MÉ
riter et encouragisr contre ceux qui d VÎT d'elle. Quaiy ^
P'^^lic s'élève
magistrat publ'jf' y
card le pIuS/ \
•' et /-'
ridée.
M. le y'
gnatioa
èûtrci'?
illM'
, en finissant, l'affectation
.ite lettre, comme dans tous
désigner quiconque s'est soulevé
.urpitude de cette fête comme un arti-
manœuvres et un intrigant. M. Pétion , les
.rigans sont ceux qui se dévouent aux intérêts d'un parti , pour obtenir des applaudissemens et des dignités; les intrigans sont ceux qui, étant magistrats publics, flattent lâchement les passions de la multitude, qui règne et les fait régner; qui injurient, outragent, et appellent intrigans les citoyens courageux qui ne veulent ni régner, ni obéir à d'autres lois que les lois mêmes. Voilà quels sont les intrigans; et ceux qui, détachés de tous les partis, seuls, éloignés de toute société tumultueuse, s'élèvent sans ménagement contre ces hommes avides et injustes , les . font connaître , bravent leiu* haine , et méprisent leur inimitié; ceux-là, M. Pétion, ne sont pas des ûitrigans : ils sont des hommes probes et libres , estimés et honorés par tous les hommes probes,
au4 MÉLANGES.
%^<^%>%^»«»%'^^^%<^%<^»^ %^'^»^i^%^/%r^^»<^%^%>^ % ^^<%^»iifcfc» ^ m im^ m ^^ ^ ^^^^^^^^0mttbm0m>^%mtmm0t^
Ce 27 avril 1792.
IiORSQUE des citoyens, étrangers à tout parti, à toute faction , et méprisant également la haine et Tamitié des méchans , ont appelé la sollicitude générale sur les excès de ces sociétés où des £1natiques obéissent à des fripons, et qui, déchirant leur Patrie de mille manières, ont le front de se nomiaeT patriotiques y une foule de réfutations furent annoncées avec le faste le plus menaçant, et avec ce ton de triomphe qu'il serait sage de ne prendre qu'après la victoire. Cependant, malgré de si hautes promesses, quelques injures bien viles et quelques atrocités bien stupides sont les seules réponses par lesquelles on ait essayé jusqu'ici de détruire les faits imputés à ces corporations tyranniques, et les raisonnemens par lesquels il a été prouvé qu'il est de leur nature de faire tous les maux qu'elles font. En attendant qu'il paraisse quelque réponse plus solide, tous les hommes qui savent lire, ce qui n'est pas à beaucoup près aussi commun qu'on le pense, sont priés de réfléchir sur quelques faits récens, auxquels l'agitation du moment et la foule in-
MÉLANGES. ao5
nombrable de faits pareils qui arrivent chaque jour empêchent qu'on ne donne toute l'attention qu'ils méritent ^
Un membre estimé de l'Assemblée constituante adresse au Maire de Paris une lettre éloquente et vraie, dont tous les bons citoyens lui ont su gré : on propose dans un club de le traduire devant les tribunaux. Cette cent-millième ineptie ne serait pas remarquable, si elle n'était sortie de la bouche d'un homme qui, je ne sais comment, se trouve siéger à l'Assemblée nationale. Or, rappelons-nous, je vous prie, avec quels cris ces mêmes gens-là invoquaient la liberté de la presse, lorsque tous les bons citoyens demandaient qu'une loi réprimât la licence calomniatrice des conseillers de meurtre et de pillage. Sans doute la liberté de la presse consiste , selon eux , à protéger l'audace du crime , et à punir le courage de la probité.
Un magistrat est dénoncé par des membres de ces mêmes confréries, pour avoir dîné chez un homme qui ne leur plaît pas. Cette incroyable dénonciation est discutée, vérifiée; elle donne lieu à une espèce de cause judiciaire où ce magistrat, homme recommandable d'ailleurs, descend jusqu'à plaider lui-même, et ne craint pas d'avilir la dignité dont il est revêtu, non par un club, comme il leur permet de le croire , mais par les
ao6 MÉLANGES.
électeurs représentans du peuple du département de Paris, en employant un discours étudié pour se justifier d'une pareille accusation devant un pareil tribunal. Or, qu.elle autre raison peut engager à une telle démarche un magistrat de cette capacité , si ce n'est l'idée qu il se forme du crédit et de rinfluence de ces sociétés à qui il parlait? je demande maintenant si ce témoignage ne dépose pas contre ces sociétés; je demande si la liberté peut exister là où les particuliers ont un tel crédit et une telle influence; je demande si Ton oe croît pas lire l'histoire des sénats de Tibère et de Do* mitien; si Ton ne croit pas entendre TigelUn oa Narcisse dénonçant à Néron qu'un tel a dormi pendant qu'il chantait, ou n'a pas juré par sa voix divine.
On me répondra qu'au fond tous ces discours, toutes ces dénonciations, tous ces plaidoyers, se réduisent à un vain bruit de paroles ; que ces clubs , quelque importance qu'ils se donnent, parviennent, après bien des efforts, à produire l'ignominieuse bambochade des soldats de Çhâteauvieux, ou telle autre comédie semblable,, mais qu'ils n'acquièrent aucun pouvoir sur la réputation , sur la vie , sur la liberté des citoyens : c'est ce qu'ont le coiu*age de nous répéter encore aujourd'hui beaucoup de personnes , qui , sans doute , ignoreiil l'état de la ville d'Arles et de toutes nos pro-
vinces du Midi. Mais , quand même j'accorderais cette réponse, elle prouverait seulement l'impuissance de ces clubs; et mon observation n'en révélerait pas moins leur esprit , leur but , leurs prétentions; et, si la vengeance et le châtiment ne se mesurent que sur le mal qu'on a fait , la haine et le mépris se mesurent fort bien sur celui qu'on a voulu faire.
La guerre où nous entrons, et que plus de sagesse, de dignité, de prudence, auraient sans doute évitée , mais qui , de quelque prétexte que nos ennemis la colorent, n'est que la continuation de l'antique guerre des Nobles et des Rois contre les hommes, va ouvrir un nouveau champ aux intrigues, à l'activité, aux fureurs, peut-être à l'agrandissement de cette ligue de confréries qui possèdent la France.
Quand de pareilles congrégations existent , les opinions de leiirs chefs sont abandonnées comme opinions particulières si elles ne réussissent pas ; mais, en cas de réussite, fussent - elles contradictoires, elles passent toutes pour les opinions de la société. Ainsi, ne doutons pas que, quoi qu'il arrive , ils en profiteront pour leurs intérêts. Ils feront en sorte de trouver leurs propres succès dans les succès ou dans les revers comiauns. Nos biens ou nos maux augnenlicroint, ou leur
aoS MÉLANGES.
force, ou leur crédit; et ils continueront à s'appeler insolemment le Peuple français.
Si la guerre est malheureuse , ils diront : nous l'avions prévu; nous ne voulions pas de guerre; et ils citeront quelque bavardage de quelqu'un de leurs docteurs.
Si elle est heureuse , ils diront : c'est nous qui avons fait la guerre ; et ils citeront encore.
Si la guerre est heureuse ; si l'impétuosité firançaise, animée par l'enthousiasme naturel à des hommes qui combattent pour la Liberté de leur pays , nous procure d'abord des succès : alors que de cris! que de soupçons! que de conspirations découvertes! Cette victoire n'aura pas été remportée sur les ennemis, mais sur la Constitution; M. La Fayette sera en chemin contre Paris à la tête de son armée ; et César et le Rubicon rempliront les pages de mille éloquens pamphlets.
ai 9 au contraire , l'indiscipline de nos troupes , la mésintelligence, et d'autres causes, nous attirent d'abord des revers : alors d'autres cris , d'autres craintes; des délations chaque jour: nos soldats auront été trahis; nos généraux seront des perfides, vendus aux ennemis, vendus à la Cour; il faudra s'assurer de ceux-ci, emprisonner ceuxlà, etc.
Observez que , dans ce moment , où la guerre
n'est pas encore commencée, la plupart de ces choses ont déjà été dites.
Les Carthaginois avaient presque pour usage de mettre en croix leurs généraux malheureux; et les Romains consolaient un de leurs généraux qui, par sa faute, avait mis la république près de sa ruine : c'est que les premiers savaient qu'ils pouvaient devenir esclaves, et que les autres sentaient qu'ils pouvaient être battus, mais non vaincus; et que 9 tant qu'il existerait quelques Romains, la république vivrait encore.
« De deux factions qui régnaient à Carthagfe , « dit un grand homme, peu estimé dans les clubs, a l'une voulait toujours la paix, l'autre toujours « la guerre, de façon qu'il était impossible d'y iL jouir de VunCy et d'jr bien faire Vautre '. »
Un parleur, connu par sa féroce démence' et par une inexplicable haine contre un général dont on ne saurait le soupçonner d'être jaloux , a fait , depuis quelque tems , de beaux sermons sur la Providj^nce , et assure qu il compte beaucoup sur son secours. Il faut qu'il la prie de nous conduire de manière qu'on ne puisse nous appliquer ce passage de Montesquieu. C'est elle aussi qu'il faut charger d'empêcher que nous ayons fait une im-
1. Montesquieu, Grandeur et Décadente de V Empire romain. (Jfote de l'Éditeur.)
OEarret anâennes. 1 4
aïo MÉLANGES.
prudence funeste, en provoquant de raille manières le raécontentement des Suisses : ce qui peut découvrir soixante lieues de nos frontières à un Roi qui a des terres chez eux, et qui est notre ennemi.
Puisse aussi la Providence décréter que nous faisons sagement de n'avoir aucune défiance ^ et de compter même sur Tamitié d'une nation avide, entreprenante, calculatrice , et constante dans set projets ; qui n'a jamais fait un pas que vers l'empire absolu de la mer ; dont toute la prospérité çst fondée sur le commerce; qui n'a jamais vu qu'avec un œil d'envie celui que nous faisons dans les deux Mondes ; et à qui nos belles colonies des îles de France et de Bourbon semblent être le seul point d'où nous puissions encore songer à nous lancer sur ce qui fiit à nous dans le continent de l'Inde, et d'où nos voiles puissent encore être connues sur les mers asiatiques, où ces colonies ne se défendent point par des arrêtés de club ! Cette nation est riche ; et elle possède une marine immense et florissante, d'est-àdire, où la discipline, sans laquelle il n'existe point de force , est sévèrement observée ; où les équipages rebelles sont poursuivis par la puissance publique à quatre mille lieues de l'Europe; où un Jury, composé souvent des complices des accusés, n'est point chargé de décider de leurs
MELANGES. au
crimes! Cette nation n'appelle point patriotisme les pompeuses amplifications de rhétorique qui nuiraient à ses intérêts ; et cette nation nous hait, précisément comme si ses clubs n'entretenaient aucune correspondance avec les nôtres.
Lorsqu'on réfléchit sur i'effirayante anarchie tpA agite principalement nos plus beaux ports, et qui, si elle continue, nous réduit sur mer à une telle impuissance de repousser les outrages que trente victoires ne seraient pas plus avantageuses à nos ennemis; et, lorsqu'ensuite on rapproche cela des discours de beaucoup d'orateurs qui se sont emparés de nos afiEûres , et qui , nous excitant par de grands mots videjs de sens aux plus aveugles défiances sur tous les objets, ne nous endorment et ne nous rassurent que sur celui-là, dont le danger est si évident, il semble qu'an .serait excusd[>le de leur rendre ce soupçon de trahison et de vénalité, qu'ils répandent si béle^ ment sur tous ceux qui ne parlent pas comnaf jeux. Du mcûns est^il certain que , s'ils étaient payés par les Puissances ennemies de la France, ils ne pourraient pas les servir d'une manière plus sûre et plus e£Bcace; mais il &ut leur laisser les accusations sans preuves; et je ne suis pas de ceux qui attribuent au crime ce que l'ignorance ei la stupidité présomptueuses expliquent suffisam-^ ment.
aia MÉLANGES.
Hommes libres et droits , qui ne vous êtes io» scrits sur aucune liste; qui n'avez d'autre ban* nière que la Constitution et les Lois, la Justice iet THumanité^ sans lesquelles il n'est point de lois durables, ne vous découragez point! C'est à vous qu'il appartient de détruire tant de germes de maux et d'afïlictions. C'est à vous qu'il appartient de démêler les trames des brouillons; de les épier, de les poursuivre, de les démasquer, de les flétrir , sans ménagement et sans relâche. L'intrépide Vérité , parlant par votre bouche , ré* chauffera tous les cœîirs. Cette immense majorité de la Nation, qui est vraiment le Peuple français, se reconnaîtra et parlera enfin; et les pervers, épouvantés de leur petit nombre , rentreront dans leur boue après vous avoir honorés de leurs ou* trages.
Quand un pays est dans l'état où nous sonunes, rien ne peut égaler l'effronterie des hommes de parti à nier ce qui est , et à soutenir ce qui n'est pas. Quelque chose qu'ils disent ou qu'ils fassent, ils sont toujours sûrs que tout le parti élèvera la voix pour crier qu'ils ont eu raison , sans examiner ce que c'est qu'ils ont fait oii dit , et même sans le savoir.
Vous serez accusés de vénalité par cette foule de misérables qui n'attendent qu'un acheteur; et qui, étrangers à tout sentiment honnête, ne con-
MELANGES. 2i3
çoivent pas qu ou aime sa patrie assez pour les haïr par cette seule raison. Ils diront qu'en préchant les lois et la paix vous ne cherchez qu'à semer le trouble , puisque vous cherchez à soulever tous les citoyens contre leur tyrannie, et que vous ne les laissez point régner en paix. Ils appelleront vos écrits des écrits infâmes^ comme si la raison, le courage, Tamour des lois et de la liberté , l'horreur pour les tyrans , et surtout pour la pire espèce de tyrans, je veux dire ceux qui tyrannisent au nom de la Liberté, pouvaient être des choses infâmes; mais ces messieurs se sont promis d'altérer toute la langue , comme ils ont déjà perverti le sens des mots Patriotisme j Civisme y Liberté y Égalité y République y etc., et, dans leur nouveau jargon, un ouvrage est infâme y lorsqu'il dévoile des infamies. ^ Enfin des législateurs journalistes, que des lâchetés mal calculées ont perdus, et qui n'emploient désormais beaucoup d'esprit, de lumières et de renommée, qu'à déguiser ce qu'un vil mensonge a de plus absurde , pour envenimer ce qu'il a de nuisible et d'atroce , ne manqueront pas de vous dire en cent manières différentes que vous êtes pensionnaires de la Liste civile, que vous voulez rétablir la Noblesse ; que vous êtes des intrigans, puisque vous abhorrez leurs basses intrigues. Ils vous harcèleront chaque jour de cent autres
!^i4 MÉLANGES.
impertinences aussi ingénieuses , qu'ils savent assaisonner d'un fiel à travers lequel perce : la rage de s'être avilis sans ressource et surtout sans profit : duperie qui est la seule chose dont ils soient humiliés. Vous ne ferez aucune attention à toutes ces turpitudes , persuadés que tôt ou tard la Raison^ la Justice, la Vertu, l'emportent sur les clameurs des sycophantes; que les calomnies périssent avec les calomniateurs; que la Vérité demeure ; et que les fourbes ambitieux et menteurs finissent toujours par être aussi méprisés que méprisables.
Ce 3 mai 179^».
CiTOYCifs français! aujourd'hui qu'un événement déplorable et honteux, au commencement de la guerre ' , vient de nous avertir sévèrement de quel prix est la sagesse et la raison , gardons nous de cette mobilité d'esprit qui a toujours semblé le caractère de notre nation. Le moindre succès élève nos espérances jusqu'à un degré qui tient à la folie. Le moindre revers nous plonge dans l'abattement. Mais, si, au milieu d'une juste douleur, nous voulons enfin mûrement examiner les causes des malheurs qui viennent de nous affliger, et prendre fortement les remèdes sûrs que ces malheurs nous indiquent , nous n'avons point lieu de nous décourager. Ouvrons
1. Il est ici question de Tassassinat de Théobald Dillon, général à Tarmée du Nord , massacré par ses propres soldats sous les murs de Lille, le 37 avril 179a, dans l'affaire désastreuse de Saint-Amand , dont les Autrichiens payèrent si chèrement l'avantage à Jemmapes, quelques mois après. Voyez y pour plus amples deuils, tous les journaux du tems, et spécialement le Recueil des séances de l'Assemblée nationale.
(iVbA? de l'Édàeur.)
ai6 MÉLANGES.
seulement les yeux; souvenons-nous que fortune , hasard, bonheur, ne sont que de vains roots; que le succès est la récompense de la bonne conduite; que les revers sont les châtimens de l'imprudence. Puisque nous avons négligé les conseils de la sagesse, mettons au moins à profit les fautes qu'elle nous avait prédites. Que le passé corrige l'avenir; et, alors, non-seulement les tristes scènes dont nous gémissons ne seront point un augure sinistre; mais plutôt elles auront été comme un épouvantail placé à l'entrée d'une route dangereuse, pour nous apprendre à la quitter au plus vite.
Jusqu'ici les hommes qui voyaient avec efifroi le relâchement de toute discipline dans nos armées , l'insubordination et la révolte réduites en système, et devenues notre code militaire; les soldats encouragés à aller puiser dans les clubs les principes les plus détestables, ou les conséquences les plus pernicieuses et les plus fausses de principes vrais; les chefs dégoûtés de mille manières, outragés, chassés, frappés, assassinés impunément, et toujoiu*s condamnés sans être entendus; les soldats toujours excusés, justifiés sans examen, applaudis, récompensés, quand on eût dû les punir : ceux qui voyaient avec effroi toutes ces choses et mille autres semblables, qui en gémissaient hautement, et qui voulaient
MÉLANGES. ai7
nous en faire envisager les funestes suites, passaient, sinon pour des traîtres et des perfides, au moins , aux yeux des plus modérés , pour des hommes imbus de vieux préjugés, incapables d'ouvrir leur esprit à des institutions nouvelles, et cle s'élever à la hauteur de la Révolution. Mais, bien loin de là, ces hommes, injuriés chaque jour par une foule de scélérats mercenaires, étaient et seront toujours des amis de la Patrie , des amis de l'humanité et des lois , qui , au lieu d'aller, par des déclamations furieuses^ caresset* les passions d'une multitude oisive et ignorante, emploient leurs loisirs et leurs réflexions à étudier l'histoire et la nature des choses. Ils savent que, lorsque des hommes armés et réunis ne sont point contenus dans les règles et dans les limites d'une exacte discipline, la débauche, l'insouciance, une fainéantise contagieuse , ne tardent pas à énerver leurs âmes et leurs corps; ils savent que Finsubordination dans les armées est de l'essence des empires despotiques, où les soldats au moins vengent quelquefois les maux de tous , mais toujours par des maux encore plus grands; et que les peuples libres, qui ont fait de plus grandes choses que les autres dans la guerre, ne l'emportent sur leurs rivaux que par la rigide austérité de leur discipline. On croit citer en exemple contraire les ennemis mêmes contre lesquels
ai8 MÉLANGES.
nous combattons; mais, ces Allemands , sont-ce leurs pères qui leur ont transmis leur art militaire, ou s'ils l'ont emprunté d'ailleurs? Leurs armées ressemblent-elles à celles de ces antiques hordes septentrionales, ou sont-elles gouvernées par des règles semblables à celles des armées romaines ? Qu'on ne traite donc plus avec une dérision aussi insensée qu'orgueilleuse la discipline allemande ou prussienne; et qu'on sache imiter les despotes dans les choses où les despotes ont imité les peuples libres.
Jetons même, puisqu'il le faut, un coup d'oeil sur l'horrible et honteux événement dont nous avons souillé le commencement de cette guerre. Je ne remarque point que des soldats français ont fui ; car les choses qui suivirent furent telles qu'on ne songe point à reprocher leur fuite à des soldats français. Ils ont assassiné leurs chefs ; ils ont massacré des prisonniers désarmés. De pareilles horreiu*s composent-elles l'histoire des peuples libres , ou celle des tyrannies orientales ? C'est là que les armées ressemblent à ces animaux féroces que l'on apprivoise dans les mêmes pays pour les dresser à la chasse , mais qui , lorsqu'ik manquent leur proie , reviennent furieux , et font trembler leurs conducteurs ^ C'est là que les gé-
I. Ce fait est rapporté par Chardin dans le Recueil de ses Voyages en Perse, (Note de V Éditeur,)
MÉLANGES. ai9
néraux sont égorgés, que les prisonniers sont mis en pièce , que les prisons et les châteaux-forts sont le seul asile où Ton puisse soustraire les ambassadeurs et les étrangers paisibles aux emportemens d'une populace forcenée. Est-ce là que nous voulons choisir nos exemples; et les troupes françaises vont-elles devenir des janissaires?
Si quelque chose pouvait encore aigrir la douleur de tous les cœurs vraiment patriotiques , ce serait le ton et les discours de tous ces fanatiques odieux , de tous ces vils brouillons qui peuplent
les clubs, et que le mauvais génie de la France a suscités et entretient contre elle. De là sont partis tous nos maux ; là , s'est fomentée Findiscipline , la sédition ; là , s'est déclarée la rébellion contre toutes les autorités légitimes, la haine pour tous les hommes vertueux, la protection pour tous les malfaiteurs. Us ont déjà vomi sur la tombe du malheureux Théobald Dillon et des compagnons de son infortune les calomnies atroces et lâches qui, depuis quatre ans, sont les seuls honneurs, les seules expiations qui aient suivi les meurtres de tant de victimes : ne di>utons pas que les auteurs de tant de désordres ne mettent tout en œuvre pour les faire durer; ne doutons pas qu'ils ne combattent pour la révolte et le brigandage, comme pour leurs autels et lejurs foyers ; ne doutons pas qu'ils n'intéresseot
aao MÉLANGES.
les droits de rhomme à Fimpunité de ceux qui abandonnent et massacrent leurs généraux; ne doutons pas que ces plumes mensongères et féroces , qui font à la Patrie Tinsulte de se nommer patriotiques y ne travaillent maintenant et ne s'évertuent pour venir, quand la première douleur sera passée, nous intéresser au sort de soldats qui n'ont su manier leurs armes que pour des assassinats ; nous dire qu'à la vérité ils ont été égarés y mais que les chefs étaient des Aristocrates; qu'ils étaient vendus ; et il ne tiendra pas aux efforts de ces misérables que nous n'entendions quelque bouffon, qui n'aura fait que changer de tréteaux , nous proposer de décerner le triomphe à ces fuyards meiu'triers.
O vous tous, dont l'âme sait sentir ce qui est honnête et bon! Vous tous, qui avez une patrie; qui savez ce que c'est qu'une patrie; qui saviez ce que vous disiez , quand vous jurâtes de la défendre ; et pour qui vivre libre ou mourir signifie quelque chose! Citoyens français, vous tous qui avez des fils, des femmes, des parens, des frères , des amis , avec qui et pour qui vous voulez vaincre, avec qui ou avant qui vous êtes résolus de mourir! jusques à quand parlerons-nous de notre liberté pour rester esclaves de factions impies! Élevez donc la voix, montrez- vous; que la Nation paraisse, et fasse rentrer dans le néant
MÉLANGES. air
tous ces atlroupemens d'idiots qui usurpent son nom, et qui, commandés par des fripons, vont nous perdre si vous n'y mettez tous la main! Ce moment est le seul qui nous reste : c'est le moment précis où nous allons décider de notre avenir. Malheur à nous si nous fermons l'oreille au premier avis que la guerre vient de nous donner! Si notre conduite est courageuse et sage; si nos Représentans savent déployer en cette occasion ce grand caractère d'équité , de constance , de vigueur, qui est digne d'eux et de nous; si ceux des régimens de ligne qui ont montré un courage français, si ce bataillon de braves gardesnationales que la ville de Paris doit éternellement s'honorer d'avoir vu naître; en un mot, si tous les guerriers qui ont agi en bons soldats , en bons citoyens, en hommes libres, sont loués et récompensés comme ils le méritent; si ceux qui ont abandonné leur général sont chassés avec igno* minie, et interdits pour jamais de l'usage des armes et des droits du citoyen; si les meurtriers de leurs chefs sont punis du dernier supplice ' ; si les lâches qui massacrent les prisonniers sans
I. On lit dans le Moniteur du a5 mai 179a qu'un des assassins du général Dillon , nommé Yasseur, fut condamné à mort par le^ Jury du jugement de la ville de Douay. {Noie de rÉdùeur.)
2i^<i MÉLANGES.
défense sont livrés à la nation ennemie , afin que toute rSurope sache que la Nation firançaise désavoue ce droit des gens emprunté des Cannibales , et qu'elle n'est pas devenue libre pour faire la guerre comme les Barbares; si la Loi investit les généraux de tout le pouvoir nécessaire pour contenir leur armée dans une discipline exacte , et les punit de leur mollesse plutôt que de leur rigueur; si la Justice est toujours présente, et suit immédiatement le crime ; si l'intolérable audace des confréries usurpatrices est réprimée; si les projets des généraux, la marche des armées, les plans d'attaques, ne sont plus, avant leur exécution, l'objet de discussions de clubs, le mal peut se réparer facilement ; nos généraux peuvent reprendre confiance; et nos troupes regagner leur propre estime et celle des étrangers. La perte d'un poste est peu de chose; mais l'honneur de la France a été plus compromis par de détestables actions qu'il ne l'avait été depuis des siècles.
Si, au lieu de tout cela, on n'apporte qu'indolence et que faiblesse là où justice et fermeté peuvent seules nous sauver, quel officier, ayant de l'âme et des talens , voudrait rester dans une telle armée ! Quel général voudrait commander des troupes capables de l'assassiner après l'avoir déshonoré! Quel citoyen ne frémirait pas
MÉLANGES. 9i3
de £sdre la guerre à des ennemis à qui le massacre impuni de leurs prisonniers donnerait , ou un droit de représailles atroces, ou l'occasion bien honteuse pour nous de nous pardonner , et de nous vaincre en générosité et en vertu! Et quel peuple ne se croirait pas juste en méprisant un peuple qui ne serait devenu libre que pour oublier sa civilisation , et se dépouiller de l'humanité !
Et vous^ à qui le vœu de vos concitoyens a confié les destinées de l'Empire, il est tems enfin de voir et de mesurer le précipice où nous courons à grands pas. Vous avez trop long -tems écouté ceux qui 2tppelleni patriotisme la haine de toute subordination; liberté^ l'impunité de tous les crimes; qui n'ont des entrailles fraternelles que pour les brigands et les meurtriers, et qui cherchent une réputation d'humanité dans une pitié insolente pour des scélérats. Souvenez-vous que rien n'est plus humain, plus indulgent, plus doux que la sévère inflexibilité des lois justes; que rien n'est plus cruel, plus impitoyable que la clémence pour le crime; qu'il n'est point d'autre liberté que l'asservissement aux lois; que rien n'est aussi despotique , aussi sanguinaire que l'anarchie. Législateurs ! la France a entrepris avec courage et même avec joie une guerre dont le succès assurera sa liberté et celle de l'Europe entière.
C'est à la France à fournir son armée ; mais c'est à vous à la faire; et pour cela vous avez à créer et à réparer. Vous êtes chargés d'empêcher que les Français, en jurant de défendre leur liberté contre tous leurs ennemis, n'aient fait un serment frivole et vain. Des despotes étrangers, tout en disant qu'ils ne veulent point nous faire la guerre, osent nous dicter la Constitution sous laquelle il leur plaît que nous vivions : Législateurs ! c'est vous qui déciderez si ces outrageantes propositions sont des ordres à redouter, ou si elles ne sont que des bravades ridicules. Souvenez-vous enfin qu'une armée indisciplinée n'est redoutable qu'à son pays.
MÉLANGES. aa5
Ce II mai 1792.
Un citoyen de Lille me demande, dans une lettre que j'ai reçue aujourd'hui , « par quelle in- ^ concevable et incompréhensible singularité les « meilleurs amis de la Constitution et ses.enne* a mis les plus acharnés ont à-peu-îprèsla même « façon de penser et la même aversion pour iè <c parti des Jacobins : ce qui , ajoute-t-il ^ lui pa«a rait un paradoxe, qu'il serait charmé de me voir <c résoudre dans le Journal de Paris, b C'est m que je puis faire très-aisément , en admettant la vérité du fait sur lequel il m'interroge, et oi prévenant que par ces moU : le parti des Jacobins je n'entends point tous les individus qui se sont assemblés jusqu'ici dans l'élise de ce nom, mais ceux qui forment véritablement un partie qui président à toutes les opérations de ces sociétés, qui ont des plans et une administration , et qm, entretenant une vaste correspondance avec une multitude de sociétés semblables , éparpillées sur la France , ont composé et |bnt vivre cette corporation, la plus destructive, la plus anti*sociale qu'il y ait jamais eu sur la terre ^ et que je ne
Œavres andeniies. 1 5
2a6 MÉLANGES.
cesserai de poursuivre tant qu elle existera, ou tant que j'existerai.
Si, comme vraisemblablement il n'en doute pas , et comme aucun homme clairvoyant ne peut en douter, c'est à ce parti-là seul qu'il faut attribuer l'anarchie qui nous tourmente, et la désorganisation complète vers laquelle la France s'achemine à grands pas;^ si c'est ce parti- là qm, en affediant de se nommer Amis de la Constitution , ne s'^st encore signalé que par des attaques ouyertes oii cachées, et par des déclamations violentes : contre ta. Constitntioh ; qui, en parlant toujours des Lois, s'est mis au-dessus des Lois, fait les Lois, protège quiconque se dit patriote et désobéit aux Lois; qui, en parlant toujours dé la liberté, attaque tioleromeiit, dans les assemblées^, dans les places publiques, dans les spectacles, dans les églises, et jusque dans les domiciles , la liberté de tout le monde ; qui applaudit chaque jour de fougueuses inepties, menaçantes pour les propriétés , et défend ou excuse touteS' les hordes de brigands par qui les propriétés sont ravagées; si cest ce parti-là qui a semé partout la terreur, les soupçons, les défiances; qui hait. et dénonce tout corps, tout magistrat , tout général , tout citoyen fidèle à son serment, et exécuteur des Lois; qui arme et soàlèvo les soldats contre leurs chefs, appelle cim/ne
une ignominieuse indiscipline, et a seul causé, et déjà pallie, et vantera dans peu les atrocités, honteuses pour le nom français, dont la ville de Lille vient d'être le théâtre ' ; si c'est ce parti-là cpû fait tout cela, on ne peut nier qu'il n'inspire une juste haine à tous les vrais amis de la Constitution , c'est-à-dire à tous les amis de b justice , de l'humanité, des lois et de l'honneur nationd. Si, d'autre part, tous ceux à qui le nouvel or^ dre de choses déplaît, et que la Loi seule dent punir lorsque leur mécontentement ose aller jusqu'à la révolte ; si beaucoup d'autres encore, qu'cÀ n'a accusés de mécontentement que parce qu'ils étaient riches ou d'un nom illustre , ont >été en butte à mille fantaisies tyranniques de ce même parti; si ce parti-là a inventé exprès pour feux une jurisprudence autre que celle de la Ccunstitution et de la Justice ; s'il les a poussés au désespoir, à la fuite , au crime ; si des troupes d'assassins ont incendié, pillé, dévasté leurs maisons; si, en beaucoup d'endroits, ils ont été frappés, massacrés, déchirés, et quelquefois mangés, et leurs femmes et leurs filles injuriées, fouettées, violées, et quelquefois égorgées; et si ce partt-là, lorsqu'il n'a pas osé approuver entièrement toutes ces actions , a du moins tâché d'inspirer de l'in-