‹ Œuvres completes de M.J. ChenierChapitre 83 sur 98 · FRANÇAIS · texte numérisé non relu

FRANÇAIS

Français,

A l'instant même où le Corps législatif, pénétré de ses devoirs augustes , vient de donner au peuple généreux qu'il représente l'utile institution de la Conscription militaire ' , de graves circon-

I. Cette institution (ut proyoquée {>ar le général Jourdan, dans nn rapport qu'il fit au Conseil des cinq cents le % ther-

stances lui prescrivent d'en recueillir promptement les fruits; et, par une soudaine application de cette loi qui garantit la liberté publique , il appelle deux cent mille citoyens à partager l'honneur de défendre la Patrie. Ce n'est pas qu'il abandonne le désir ou même l'espérance d'une paix prochaine : il n'aspirait , il n'aspire encore qu'à cette époque glorieuse et fortunée où la Mère commune, assise sur les trophées de ses enfans, pourra laisser reposer son glaive, et se livrer sans réserve au perfectionnement de l'agriculture, aux paisibles méditations des sciences, aux brillantes inventions de l'industrie nationale et des arts consolateurs. Mais on ne peut trop tôt dissiper les nuages sinistres qui semblent vouloir obscurcir l'horizon politique de l'Europe. lA République française a fait , pour assurer la paix générale , tous les sacrifices que lui commandait l'humanité et que lui permettait la gloire. N'ayant qu'à vouloir pour vaincre et pour conquérir, elle a eu le courage difficile de s'arrêter elle-même

midor an VI, au nom de la Commission militaire. Après une vive discussion, qui dura un mois entier, le projet de résolution sur le mode de recrutement de Farmée de terre fut décrété le i^' fructidor de la même année. Cette conscription militaire appelait aux armées tous les Français depuis l'âge de vingt ans accomplis jusqu'à leur vingt-cinquième année révolue. ( Note de r Éditeur, )

OEuvres anciennes. V. ' «^O

au milieu de ses triomphes. Si pourtant quelques athlètes couronnés , mal instruits par de nom- |>reuses défaites, veulent rouvrir la lice des combats, alors, par la voix solennelle des deux grands pouvoirs de TÉtat, elle donnera de nouveau le signal de la victoire; et vous, Français! vous lui lui répondrez par un cri unanime : « nous sommes <c prêts : quelle nation touche à sa délivrance? « quel monarque est las de régner? »

La République, indulgente, a laissé sur le trône des rois agresseurs; mais elle n'a pas prétendu leur accorder le droit de violer les traités , et de continuer impunément la guerre au milieu de la paix. De nombreux, de puissans motifs ranimeraient aisément contre eux votre colère magnanime. Eh ! qui d'entre vous aurait déjà perdu le souvenir des fléaux qu'ils ont versés sur la France, durant une guerre longue et terrible? C'était peu qu'une ligue impie se formât pour anéantir la République naissante ; c était peu que le territoire français fût souillé par des drapeaux sacrilèges: nos dissensions intestines, les crimes des factions rivales, la guerre civile allumée dans les départemens de l'Ouest, le fanatisme soulevant des peuplades crédules, la ruine et l'incendie parcourant nos belles contrées : toutes ces calamités ne sont-elles pas l'ouvrage de l'impérieuse Angleterre, et de quelques rois obéissans qui se déclaraient

eux-mêmes les agens et les pensionnaires du gouvernement anglais? Leurs juges n ont-ils pas commencé dans nos tribunaux le procès de la Liberté? Leurs représentans n'ont-ils pas siégé dans les enceintes sacrées où réside la majesté du Peuple français? Et vous, infortunés Yieilliirds! vou$. Mères plaintives ! si la solitude habite vos chau* mières; si, délaissés sous le toit rustique, vous cherchez, vous appelez en vain les Gis qui devaient consoler vos derniers instans, et fermer vos yeux fatigués du jour, ces fils, ces héros, échappés à tant de batailles, ils sont tombés sous des poignards mercenaires ; leurs cadavres sans honneur ont ensanglanté nos fleuves; ils n'ont pas même un étroit tombeau dans cette immense République, fondée, agrandie, cimentée par eux; la Royauté les égorgea au milieu d'un peuple qui avait aboli la Royauté; leurs derniers soupirs, leurs derniers regards, imploraient la République absente ; et , si l'intérêt de l'Europe entière sollicite aujourd'hui la paix, leurs débris et vq$ pleurs solitaires réclamant encore la vengeance.

Les armées républicaines ont surmonté tous les obstacles et terrassé tous leurs ennemis. Au commencement de la guerre, le sfatboudérat s'était lié aux destinées de TAngieterr^; la théocratie romaine lançait contre nous les foudres usés du Vatican ; l'oligarchie helvétique protégeait

tous les conspirateurs hiinnis du territoire franrais. Cinq années s't-coulenl à peine : le stalhoiiilérat est renversé; la théocratie romaine abattue, roltgarchi*^ helvétiquf anéantie. A la place (1m tyrans et des adversaires, nous voyons des Républiques et des amis. Sur un élément qui trahit quelquefois le plus sublime courage, la Fortune a pu quitter un moment les défenseurs de la Patricia Gloire les a suivis partout. Les mers ont enseveli la dépouille de quelques-uns de nos braves, mais non leur immortel souvenir. L'Angleterre, épouvantée de son triomphe , attend avec un niorne effroi l'inévitable coup qui doit la frapper au rœur, et venger enfin les deux Mondes. Malheur aux rois inconsidérés que son opulence corruptrice entraînera dans une guerre nouvelle! Le premier coup de canon tiré par eux contre la République française fera écrouler dads leurs États le colosse du gouvernement héréditaire. L'invincible ascendant de la Liberté les isolera dans leurs palais et même sgus leurs étendards. Leurs propres soldats , indignés et confus d'avoir perdu tant de bravoure en défendant les privilèges d'un seul, sauront enfin l'employer pour conquérir les droits de tous. Les rois peuvent être ennemis des peuples; mais les nations sont d'étemelles alliées; et, quand la force, éclairée par la raison'publique, tient la balance des destinées, les nations pèsent plus que les rois.

Que les gouvernemens qui oseraient encore tenter les chances de la guerre n'espèrent plus nous affaiblir en nous divisant : une longue et sanglante expérience nous a désabusés de ces dénominations homicides qui créent et perpétuent les factions. Vainement se flàtteraient-ils d'opposer Tune à l'autre la puissance qui fait les lois et la puissance qui les exécute : elles marcheront unies, serrées ensemble. I/esprit qui les anime également, c'est un vif, un sincère, un constant désir de la paix , mais d'une paix utile et glorieuse pour la France et pour ses alliés; c'est en même tems l'inébranlable résolution de repousser par la force toute insulte faite à la dignité de la République. Pères de famille! bénissez vos enfans appelés par la mère commune. Que vos éloges les enflamment : l'estime des vieillards plaît au courage; et leur renommée luira bientôt sur vos cheveux blancs. Mères! Épouses! ne retenez point leurs pas généreux; commandez-leur l'héroïsme; précipitez-les vers la gloire; qu'ils s'empressent de recueillir leur part légitime dans cet héritage de tous les Français. Et vous, nouveaux défenseurs de la Patrie! courez: vos frères vous attendent. Vous trouverez au sein des armées l'exemple des héros vivans et le souvenir des héros morts pour la cause républicaine. Hoche et Marceau, sur les rives du Rliiu; Laharpe et Stengel, aux

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bords de l'Eridan, reposent environnés de leurs exploits. Vous verserez sur leurs tombeaux des pleurs religieux et recounaissans ; si l'heure des combatK vient à sonner, vous y jurerez la victoire.

Suite du Uéciel.

L'Adsesse éa Corps légûhlfif ap-Brapte &uçù

sera prodamée flans las ckeMianx lie cmton, i

la téta des année», et affichée dans toutes les

eommnnes de la E^ubliquej

La présente Résolution sera^46kjiJt4tnéet<^He sera portée au Conseil des Ancieniï'par un TOegitager d'État.

Cette kdresM est votée à l'uiuniniité, et l'impressioD en est décréta.

DISCOURS

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