‹ Œuvres completes de M. J. Chenier: precedees de notices historiques (volume 3)Chapitre 29 sur 58 · DES ŒUVRES DE BOILEAU · texte numérisé non relu

DES ŒUVRES DE BOILEAU

ti et le trivial, les hyperboles et les quolibets, les <c ccHnparaisons prolixes et les métaphores obscu- « res. C'était là tout le savoir « faire des Pelletier , «des Godeau, des Scudéri, de cent autres infati* tf gables et monotones versificateurs. Voiture, il « est vrai , Racan , Benserade , plus habiles , et « surtout moins féconds , n'étaient pas restés « confondus dans cette foule ; et Despréaux les a « vantés quelquefois; mais il leur a fait moins a d'honneur par ses éloges que de tort par ses <K exemples : nul ne les a plus rabaissé!» que celui « qui a évité le premier leurs tournures prosaï- «ques, leurs inversions forcées, leurs phrases «parasites, les faux ornemens et les négligences « qui fourmillent dans leurs poésies les plus tolé- « râbles. Ce n'est pas non plus, osons le dire, « une versification forte et pure qu'on peut louer « dans les comédies de Molière antérieures à 1660. «Seuls alors parmi tant de poètes, Malherbe, « Corneille, La Fontaine, avaient quelquefois ex- « primé d'heureuses pensées par de très beaux « vers : La Fontaine dans quelques narrations naï- « ves ; Corneille dails les plus sublimes élans de «son inégal génie ; Malherbe , dans un petit « nombre de strophes immortelles. Boileau cou- « çut l'idée d'une peîfectipn plus austère et plus « constante : il comprit que des vers admirables « n'autorisaient point à négliger ceux qui les de-

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« vaieut environner , et qu'au contraire lefi grands xc traits du génie poétique brilleraient d'un ëdat «plus pur et plus vif au milieu des morceaux (c élégan'3 et corrects que le bon goût aurait dictés.» PiiU3ieurs ont prétendu que Boileau n'avait censuré dans ses satires que des vers et de la prose; mais Tauteur du discours soupçonae , avec raison, ceux qui ont risqué cette critique de n'avoir jamais lu Boileau , ou du moins de l'avoir mal lu. U cite la belle satire sur V Homme , celle sur les diverses Folies humaines , celle sur la NoMesse^ celle sur les Femmes 9 celle sur V Équivoque^ et deux autres encore , comme des pièces entièrement noorales. Il fait observer que là censure littéraire est accessoire dans la satire sur les Embarras de Paris y et même dans la description d'un repas ridicule. « Restent , continue l'Éditeur, la seconde a satire^ \sl septième et\a neuvième^ qui sont en effet a purement littéraires. La seconde expose les diffi- « cultes de l'art d'écrire en vers , et elle les surce monte. La septième , où Boileau s'adresse a sa a muse, est inférieure au modèle latin qu'elle imite; « mais voulez-vous retrouver Horace , et , s'il faut aie dire, mieux qu'Horace? relisez vingt fois la a neuvième : c'est là que vous apprécierez ce qu'une a raison sévère peut ajouter de force et de grâce (c même à des traits ingénieux et à l'atticisme du a style. N'accordez, s'il vous plaît ainsi, à la plu-

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« part des satires de Boileau que de parcimonieux « éloges ; ne louez en elles que la correction , a Télégance, la versification la plus soutenue et la ff plus belle qui existât dans notre langue avant « XAndromaque de Racine ; mais qu'il nous soit <c permis au moins de distinguer , parmi les douze cr satires , la huitième et la neuvième , et de leur « offrir des hommages beaucoup moins réservés. <c Elles ne sont point assurément les deux plus « lieaux ouvrages de Despréaux ; mais elles sont ce peut-^tre les deux plus belles satires que l'on « ait jamais écrites chez aucun peuple. »

Certains jugemens de notre fameux satirique ont été vivement blâmés. On Ta trouvé injuste pour Fauteur de la Jérusalem déliA^rée^ pour celui de Roland et A'Armidey et même pour Charles Perrault. L'Éditeur le défend sur tous ces points. A l'égard du Tasse , son poëme illustra t Italie y au jugement de Boileau, qui toutefois y condamnait V intervention des démons et des anges ^ et ces eoncetti dont se plaint aussi Métastase. Nous ajouterons que Métastase n'en fut pas moins w\ des plus fervens admirateurs de la Jérusalem dé-^ livrée^ et que, du vivant mémetiu Tasse, les défauts que Boileau lui reproche avaient été relevés plus durement par Galilée, zélé part^n de l'Arioste. Boileau rendit justice aux bons opéras de Quinault, sans aimer pourtant leur morale lubri-

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que; mais, jeune encore, il s'était moqué des tragédies de ce poète, surtout de Yy^strate; et Ton s'en moquerait encore aujourd'hui, si Ton se donnait la peine de les lire. Quant à Charles Perrault, l'éditeur lui consacre une page entière: elle mérite de trouver ici sa place, car elle est forte de pensées et d'expressions.

ce On a pris de nos jours un intérêt tendre à « la m.émoire de Charles Perrault ; et , ne pouvant (( l'exalter comme poète , ni en général comme (T écrivain , on s'est avisé de le représenter comme ce un grand philosophe, outragé par un grand tf versificateur. Ceux qui se déterminent à lire les « vers de Charles Perrault, et sa prose, compren- « nent que sa philosophie consiste apparemment « dans ses blasphèmes contre les plus augustes (( monumens de la littérature ancienne; car il ne « manque , d'ailleurs , d'aucun de nos préjugés motf dernes; et ses écrits, loin d'offrir le germe de «quelques pensées philosophiques, décèleraient « bien plutôt des dispositions fort prochaines au <x fanatisme le plus intolérant. Soit qu'il sentit la ce faiblesse, la nullité de son talent ; soit qu'il eût (c contracté de bonne heure la fatale habitude des ce intrigues, il mit son étude à multiplier ses relacctions avec les grands, avec les gens de lettres, u avec les artistes , et parvint à soutenir sa répu- « tation littéraire par l'idée qu'il fit prendre do « SOI] crédit et de son influence. Académicien sans

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« instruction , et rimeur du plus bas étage , à et peine émule de ses plus inhabiles eontempoa rains , il ne sut être que leur protecteur, qu'un « de ces Mécènes subalternes qui favorisent la mé- « diocrité pour paraître plus hauts qu'elle^, lui font « célébrer comme des bienfaits les vains moutt vemens qu'ils se donnent , et dépravent la lit- « térature par leurs manèges autant qu'ils la dés- « honorent par leurs écrits. Claude Perrault , son c( frère , fut du moins un architecte illustre , puisr a qu'on lui attribue la colonnade du Louvre, que « lui conteste pourtant Boileau ; mais l'ignorant « appréciateur des anciens et des modernes , celui « qui, dans le siècle des Molière et des Racine ,. a ne préconisa que ce qui leur ressemblait le « moins, Charles Perrault, enfin, a mérité beau- « coup plus d'opprobre que Despréaux n'en a a daigné verser sur lui. »

Cette sortie éloquente parait sévère, et n'est que juste. Qui peut encore estimer l'auteur de Peau dÂne et de la femme au nez de boudin; le barbouilleur qui travestit en vers détestables le charmant conte de GriseUdis %* le flagorneur hypocrite qui fit semblant d'étrè fanatique dans un poëmé ridicule en l'honneur de la révocation

I . Fojrez ce que Chénier dit sur le conte de Grisélidis, pag. T7.^ et mt^ y présent vol, (^Note de l'Éditeur,)

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«ques, quand on a su, comme BoUeau, en fujen: « dre de plus honorables; quand on a écrit ^^pai «exemple, cette première épltre^ où la yéntal^k a gloire reçoit un si pur hommage. C'était. en 1G69 < des .cour d^us inconsidérés allumaient aucœui <c de Louis- une*, ambition qu'au jour .dc: sa^ moi) « il devait, se reprocher à lui-même : il is'agisfitfl « de Tinviter à chercher, sa propre gloire dans h « bonh^r de ses peuples, dans la sagesse des kîs « dans l'activité de l'industrie, dans les piogrè « des arts y dans la répression des désordres^ dam «c la diminution des impôts. Le monarque lulrré- « pitre, l'admira et fit la guerre; mais le poète.. « qui. avait revêtu ces grandes idées d'une expres- (c ^ion digne d'eUes , avait fait un bel ouvrage , el « une plus belle action. »

Sur VArt poétique et sur le Lutrin , ces deui productions principales du génie de Boileau 9. l'Éditeur se livre à quelques développemens qui ne sauraient être abrégés sans altération : il faut les suivre daps le discours même. Là, sont exposées avec, méthode la conception y la marche à% \An poétique^ et ce qui distingue ce beau poème ».soî( de la rapide et brillante épître qu'Horace adresse aux Pisons, soit du traité profond où Âristotc analyse les divers élémens de la tragédie. Là. soni touchées, indiquées par un goût habile, et les difficultés toujours renaissantes, mais toujours

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