‹ Œuvres completes de M.J. ChenierChapitre 89 sur 98 · SUR LA MORT DU GÉNÉRAL JOUBERT · texte numérisé non relu

SUR LA MORT DU GÉNÉRAL JOUBERT

Séance du 9 fractidor an VU ( a6 aoAt 1799 » vieux style )«

Un secrétaire donne lecture d'un message du Directoire ,. annonçant la mort du général Joubert'. La lecture terminée, Chénier monte a la tribune.

ClTOYENS-REPRiSENTANS,

Vous venez d'entendre le message du Directoire exécutif. Une perte immense fait couler vos

I. a Le 28, dès la pointe du jour, a commencé la bataille « de Novi. L'ennemi a attaqué en force et avec impétuosité ft notre gauche. L'affaire s'engageait à peine, lorsque le général « Joubert s'est précipité pour animer de sa présence une charge « à la baïonnette. Il guidait nos soldats , à cheval au milieu « des of&ciers de son état-major , en criant : En avant ! en « avant! lorsqu'une balle l'a frappé au flanc droit, et a pénétré « jusqu'au cœur. Il est tombé faisant signe de la main, et criant « encore : Marchez toujours / Il a survécu à peine un instant. n On a continué à se battre jusqu'au soir ; à six heures du « matin , il avait cessé de vivre. »

. Extrait du message lu au Conseil des Cinq-Cents, et transmis au Directoire exécutif par le général Suchet, chef de l'étatmajor général. {Note de V Éditeur.)

5oa CORPS LÉGISLATIF,

larmes: ni cette perte, ni ces larmes, ne seront stériles. Le brave Joiibert est mort comme Joubert devait mourir; sa mort est digne de sa vie : toutes deux enfanteront des héros. Mais que direz-vous d'une armée qui, ayant perdu son général, reste inébranlable au milieu de sa douleur, et parvient à rentrer dans ses positious après avoir repoussé quatre fois l'ennemi? Ah! sans doute, de tels prodiges n'appartiennent qu'à des soldats français. 11 reste encore à cette armée , et son indomptable valeur et son civisme héroïque, et quelques généraux habiles. 11 lui reste encore Moreau, Moreau si distingué par ses talens militaires et par sa modestie républicaine! Moreau, dont la belle destinée semble être de ne jamais désespérer de Va victoire , et de rallier toujours les armées françaises'! Je laisse à ceux de mes cqU lègues dont la méditation spéciale a pour objet l'organisation de nos moyens de défense le soin de vous en présenter de nouveaux^ mais je ré-

I. Dans une lettre datée de Turin du 19 frimaire an VII, et adressée ou Directoire, Jonbert s'exprimait ainsi sur le compte de Horeau. •... Je laisse par iiuerim le commandemeot ■ de l'armée au général Moreau. Je vous diiclare sur ma con- • science que c'est le général de l'armée qui commandera le •■ mieux. Cansidérez que sa réputation militaire est bile, et . qu'il a déjà une plus grande garantie à vous offrir. > ( Jiote de V Éditeur.)

CONSEIL DES CINQ -CENTS. 5aî

clame en cette occasion pour Tannée d'Italie le témoignage de reconnaissance nationale que vous accordez aux victoires les plus brillantes. Je le réclame aussi, contre l'usage ordinaire, pour le grand général qu'elle vient de perdre. Vous jugerez sans doute convenable de lui rendre des honneurs encore plus solennels; car, si la rigueur des principes républicains ne vous permet pas de proclamer par une loi la gloire des héros vivans, les honneurs décernés aux héros morts pour la Patrie leur garantissent des successeurs dignes d'eux.

Que les amis de la Royauté, que les éternels ennemis de la République n'espèrent tirer aucun parti de cet événement : il tournera contre leurs efforts coupables; il ne fera que redoubler votre salutaire et courageuse énergie; il fera sentir plus que jamais le besoin d'union dans l'intérieur; il sera un signal de ralliement pour tous les Républicains; et la République est sûre de vaincre ^ quand ses enfans sont ralliés.

Je vous propose le projet de résolution suivant :

ARTICLE PREMIER

L'armée dltalie ne cesse de bien mériter de ta

Patrie,

Le brave Joubert, mort glorieusement sur le

5o4 CORPS LEGISLATIF,

champ de bataille en commandant l'armée d'Italie , ik bien mérité de la Patrie.

La présente Résolution sera lue à la tète ites armées; elle sera imprimée et envoyée au Conseil des Anciens par un messager d'État.

Je demande en outre qu'il soit formé une Commission de cinq membres pour présenter au Conseil un projet sur les honneiu-s funèbres que la Nation doit rendre au brave Joubert '.

Ces [iroposilîons sont adoptées; el le Conseil ordonne l'impn-ssion du discours.

I. Le Corps lû^'is la tir décréta sur la motion du député Mathieu qu'im oionument serait élt'vi'- à la mémoire de ce général, dans la ville de Bourg, chef-lieu du dépiii'Iement de l'Ain, sa pairie; et, dans la journée du »5 fructidor suivant, les deux CoDsMU coBStcrèreut , chacun, dans U uUe de leurs délibérations, par une cérémonie funèbre, la perte d'un si grand capitaine. Foyvi le Moniteur du même jour. (Note de l'ÉdUeur.)

CONSEIL DES CINQ -CENTS. 5o5

DISCOURS

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