SUR LA MORT DU GENERAL CHERIN
Séaoce da xx meuidor an Vil (99 juin 1799, vieux style).
Citoyens,
On a publié , il y a plusieurs jours , une notice sur le général Chérin , que la République vient de perdre. Cette notice joint au rare mérite de la pré* cision la chaleur du patriotisme, du talent et de i'amitié. Elle est du citoyen Rousselin, déjà connu avantageusement par une histoire du général Hoche, de cet homme distingué même parmi les héros; de cet homme dont la Patrie reconnaissante regrettera long-tems Tardeur magnanime et le génie fécond en ressources.
Chérin, long-tems associé à sa gloire, digue de Taimer et d'en être aimé, vient de périr conune lui au milieu de sa carrière ^ Il est tombé, con-
1 . Chérin , général de division et chef de Tétat-major général de Tarmée du Danube, fut blessé à mort dans une affaire livrée auprès de Zurich, le 14 prairial an YII. Il ne survécut que cinq jours à sa blessure. [Noie de l Éditeur,)
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tent de verser tout son sang pour la Patrie, mais indigné de voir les armées républicaines sans approvisionneraens et presque sans moyens de défense; indigné de la courageuse indigence de ses frères d'armes et de l'insolente richesse de quelques spoliateurs honteusement célèhres. Il a vu des brigands heureux opprimer impunément l'armée française et le peuple helvétique. Il les a vus organisant nos revers, soulevant contre nous nos propres alliés; devenant, au moins par leur avidité féroce et stupide, les plus puissans auxiliaires de PAutriclie. Fatigué d'un si décliîrant spectacle, rassasié de tant de crimes qu'il ne pouvait ni empêcher ni punir, Chérin a suivi l'ami qu'il avait perdu; à son exemple, il s'est reposé dans la tombe et dans la gloire.
Comme il a porté les armes pour la ité{HibIi^ue et nOD pour lui-même, pour t'hoaneur et ntm pour la fortune, il ne s'est point enrichi durant la guerre; il lui a même sacrifié l'héritage paternel. Il laisse une veuve qui ne réclame point, mais qui mérite l'attention spéciale du Corps législatif. Quant k lui, ou plutôt k ce qui reste de lui, j'ose, Représentans du Peuple, vous demander, pour ainsi dire, au nom de son ombre, une distinction qu'il a méritée à plus d'un titre. £o vertu d'une lot honorable pour le législateur, U reconnaissance nationale a élevé sur les bords du
Rhin, près de la ville de Coblentz, un mausolée souvent honoré des larmes du brave ' : ce mausolée renferme les débris de Hoche -et de Marceau. Le plus fidèle compagnon de Hoche peut y trouver encore assez de place pour sa dépouille. Que cette glorieuse réunion soit à la fois la récompense de l'inaltérable amitié , du courage civique , de la vertu modeste, et des services désintéressés.
Le dernier espoir que formait Chérin commence à se réaliser. Les hommes pervers qui ont composé, grossi leur opulence de la misère comr mune, qui l'ont cimentée des larmes du peuple et du sang des armées , seront frappés d'un châtiment légitime. Un tribunal français ne sera plus chargé de la vengeance du roi de Naples ; et les généraux de la République pourront à l'avenir détrôner impunément les monarques ligués, contre elle.
Le Corps législatif, relevé à sa hauteur constitutionnelle et primitive , réveillera sur tous les points de la France cet enthousiasme qui commande l'héroïsme, et garantit les succès durables. Déjà, par une marche étonnante, l'armée de Naples vient de se couvrir d'une gloire immor-
I. L'endroit où ce mausolée fut élevé se nomme Weissenthum ; et la.tnin8lation des cendres de Hoche et de Marceau y eut lieu dans le courant de vendémiaire an YI. (Note de l'Éd,)
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telle '; et Macdonald a placé son nom entre ceux des premiers généraux de l'Europe. Votre attitude, la place que vous venez de reconquérir dans l'opinion, les mesures décisives que vous avez prises, rappelleront, fixeront sous nos étendards la Victoire, à regret fugitive. Non , il ne sera point accompli ce vœu coupable que le ministre de Georges" n'a pas craint de former à haute voix au sein même des communes d'Angleterre; non, les lUjérateurs de la Belgique, de la Hollande, de l'Italie et de la Suisse, ne recevront pas U loi de quelques brigands échappés du fond du Nord ; non, je le jure par vous, par le génie du Peuple que vous représentez, par le hras, par le courage, par la vie de tous les Français; non, jamais elle ne se relèvera cette monarchie, écrasée sous les efforts généreux d'un peuple qui depuis un siècle brûlait de reconquérir sa liberté.
Mais, quand tout va s'armer de nouveau pour repousser l'agression étrangère, c'est entre vos mains, Beprésentans du Peuple, que restent encore déposées les deux plus fortes armes. L'une,
I. Dans la sanglante affaire livrée le 9 floréal an VU i Castel-à-Mare , »ille du royaume de Napics, par le généra Macdonald, commandant en chef l'armée de la république française , et où les Anglais essuyèrent des pertes considérables. (Nota de l'Éditeur.)