I. f^t>)rez, plus haut, pages 3S6 et suiv. (Note de l'ÉdU
iflépublique entière, souillant les administrations, siégeant dans les tribunaux , se couvrant du manteau directorial, foulant aux pieds la Constitution, et devenant, au sein du Corps législatif, la première autorité constitutionnelle \ enfin , au nom de la République et du Peuple , s'organisant chaque jour par des lois violatrices des droits du Peuple et destructives de la République. Le 18 fructidor vint^ bien tard sans doute, mettre un terme à ce cours de malheurs, de scandales et de crimes. Le lendemain , cette mesuri^ prohibitive, vainement réclamée six mois auparavant, fut unanimement adoptée; peut- être elle n'était plus si nécessaire. Du moins, soit par le vice in*" hérent à toute dictature de la pensée , soit par les applications abusives d'un pouvcûr qui pouvait être utile, les résultats de la mesure forent lom de remplir nos espérances. Elle devait être entre les mains du Directoire exécutif un glaive contre les Royalistes , un bouclier pour les Républicains ; malheureusement, il n'en fot pas ainsi. Une ligne contraire aux actes même inconnus du Directoire, à la pensée fugitive d'un ministre , à l'opinion du quart-d'heure, à la nuance du moment, suffît pour motiver l'apposition des scellés sur une presse. J'ai vu des écrivains distingués par leur patriotisme , quelques-uns même par leur sagesse circonspecte, devenir les victimes d'une boutade
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capricieuse; toute discussion sur les hommes M ' sur les choses fut interdite, réprimée, punie, étouilee; la représentation nationale eut seule le privilège d'être impunément attaquée; il n'y eut plus ni discussion . ni force de la voix publique; et les journalistes, copiant tous le journal oflSciel, et tous oftîciellemcnt serviles , ne firent plus qu'écouter aux portes du Directoire et des ministres, et caresser avec bassesse les préjugés d'un pouvoir entraîné si loin de ses limites con- «titutionueUes.
Fant-il s'étonner, Repréaeotans, qu'avec un pf reil état de choses la République se troave compromise? Rendez la liberté à U pràse, s'écriait un ~ des' préopinans ' ; et l'étranger adfètera vos écrivains périodiques; et Malmesbory'* ne sèmera pas en vain l'or du gouvernement anglais I Je rends justice aux intentions de l'orateur; mais croit-il donc que ce gouvernement , aussi habile que per6de, ne sache pas organiser au milieu de nous d'autres moyens de discorde et de ruine? Les amis de ta Liberté ne combattraient-ils pas du moins les stipendiaires de Tétranger? Et si la presse lui manque en ce moment, n'a-t-il pas
1. Le dépulé Jacquembot. {Noie de l'Éditeur.) a. Lord Halmesbiiry, ex-envoyé da cabinet britannique en France, vers la fin de 1796. {Tiote de l'Édùeur.)
dans la flatterie et la délation des auxiliaires qui agissent tous les jours en sa faveur d'une manière moins bruyante et plus certaine? Ah! je le dis avec une douleur profonde et long-tems concentrée, ses intrigues ne se jouent-elles pas de notre imprudence? En profitant de nos erreurs, en mettant nos passions en jeu, n'a-t-il pas préparé les évènemens qui nous pressent? Les rois coalisés contre nous pouvaient -ils suggérer à la France un système plus utile pour eux et plus désastreux pour elle? Certes, je ne puis croire que les membres du Directoire exécutif aient un moment séparé leur cause de celle des Républicains. Je sais, ils savent aussi, qu'il n'existe pour eux ni bonheur, ni gloire, ni sûreté, quedans le maintien de la République et de la Constitution de l'an III ; mais il est tems qu'ils ouvrent les yeux sur le piège qu'on leur dresse, sur l'abîme où l'on veut les précipiter. Eh! s'ils n'eussent écouté d'affreux conseils et de sinistres mensonges , comment des hommes qui, en d'autres tems, ont montré tant de zèle pour les lois tutélaires de la Liberté multiplieraient-ils aujourd'hui les destitutions et même les détentions arbitraires ? Comment les Républicains se trouveraient-ils encore persécutés, proscrits dans la République? Comment les agens de la France en Italie et en Suisse auraient-ils impunément usurpé la fortune et les
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droits des peuples? Comment le nom de la nation libératrice ne serait-il plus prononcé qu'avec ettrci par ses alliés? Comment, lorsqu'on déclara de nouveau la guerre à l'Autriche, nos places et nos armées se seraient-elles trouvées dépourvues de tous les moyens de défense ? Comment la victoire aurait-elle déserté nos drapeaux? Comment denx nations rédameraient-elles en vain les services de Joubert', de Joubert, qui, par un trait de génie militaire et politique, enleva un appui à la coalition naissante, envahit le Piémont, renversi un trône sans verser une goutte de sang? Comment enfin Championnet serait-il traduit devant
I. La France et lltalie. Cette dernière snrtont doit à la mémoire de Joubert d'étemelles actions de grâces ponr les services signalés que ce grand capitaine n'a cessé de lui rendre pendant la guerre désastreuse de la France contre rAutriche. C'est moins, en effet, en conquérant qu'en pacificateur qu'U gouverna l'Italie tant qu'il y conserva le commandement en chef des troupes de la République. A la fin* cependant, révolté des abus effrayans qui tous les jours désolaient son armée, sans qu'il lui fût possible, malgré tous ses efforts, d'en tarir la source occulte, il s'en plaignit au Directoire; et, n*en ayant obtenu aucune satisfaction , il donna sa démission vers la fin de frimaire 1798. Joubert quitta donc la ville de Turin, oà il commandait alors, et se retira dans ses foyers pour j rétablir sa santé, affaiblie par tant de travaux, et recouvrer de nouvelles forces pour le service et la gloire de son pays. f^oxez ci-après le discours prononcé par Chénier à l'occasion de la mort du général Joubert. {Note de l'Éditeur.)
un tribunal français et républicain ' , sans doute pour y faire amende honorable d'avoir détrôné un monarque ennemi de la France^, et fondé une nouvelle république?
Tant d'événemens étranges qui nous déconsi^ dèrent aux yeux de l'Europe, je les attribue à des suggestions perfides, à des erreurs soigneuse* ment caressées, aux prétentions naturelles d'une autorité qui n'est plus contenue par la surveiU lance, à la voix des intérêts particuliers, au si«* lence de l'opinion publique. Je réclame donc la liberté de la presse pour le Peuple français, qui reprendra toute son énergie quand ses droits seront respectés. Je réclame la liberté de la presse pour la dignité du Corps législatif; car il n'y a pas de dignité dans un corps essentiellement populaire qui laisse violer les droits des peuples. Je réclame la liberté de la presse pour la dignité du Directoire exécutif; car il n'y a pas de dignité
I. Conformément à rarrété du Directoire exécutif du 7 ven^ tôse an Vil, le général Championnet fut traduit devant un conseil de guerre à Milan , par suite de démêlés assez violens avec le commissaire du gouvernement à Naples; mais le Directoire exécutif rapporta cet arrêt le 5 messidor de la même année , et statua que Championnet serait remis en activité de service. Peu de tems après, ce général fut nommé au commandement en chef des armées des Alpes et d'Italie réunies*
{Note de l'ÉdUeur.)