SUR LE NOUVEAU DICTIONNAIRE
esprit conséquent. Ces expressions étaient et sont restées françaises. Comme le prétendu Quintilien tranchait avec audace et raisonnait mal, on rit aujourd'hui de son ignorance altière et de son esprit peu conséquent.
Beaucoup plus récemment , le citoyen La Harpe, dans une brochure sur la langue révolutionnaire, a proscrit le y erhe fanatiser. Il vaudrait encore mieux anéantir la chose. Je n'examine cependant pas s'il a raison ; et c'est le servir à souhait : il aime assez qu'on l'en croie sur parole. Mais il pose une règle générale. La voici ; Aucun adjectif en ique ne peut produire un verbe en iser. La décision est tranchante, ainsi qu'il convient au maître. Il ajoute : notre langue le prouve par le fait. Malheureusement le maître a tort et sur le fait, et par conséquent sur l'axiome. Ne peut - on le lui démontrer par un genre d'argument que l'on appelle ad hominem? ne peut -on lui dire?
Si par une muse électrique L'auditeur est électrisé, Votre muse paralytique L'a bien souvent paralysé.
Mais , quand il est tyrannisé , Parfois il devient tyrannique :
Il siffle un auteur symétrique; Il rit d'un vers symétrisé.
D'un éloge pindarisé , Et d'une ode anti-pindarique.
Vous avez trop dogmatisé :
a56 OBSERVATIONS
tionmure des Rimes pour mettre en vers MahomtÊt^ la Pucdle^ le Méchant^ ou la belle traduction des Géorgiques.
En général, c'est après et d'après les bons écrî'^ vains qu'ont été composés les meilleurs dictionnaires; mais un dictionnaire, si bon qn'il uàSl^ n'a jamais produit ni guidé un bon écrivain. C'est donc aux écoles publiques , aux jeunes gens , aux étrangers , que llnstitut national peut rendre un important service , non pas en retouchant le Dictionnaire de V Académie^ mais en rédigeant un nouveau Dictionnaire, qui soit conçu avec méthode, qui présente des définitions claires et précises, l'étymoiogie, les racines des mots, et des exemples habilement choisis dans les auteurs classiques, depuis Malherbe jusqu'à Voltaire, depuis Pascal jusqu'à Buffon. L'excellent Dictionnaire italien de l'Académie deïla Crtisca ofifire un modèle en ce dernier point.
Ce n'est pas sur ce plan qu'est rédigé le />&>iionnaire de V Ac€idémie française ; pour mieux dire, il est remarquable par l'absence de plan. Point d'éty mologies ; nulle clarté dans les définitions; des rédactions vagues, incomplètes. Quant aux phrases composées tout exprès pour faire autorité, elles fournissent presque toujours des exemples de mauvais style , souvent des modèles de ridicule. Ce travail malheureux est digne , en