‹ Œuvres completes de M. J. Chenier: precedees de notices historiques (volume 3)Chapitre 36 sur 58 · DES OEUVRES DE J. J. ROUSSEAU · texte numérisé non relu

DES OEUVRES DE J. J. ROUSSEAU

VÉmUa a £aiit une révoluti^m dans lies mœucs et dans Féducatiân domestique. Les ennemis de la raiso» seaticeat i^romptemei^t ce que devaiÉ pyroduke un tel livre : aussi fiàt-il déciiév bvûlév et quîi pis est précW. C'était la plua hante pro^ duction du génie de l'aiMieup ;. il hiXdih bien qu'etteremplit sa vie d'amertume, et. qu'iL fut paDÎ d^aivoir rendu la raisoBb si puissante : ans» fiiMl persécaté^ en France et à Genève ,. pour, ne pas ckéffoger à l'usage établi. Mais des ipIQiecs de brodbures ^ de& mandemena , des véqnÂsitoiros.^ des anréls de la tfom^. de& persiécutipos sans wMnbre^ n'ont bit qju'accélérer l'inévitaU^iûafliience de ce dieM:'(nh vre, le plus beau monument que la pUboso^e et l'éloquence aient élevé ehez aucune nation.

Rousaeauiy déisie religieux, pour ne pas dire socinien , fut vivement Ubssé des anathèmes ecclésiastiques lancés contre lui psyr Christophe de Beaumont, archevéqMe de Paris. De là cette lettre admirable , modèle de haute polémique , m sont déployées toutes le& ressources de la dialectiqim et de L'art d'écrire; où^ jusque dans le dédain, tou* te& les convenances! rtçuea sont respecléeai^'^ la dignité philosc^pbîque est m^ttlenute tcAit entière ; où l'on admire ei£]u avec quelle noble décence im grand homme quî avait msQU savait descendre à un grand ^igpaeur qui avait tort.

Montesquieu, dans le livre le phis préai& qAii

a8o SUR UNE ÉDITION

existe, et le plus fertile en idées ^ indiqua les lois à faire , en déterminant l'esprit qui avait présidé aux lois positives. Le plan du Contrai social est beaucoup moins vaste ; et cet écrit n'est , comme on sait, quWe partie da grand ouvrage que Rousseau n'a point achevé. Une si belle exposition des princq>es .généraux du droit politique inspire des regrets sur le reste. Il est possible de trouver danS; cette exposition des erreurs graves sur le système représentatif; il n'est pas très* facile de* lier ensemble plusieurs ojMnions mêlées dans le chapitre sur la religion de l'état; mais le Conùrat S€Hnal serait encore un bienfait , n'eût-il que prouvé' d'une manière lumineuse le principe de la souveraineté du peuple, vérité féconde, et jusqu'alors plutôt aperçue que déclarée. Il est d'ailleurs écrit avec ce talent si rare, si difficile, et pourtant si nécessaire à tous les genres d'ouvrages. Quelques personnes semblent penser que, dans les matières graves ou scientifiques, on peut , sans le mérite du style , obtenir une influence étendue et durable : c'est une grande erreur , que Buffon sentait fortement. Quant à certains réformateurs qui, ne connaissant des mots que les acceptions de la servitude , trouvent de l'obscurité dans le Contrat social, Rousseau leur a répondu lui-même par une belle sentence, digne de son devancier Montaigne : Le penser mdlé des âmes fortes leur donne un

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idiome particulier ; et les âmes communes nont pas la grammaire de cette langue.

Les Confessions de J. J. Rousseau, quoique étranges de tems en tems , méritent d être comptées parmi ses bons ouvrages : elles inspirent un vif intérêt, et portent souvent l'empreinte de son génie. Plaignons ceux qui, après les avoir lues, ne verraient dans cet infortuné qu'un méchant, un ennemi des hommes. Il eut au contraire l'âme la plus sensible; et cette extrême sensibilité fit sa force comme sa faiblesse. Il lui doit des chefsd'œuvre et de longues infortunes ; ses erreurs, ses fautes mêmes en découlent; elles sont au rang de ses malheurs : il leur £siut des larmes et non des reproches. C'est surtout à J. J. Rousseau que l'on peut appliquer ces belles paroles de l'évangile : // lui sera beaucoup pardonné^ parce qu'il a beaucoup aimé.

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