommé dont la vaste gloire épouvantait l'empereur au sein même de sa capitale? Ah! que l'exécrable maison d'Autriche soit foudroyée sous l'amas de tant de preuves; qu'elle reste isolée dans l'immensité de son crime; à moins qu'elle ne veuille le partager avec le gouvernement anglais; à moins qu'elle n'avoue sa lâche dépendance et son homicide vénalité ; à moins qu'elle ne publie hautement l'alliance sacrilège de l'or et du crime; à moins qu'elle ne déclare au monde que, pour combattre la République française, l'Angleterre fournit des trésors et r Autriche des assassins!

O guerre monstrueuse ! ô honte ! O scandale de cet âge philosophique.! O coalition absurde de quelques tyrans célèbres par leur démence ! L'Angleterre , qui vante son esprit de liberté , s'arme pour le despotisme; le successeur de Mahomet, pour le rétablissement de la foi chrétienne; un

I. Le général Duphot fut assassiné dans une émeute, à Rome, le 6 nivôse anVI, à côté de Jérôme Bonaparte, ambassadeur de la République française près la cour de Rome. P'ùyetf dans le Moniteur du 27 nivôse an 6, le détail de cet assassinat. ( Noie de VÉdUear.)

{,»,'! CORPS LKCISLATIF.

empereur de la religion grecque se déclare grandluaitre d'iiii ordre L-atliolique, et veut relever !e tniup pontifical; l'Ottoman stupide marche sous les inéines drapeaux avec ses irréconciliables ennemis; il oublie ses (lottes incendiées, ses cit^ populeuses détruites, noyées dans le sang par 1« Russe affamé de carnage, et l'ambition moscovite iiiftiaraiit depuis près d'un siècle les murs bâtis par Constautin! Devantles pavillons, sous l'étcDdard de ces peuplades abruties, sont ralliées deux puissauces destructives: Tlgnorance et la Cruauté: Délices de l'Europe,' amour de la Méditerranée, belle et malheureuse Italie! tes rians valloas ont vu se relever les croix sinistres; et les arbres de la Liberté sont tombés, couverts du sangde ses martyrs. Rome, un moment réveillée d'un assoupissement de vingt siècles, renaissait dans la pompe de ses comices: aujourd'hui, croyant voir encore se précipiter sur elle les bordes d'un nouvel Alaric, elle se réfugie dans ses catacombes avec ses dieux et ses héros; et, sur les rives classiques de la Grèce , les tombes entr'ouvertes de Miltiade et d'Épaminondas se sont fermées d'indignation. Partout, les préjugés enhardis tonnent, menacent et proscrivent; partout, se forgent de nouveau les triples chaînes de la superstition, du despotisme et de la gothique féodalité; partout, s'organise la révolte ouverte de la vanité hérédi-

taire contre l'éternelle majesté des peuples, du pouvoir absolu contre la vraie sociabilité, de la barbarie contre les lumières, des bétes féroces contre les hommes.

Et l'on s'est flatté de remettre impunément en question l'existence d'une République de trente millions d'habitans! £t le Peuple français ne romprait pas cette balance inégale où quelques furieux insensés, loin des périls de la guerre, et retranchés derrière un trône, veulent peser les destins du monde! Il renoncerait à son immortelle entreprise! Il ne se regarderait plus comme responsable devant l'avenir des progrès de la raison universelle et du perfectionnement des sociétés civiles; comme stipulant, combattant pour luimême et pour les peuples qu'il a délivrés; comme placé par son courage et par la force des choses aux avant-postes du genre humain! La coalition nouvelle imprimerait aux esprits une marche honteusement rétrograde! Elle abaisserait à son niveau les hauteurs de la pensée humaine! Elle imposerait encore aux Bataves le joug d'un stathoudérat usurpa teiu*! Elle briserait sur les monts helvétiques la flèche invincible de Guillaume Tell! Elle écraserait à jamais l'Italie sous le sanglant fardeau de l'empire et du sacerdoce! Violant même le territoire sacré, s'avançant sur nos frontières, pénétrant dans nos cités, elle viendrait pu-

nir... Vous firémissez, brave jeunesse! vos coeurs^ ▼os yeux , vos mains demandent des armes. Eh ! qui de vous pourrait hésiter entre rin&mie et la gloire? La gloire! elle est un besoin pour les Français. La gloire ! elle embellit la vie , elle em* bellit la mort même; et j'en atteste ici les illustres victimes que la Patrie reconnaissante honore aujourd'hui de ses pleurs. Marchez donc : le danger poursuit le lâche dans ses foyers; il (iiit devant le brave qui s'avance. Marchez : au fenatisme de la servitude opposez l'idolâtrie de la- Liberté; à la croisade des préjugés celle des principes. Marchez : vous avez reçu le baiser maternel et la bénédiction du vieillard. Marchez : ceux que vous allez combattre sont ceux que vos frères ont vaincus dans les plaines de Fleuras et de Juliers, sur les collines de Jemmapes, sur les ponts d' Aréole et de Lodi. Marchez : défendez les lumières présentes et l'espoir lointain des générations futures. Marchez : réparez quelques malheurs, peutêtre même quelques fautes. Que du Tibre aux ports du Texel la Liberté soit raffermie; que le rivage adriatique soit délivré du joug autrichien; que la robuste Helvétie conserve en paix ses vertus rustiques et fières; que sur les bases d'un vrai système représentatif s'élèveut des États respectables; que Tutilité du lien qui nous unit avec eux nous soit garantie par leur force et par leur

indépendance; qu'ils soient pour nous des amis puissans, et non de faibles serviteurs; et quavec Tégalité des hommes l'égalité des peuples soit proclamée.

Ministres des puissances étrangères , ministres de bienveillance et d'amitié, vous qui, dans cette cérémonie funèbre, venez apporter aux Français le tribut de vos larmes et de vos généreuses consolations! c'est à vous qu'il appartient de relever l'olivier brisé. Détachez ses rameaux sanglans; mais conservez avec un soin religieux sa tige utile et féconde. Que, replanté par vous dans une terre vigoureuse, rafraîchi d'une eau salutaire, échauffé des rayons d'un soleil pur, il reprenne et son éclat et sa hauteur; et, bientôt, réunies sous son ombre , puissent les nations de l'Europe bénir vos mains bienfaitrices et goûter ses fruits délicieux ! En attendant ce jour désirable, dites aux puissances qui vous ont envoyés vers nous l'horrible attentat de l'Autriche; dites-leur notre indignation et la vôtre; dites-leur que vous avez vu la grande nation dans le jour de sa douleur solennelle ; mais ajoutez que cette douleur ne sera pas stérile. Si le nuage est épais et sombre , c'est qu'il est grossi par la foudre.

Pour nous , Citoyens , que le souvenir de nos anciennes discordes, loin d'en préparer de nouvelles, nous éclaire sur la route de l'avenir! Vou-

Ions -nous vaincre? soyons, restons unis; mais restons unis par la Liberté. La République, ce gouvernement fondé sur deux grandes pensées : la souveraineté du Peuple et Tégalité des hommes entre eux , n'a pas son existence réelle dans le sol opulent de la France, dans ses cités industrieuses, dans les remparts qui l'environnent, dans les moissons qui Tenrichissent : la République existe par essence dans la masse des Républicains. Sur les débris des systèmes imposteurs qu'élèvent sans cesse l'ignorance et la perfidie, une simple vérité surnagera : c'est que la Liberté ne peut être maintenue que par des hommes libres. Faisons donc enfin disparaître les soupçons injustes, les défiances exagérées. Que le feu sacré ne brûle pas seulement sur cet autel : qu'il embrase encore les âmes de tous les Français. Que l'opinion publique, cette première puissance du monde , étudiée , révérée , fortifiée dans l'intérieur de la France, s'élance tout armée à la tête de nos phalanges. Alors, pâlira la fortune passagère de nos ennemis ; alors , renaîtra , plus fort et plus invincible l'ascendant des armées firançaises; alors, ces monstres féroces qu'ont vomis les déserts glacés du septentrion resteront dévorés par les champs plus heureux qu ils avaient voulu conquérir; alors, Bonnier, Roberjot, et tous les martyrs, hélas! trop nombreux de la Liberté uatio-

nale , souriront du fond de la tombe aux nouveaux triomphes de leur République.

Déjà commencent à se réaliser ces hautes espérances : une partie des Szecklers est tombée * ; la justice et la guerre nous doivent leurs débris* Ce général assassin ^ qui , tout couvert du sang de nos pacificateurs, osait rêver sa gloire future, maintenant, descendu dans l'ignominie, est déjà' poursuivi par les convulsions du crime. Ce n'est point assez poUr l'Autriche coupable, ni pour la République outragée. Quelques mois s'écouleront à peine; et nous reviendrons dans cette enceinte. Nous y célébrerons encore la fête , mais non plus la fête du deuil ; les hymnes de la victoire succéderont aux chants du tombeau; de jeunes lauriers remplaceront ces cyprès lugubres; de brillans trophées, ces urnes funèbres. A la place de cette pyramide sépulcrale ^ , un monument de

1 . Dans plusieurs escarmouches qui cureat lieu sur les bords du Rhin vers la fin de floréal et les premiers jours de prairial , et où les troupes françaises ont eu constamment l'avantage.

[Note de l'Éditeur,)

2. Barbacsy. Ce général fut arrêté par ordre de la cour de Vienne, le 28 floréal an VU, et mis en jugement devant une commission militaire, comme ayant commandé l'assassinat des plénipotentiaires français. Voyez le Moniteur du /# prai^ia^ de la même année. (Note de l'Éditeur.)

Page 1