DES OEUVRES DE BOILEAU
vaincues dans le Lutrin; et les beautés originales de ce chef-d'œuvre, unique en son genre, et dans lequel Boileau se montra si supérieur au froid Tassôni , dont il daigne cependant invoquer la muse. L^Éditeur apprécie avec la même sagacité la traduction du Traité du sublime , et ces réflexions critiques remplies de tant d'excellen» principes, et consacrées en partie à la défense des grands écrivains de l'antiquité. La prose de Boileau, sans doute, est fort loin d'égaler ses vers; et son éditeur en convient; car il est trop judicieux pour être un panégyriste perpétuel. Il voit avec peine que Boileau, dans son ^ért poétique y après avoir donné trop d'importance au soniiet, garde un silence absolu sur l'apologue et sur La Fontaine ; qu'il ne soit même qu'à moitié juste envers Molière. Toutefois, dans la belle Épitre à Racine j publiée trois ans après X Art poétique y Boileau rendit à Molière un hommage aussi complet que mérité. Il avait été son ami iGdèle; il resta celui de La Fontaine, négligé par Louis XIV; celui de Patru indigent, celui d'ArnâiKl persécuté; mais son plus intime ami Jut Racine; et cette intimité de trente-cinq ans entre nos deux poètes les plus éminemment classiques fournit à l'auteur du discours un morceau qui nous parait ple'm de finesse et de vérité . Le voici : '<( Despréaux , qui avait enseigné à Racine l'art
^Ti SUR UNE ÉDITION
tipliaient chaque année; et, de son vivant, les ailles presses hollandaises en donnèrent dix. Quelques - unes de ses productions furent traduites en vers grecs; toutes le furent en vers latins , en vers italiens , en vers anglais ; el: la traduction de son Art poétique publiée k I^n* dres, par Soame, eut l'honneur d'être revue par Dryden , le plus grand poète que l'Angleterre eût à cette époque. Enfin Boileau fîit regardé dans sa patrie comme le législateur du goût; et les étrangers l'appelaient le poète français. Plus tard, ce concert de louanges parut s'interrompre, du moins en France. Nous avons déjà vu Diderot le juger beaucoup trop lestement; Marmontel alla jusqu'à l'irrévérence; car, dans une épître, cou* ronnée par l'Académie française, il osa le déclarer im poète sans feu , sans ven'e et saiu fécondité. Des hommes supérieurs à Marmontel, et plus modérés que Diderot : Helvélius par exemple, d'Alembert, Condorcet, Condillac, hasardèrent sur Boileau des critiques malveillantes et peu fondées. D'où pouvaient venir de telles préventions à des esprits d'un' tel ordre? c'est ce que l'Éditeur explique avec beaucoup de talent et de justesse.
«Si l'on nous demande quelle fut, au dix-hui- « tième siècle, la véritable cause, quel fut le princ( cipal moteur d'un déchaînement si étrange, el en «apparence si désintéressé, nous ne craindrons