I. Deux volumes in
PUISSANCE TEMPOR. PES PAPES. a83
original ^t espagnol : il y a neuf ans qu il existe ; et ce n'est ici qu'une traduction. Certes, le traducteur français e^t un écrivain bien exercé ; son style éUg^ti facile et libre n'est guère celui d'un bpmm^ obligé de s'assujettir aux pensée^ d*autrui. V(m doit au&^i convenir que l'aiit^ur espagnol savait ujiç raison fort avancée pour un pays d'inqqisition. Nos lecteurs pourront en juger. Voici le début d^ cet ouvrage que nous allons e^amiqcir avec l'intérêt qu'appelle son extrême importance , et, qu'ip9pire son exécution littéraire.
ff Qpicpnque % lu l'Évangile ^it que Jésvis^ A Chmt n'a fondé aucun powvpir temporel , au- « cwne souveraineté politique. Il déduire que son ce ipy^Qipe n'e^t pas de ce monde ; il avertit se$ « 9pptres de ne point confondre la mission qu'il « leur donue avec la pui$s4nce que le^ princes de a la terre exercent. Saint Pierre et ses collègues ^cfiont envoyés, non pQw gouverner, m^s pour w instruire ; et l'autorité dont ils ^ont revêtus ne a consiste que d^ns les lumières e< les bien&its « qu'ils ont à répandre. Fidèle^ à ^e reofermçr
iç dan» les bornes 4'uu ^i saint apQsto4^t, loin çje « ^'ériger en rivaux du pouvoir civil , iU eu pro-
<c clament au contraire rin4épendanee et le$ droits
« s^cré;» ; l'ob^is^wce aux sqnverains est un des «premiers préceptes de leur morale religieuse. « flésister aux gouvernemens, c'est, disent-ils, of
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K fenser l'ordonnateur du monde , c'est scanner « contre Dieu même. »
Tels sont, en effet, les termes qu'employaient saint Mathieu , saint Paul , TertuUien , saint Chrysostôme, jpersonnages dont les autorités sont peu récusables sur ces matières. L'auteur rapporte leur texte au bas des pages; il cite encore des idées, des expressions semblables , tirées d'écrivains du même ordre et du même poids. « Chacun sait; «qu'avant Constantin, continue -t-il, les éfj&sei ce chrétiennes n'avaient été que des assodatioDS « particulières trop souvent proscrites et toujours « étrangères au système politique. Les papes, eb (c ces tems de persécution et de terreur , n'aspi- «traient point assurément à gouverner des pro- « vinces; ils n'eussent demandé qu'à être iropunéa ment vertueux; et ils n'obtenaient , sur la terre, «r d'autre couronne que celle du martyre. •
On sait avec quelle adresse , ou plutôt avec quelle audace , le saint siège a tiré parti de la prétendue donation de Constantin, pièce dont la Ëiusseté, selon le religieux , mais sincère abbé Fleury, est plus universellement reconnue que celle dés Dé* crétales d'Isidore. Ce fut à l'époque de Pépin que Ton produisit ce fantôme ridicule, mais longtemps respecté, mais quelquefois effrayant, puisque, dans la ville de Strasbourg, des malheureux furent brûlés faute d'y croire, et cela vers la fin
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lia quinzième siècle, lorsque déjà vivait ce Luther qui devait si fort ébranler le trône apostolique. L'acte porte tous les caractères d'une fraude pieuse, et fourmille d'absurdités palpables. On conçoit que Tauteur ne perd pas son tems à les réfuter : iF les rapporte en partie, et c'est une réfutation victorieuse; il les rapporte, parce qu'elles peuvent donner une idée des ràoyens employés au huitième siècle pour établir la puissance temporelle des papes. Il y trouve encore, et nul aujourd'hui n'oserait contester la justesse de cette observation, il y trouve la mesure de V ignorance publique durant les siècles suivans , où cette étrange concession y réitérée par les peuples et même par des rois y contribuait j en effet y au développement politique du saint siège. « Mais , se hâte-t-il d'ajou- « ter, il faut dire aussi qu'à la renaissance des let- « très les premiers rayons de lumière ont suffi « pour dissiper un si vain prestige. Les écrivains <c du seizième siècle, même ceux d'Italie, ont parlé « avec mépris de la donation de Constantin. L'Ace rioste exprime énergiquement le discrédit où « elle est tombée , et la place au nombre des chi- <i mères qu'Astolphe rencontre dans la lune. »
En traversant les cinq siècles écoulés depuis Constantin jusqu'au couronnement de Charlemagne, l'auteur voit l'Italie passer successivement sous la domination des conquérans *du nord et
des rois lombards, qui reconnaissaient la souveraineté des empereurs d*Orient sur Rome ec son territoire; mais il n'y trouve aucune trace dé la puissance pontificale. Les papes, au contraire, parlent et agissent toujours en sujets : f antât Moh- Un^ ivéque (c^tsl la qualification que se donne Martin premier), s'adresse i Fempereor Constant, son seigneur séténùsime, et souhaite que la gréée d'en haut lui sotimMete eol dé toutes les nations; tantôt le pape Constantin, mandé à la cour impénale par Justinien II, s'empresse d'obéir; tantôt, lorsque Ravehne est prise par les Lombards, Grégoire II, écrivant an duc de Venise, le conjure de se joindre à l'Exarque pour faire rentrer là ville de Ravenne sous la domination impériale^ « afin que nous puissions, ajoote-t-il , avec le se- «cours du Seigneur, rester inviolablement atta* a chés au service de nos maîtres Léon et Cons- « tantîn , grands empereurs. »
Ce pape Grégoire II eut des vertus apostoliqaes , quoique les historiens byzantins ne lui en aient accordé que Tapparence. On lui rend ici une éditante justice, el au point même d'écarter les reproches de Tambition souvent renouvelés cofMe lui. L'auteur Me dissimule pourtant pas qu*à cette époque on voit commencer raccroissenlenf de f influence pontificale; et c'est avec beancotfp de sagacité qu'il en découvre tes causes nombreuses.
Il signale le procès de^ institutions ecclésiastiques, les trésors et les acquisitions territoriales du clei^é, ces conciles fréquetis dont les débats se mêlaient sans cesse aux affaires politiques; l'aflaiblisseinent de l'empire grec, et le besoin qu'il avait des évéques de Rome pour soutemr en Italie sa puissance devenue incertaine et vacillante depuis les étabiissemens des Lombards ; le goût ridicule des empereurs pour les subtilités de la controverse ; l^ir violence imprudente et la sagesse habile des papes : contraste qui parut surtout frappant dans les Jém^és de Léon llsaurien et de Grégoire II , au sujet des iconoclastes, et d'un surcroit d'impôts pour les peuples d'Italie; enfin, l'attachement des Romains aux papes qu'ils voyaient sans cesse, tandis que des empereiurs invisibles les oubliaient dans le palais de Contantinople,etne songâtent pas à les protéger, même contre les ennemis de l'empire, a Délaissés par leurs maîtres , « les Romains durent s'attacher à leurs pontifes , « alors presque tous Rcnuains , alors aussi presque « tons recommandables. Pères et d^enseurs du «peuple, médiateurs entre les grands, chefs de «la religion de l'empire, les papes réunissaient « les divers moyens de crédit et d'influence que « donnent les richesses , les bienfaits, les vertus a et le sacerdoce suprême. Ils conciliaient ou divi- « saient autour d'eux les princes de la terre; et,
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« cette puissance temporelle qu'ils ne possédaient « point encore 9 ils pouvaient, à leur gré, Taffer- « mir ou TaffaibUr entre les mains d'autruL »
lorsque Pepin-le-Bref eut détrôné la djmasiie Mérovingienne, sa conscience, alarmée un moment , fut rassurée par le pape Zacharie. Etienne n, successeur de ce pontife, redoutant pour Rome l'ambition d'Astolphe, roi des Lombards, s'adresse à Constantin Copronyme, et, sur l'invitation même du faible empereur, invoque le secours de Peptn, roi des Français. De là cette donation de Pépin , dont Anastase, un siècle après, a garanti l'authenticité, mais qui pourtant ne paraît pas moins fabuleuse que celle de Constantin. S'il faut en croire et cet Anastase et la foule des écrivains qui l'ont copié, Charlemagne, en 774, renouvela dans Rome la donation de Pépin en faveur du pape Adrien 1^^ ; il y ajouta la Corse , la Sardaigne, la Sicile, Venise: générosité singulière, puisqu'il n'était ni propriétaire, ni suzeraûn de ces contrées. Il ne (ut promu à l'empire que ving-six ans plus tard. Au tems où l'on veut qu'il ait confirmé la donation de son père , il n'était pas même roi d'Italie : il n'exerçait à Rome que la fonction de patrice dans cette informe république , existante plutôt qu'établie au htii* tième siècle , sous la souveraineté peu active des
empereurs d'Orient. Quant au pape Adrien , il
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n'avait garde d'agir en souverain de Rome ; et I^on III , qui vint après lui , n'eut pas non plus cette hardiesse, quoiqu'il fut loin d'en manquer. Le passage suivant fait voir sous un jour trèssensible l'aspect politique , et , pour ainsi dire , les situations respectives que présentait Rome à cette époque.
« Léon III, succédant, en 796, au pape Adrien, a s'empressa d'adresser à Charlemagne une lettre « d'hommage pareille à toutes celles que ce prince tf devait recevoir de ses vassaux. Cependant il « nous reste un monument de la suprématie que a l'empereur d'Orient conservait sur les Romains « en 797 : c'est une mosaïque, dont Léon III orna « la salle du palais de Latran. On y voit un prince a couronné que les circonstances font reconnaître a pour Constantin Y. Un autre prince sans cou- «ronne et un pape sont représentés à genoux, « et nommés Charles et Léon par une inscription. « L'empereur reçoit un étendard de la main dé «Jésus -Christ; Charlemagne en reçoit un autre «de la main gauche de saint Pierre, qui, de la « droite, donne un pallium au pape. Cette mosaî- « que est tout à la foi^ l'emblème de la primauté c( de l'empereur, de la puissance du patrice, et « des prétentions du pontife. »
Les droits des empereurs d'Orient sur Rome furent abolis en 800 , lorsqu'on vit l'empire d'Oc-
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%go PUISSANCE TEMPORELLE
cideot renouvelé par Félection de Charleinagne. Le peuple et la noblesse de Rome firent celte élection. Léon III y concourut lui-même, et depuis reconnut toujours dans ses actes publics Fautorité du nouveau chef de Tempire. Sans s'a^ réter à Topinion, selon nous fort exagérée, des auteurs qui ne font commencer la souveraineté des papes qu'à Tan 1 355 , et ne lui reconnaissent pour base que la renonciation formelle de Tempereur Charles IV aux possessions du Saint-Siège, on peut affirmer du moins qu'il n'en existe aucun vestige avant Louis-le-Débonnaire ; maiSj comme l'observe l'auteur , sans être sous^raine^ une puissance peut néanmoins être effective. Les papes furent donc puissans dès la fin du huitième siècle; et, grâce à la protection de Charlemagne^ désormais tranquilles dans l'intérieur, ne craignant plus ni les incursions des Lombards , ni l'oubli des empereurs grecs, ils acquirent une autorité qui ploya sous la sienne, mais qui fit ployer celle de son fils.
Quand on jette un coup d'œil sur l'histoire du neuvième siècle^ il est facile de voir que la puissance des papes et du clergé s'y accrut avec la rapidité la plus audacieuse, non - seulement en Italie , mais dans toutes les contrées dont se composait Tempire de Charlemagne. Le vaste héritage de ce prince devint pour ses faibles successeurs
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1111 fardeau qui les accabla. D'abord Paschal V^ ^ qui occupa sept ans la chaire pontificale ; ensuite Eugène n, son successeur immédiat, se firent installer sans avoir obtenu ni demandé le consentement de Louis - le - Débonnaire ; et cette négligence irrespectueuse n'était qu'un prélude des humiliations qui l'attendaient sous le pontificat de Grégoire IV. Ce pape, toutefois, à son avènement, attendit, pour se hire sacrer, que l'empereur eût confirmé son élection : des souvenirs récens l'intimidaient. Lothaire, fils de Louis, n'avait point la pusillanimité de son père : associé par lui à l'empire, il avait vu impatiemment la conduite du pape Eugène; et bientôt, se rendant à Rome , il y avait exercé avec vigueur toute l'autorité impériale; mais, lorsque ce même Lothaire et les deux autres fils de Louis se liguent contre ce malheureux prince ; lorsque Tx)uis convoque quatre conciles , dont la doctrine ne tend à rien moins qu'à tout concentrer dans la puissance ecclésiastique ; lorsque , persécuté , vaincu par le moine Yala , il relègue son épouse Judith au fond d'un cloître ; lorsque , protégé par un autre moine, il la rappelle , indispose ses plus fidèles amis , dépouille Lothaire du titre d'empereur, alors Grégoire n'est plus le même ; et sa conduite , aussi hardie qu'artificieuse, est peinte énergiquement par l'auteur dont nous analysons l'ouvrage.
aga PUISSANCE TEMPORELLE
« Ce pape s*allie'aux trois princes; il vient en a France avec Lothaire; il y vient sans la permis- « sion de son souverain : ce que n'avait osé faire a aucun des pontifes, ses devanciers. Au premier « bruit de l'anathèrae qu'il va lancer contre l'emapereur, des prélats français ont le courage de « s'écrier que , si Grégoire est venu pour excoma rounier, il s'en retournera excommunié luia même ; mais Agobard , évéque de Lyon , et a plusieurs de ses collègues , soutiennent que « c'est au pape qu'il faut obéir. Grégoire , de son a côté, adresse aux partisans de Louis une lettre « mémorable , où la puissance séculière est, sans <c aucune sorte d'ambiguïté , assujettie au Saintes Siège. Le terme de frère sent F égalité, dit-il aux « prélats qui l'avaient appelé de ce nom^ sachez ce que ma chaire est au -^ dessus du trône de Lotus. « Cependant Lothaire et ses deux frères ont rasce semblé leurs troupes en Alsace; Grégoire est « auprès d'eux , et ne les quitte que pour se ren- <c dre, en qualité de médiateur, dans le camp de «Louis. On ne sait comment fit le pape; mais, ce dans la nuit même où il prit congé de l'empe-. ce reur, les troupes de celui-ci se débandèrent; la <x désertion décomposa son armée, et doubla celle a de ses ennemis. Forcé de se livrer à ses fils, il ce est détrôné, de F avis du pape, dit Fleuri; et ce Grégoire s'en retourne à Rome , très - affligé ,
« selon le même historien, du triomphe des enfans ce dénaturés qu'il vient de servir. La plaine où U <c avait négocié, entre Strasbourg et Bâle, s'appelle « encore aujourd'hui le Champ du Mensonge, d
L'empereur, condamné aune pénitence publique , se confessant à genoux devant des prélats , trainé de cloître en cloître ^ se montra digne de tant d'opprobre , et non de la pitié que ses malheurs inspirèrent à une grande partie des Français. Sa réhabilitation (ut la plus grande ignominie qu'il eût endurée. En remontant sur le trône, il consacra , par d'inépuisables complaisances , l'autorité qui l'en avait fait descendre. Il était, de toute manière , fort accessible à la crainte ; et , quoiqu'il eût étudié l'astronomie, une éclipse le fit mourir de peur. Sa mort parut ralentir un moment, sinon l'audace du clergé], du moins les progrès du pouvoir ecclésiastique. Les évéques d'Aix-la-Chapelle ne réussirent point à dépouiller l'empereur Lothaire; le pape Sergius II, installé sans le consentement de ce prince , fut obligé de l'accepter. Juridiquement interrogé, dans Rome , au sein d'une assemblée présidée par Louis , fils de Lothaire, il y prêta serment à l'empereur. Charles -le -Chauve, en France, imita la fermeté dont Lothaire lui donnait l'exemple : il n'admit point les évéques dans le parlement qu'il tint à Épernai ; les usurpations ecclésiastiques furent
réformées; on y prit même quelques mesures contre l'abus des excommunications ; mais , en cas pareil , la mesure proposée jadis par les prélats restés fidèles à Louis -le- Débonnaire, cest-À-dire l'excommunication du pape , était la meilleure et la plus sûre , par cela même qu'elle était la moins sérieuse.
Léon lY vint après Sergius : Léon IV , à qui Voltaire 9 historien si juste, a donné le n<Mn de grand, et qu'ici l'on appelle avec raison lepon^ tife le plus vénérable du neuvième siècle. « Il for- « tifia Rome, ajoute l'auteur, bâtit le quartier qui « porta le nom de cité Léonine; et, sans songer « à troubler les autres Etats, il travailla durant « huit années à la prospérité de celui qu'il goua vemait. Ou ne saurait donner les mêmes éloges « à Nicolas I^'', qui occupa le siège de saint Pierre « depuis 858jusqu'en 867; mais il est l'homme de « sop siècle qui a le plus agrandi l'autorité ponti- « ficale. » L'empereur Louis avait fait élire ce pape; il s'abaissa lui-même en l'honorant outre mesure: il servit d'écuyer au pontife, mena son cheval par la bride ; et , comme l'observe très-bien l'auteur , de pareilles cérémonies ne pouvaient demeurer sans conséquences. Les détails qui suivent nous semblent offiir beaucoup de précision et de clarté. « La puissance de Cbarlemagne était a alors divisée entre ses nombreux descendans^
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a Trois étaient fils de l'empereur Lotbaire, savoir: « Louis , héritier de l'empire ; Charles , roi de Proie vence; et Lothaire, roi de Lorraine. Leurs once clés , Louis et Charles , régnaient , l'un en Gerce manie , l'autre en France , tandis que les fils de ce Pépin, roi d'Aquitaine, déchus du trône de leur « père, n'y remontaient que pour en descendre « encore. Tous ces princes, presque également ce dénués de lumières et d'énergie, déjà si faibles ce par leur nombre, l'étaient encore plus par leurs « discordes : chacun d'eux usait contre les autres « la plus grande partie de sa modique puissance, tf II ne tenait qu'à Nicolas de se déclarer leur c( maître ; et il n'y manqua point. »
Comment y aurait -il manqué, lorsque Louis-* le-Germanique encourageait l'archevêque de Sens , Yénillon , et quelques autres prélats audacieux , à déposer Charles -le -Chauve; lorsque Charlesle-Chauve se plaignait seulement d'une irrégularité de formes, reconnaissait d'ailleurs aux Évéques le pouvoir de le déposer, armait à son tour contre Louis cette même autorité usurpatrice à laquelle ils auraient dû résister ensemble, et entendait patiemment les pères du concile de Savounières s'engager à rester unis pour corriger les rouf les grands et les peuples; lorsque enfin Lothaire , afin d'épouser Yaldrade , voulant rép^dier solennellement son épouse, Theutberge, la
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soumettait à un tribunal d'évéques , faisait rendre des sentences contre elle par les conciles d* Aixla-Chapelle et de Metz, et donnait au Pape, qui, en qualité de pontife souverain, annula ces arrêts eccKsiastiques, les apparences d'un protecteur de la justice méconnue et de la faiblesse opprimée ?
Nicolas , par le ministère du légat Arsène , enjoignit au roi Lothaire de reprendre sa première épouse , et fit enlever Valdrade , qu'il appelait une courtisane. Arsène devait la conduire à Rome : elle trouva moyen de s'échapper. Le Saint-Père j qui voulait la convertir y ne put que V excommunier: c'est toujours quelque chose; mais le changement des intérêts changeait les affections de Rome; et en cela même sa politique restait invariable. 11 ne faut donc pas s'étonner qu'Adrien II, successeur de Nicolas, ait absous Valdrade, et protégé Lothaire soumis. Charles-le- Chauve et Ix)uis -le- Germanique , oncles de Lothaire, voulaient profiter de sa disgrâce, et partager ses États. Rome s'alarmait de leur ambition. Lothaire promettait de ne plus revoir Valdrade , et jurait qu'il avait rompu tout commerce avec elle depuis qu'elle était excommuniée. U mourut bientôt; et cette mort soudaine fut nrgardée, selon les préjugés du tems, comme la punition de sçn parjure. Ses oncles consommé-
rent le partage. Adrien, les chargeant d'anathèmes, adjugea les États de Lothaire à l'empereur Louis. Les droits de l'empereur étaient réels : ils avaient pour bases des traités; mais, ni ces droits, ni ces traités , n'étaient sous la garantie du pape ; et, en Germanie comme en France, ses anathè* mes furent impuissans. Ici l'auteur donne en substance la lettre énergique , et digne d*un siècle plus éclairé , qu'écrivit au pape un prélat firançais. Tout le passage est remarquable. « Hincmar , « archevêque de Reims , lui répondit , au nom de a la nation entière, qu'un évéque de Rome n'éfc tait point le dispensateur des couronnes de l'Eu- « rope; que jamais la France ne recevrait ses « maîtres de la main d'un pape ; que des anathè- « mes lancés contre toute raison, et pour des motife « purement politiques, n'alarmaient point un roi « de France ; qu'avant Nicolas les papes n'avaient « écrit aux princes français que des lettres reste pectueuses ; qu'en un mot , tout en révérant le « ministère spirituel du pontife romain , on sau- « rait résister efficacement à ses entreprises , toutes « les fois qu'il voudrait être pape et roi tout ence semble. »
Dans le même tems, im autre Hincmar, évéque de Laon, et neveu de l'archevêque de Reims, s'était déclaré pour Carloman , révolté contre son père , Charles-le-Chauve. Adrien , dans sa colère ,
donnant un exemple trop souvent suivi par ses successeurs, encourage le fils rebelle; mais la fermeté du monarque abat l'audace du pontife, qui devient malhabile autant que timide. En adressant au roi de France une lettre humble et repentante, il demande instamment qu'elle reste secrète : ce qui était le plus sûr moyen d'en £ûre sentir l'importance , et de lui assurer la publicité qu'elle a subie.
Après lui, Jean Vin, inquiété par les Sarrasins qui ravageaient lltalie, ménagea d'abord les princes chrétiens, et laissa même l'empereur Basile replacer sur le siège de Constantinople le patriarche Photius, qu'avait destitué Nicolas premier; mais, quand la mort de l'empereur Louis laissa vaquer l'empire d'Occident, Louis-le-Germanique et Charles-le-Chauve se le disputaient. Jean VIII , profitant des circonstances, et se plaçant lui-même comme arbitre entre les deux, frères, favorisa le plus fort au préjudice de l'aîné. Il fit empereur un roi de France ; mais il eut le plaisir de s'en vanter avec emphase , et l'adresse de lui faire acheter , par des trésors et des complaisances de tout genre , cette couronne impériale, qui bientôt, redevenue vacante, laissa de nouveau le pontife arbitre entre de nouveaux concurrens. « Cette fois, dit l'auteur, Jean se « contenta de la promettre, afin de la tenir à
ce plus haut prix. Durant trois années, il n'y eut c pas d'empereur d'Occident : aucun de ceux qui a convoitaient ce titre n'était assez puissant pour <c le conquérir sans Tintervention de la cour de « Rome. i> Il fallut enfin se décider ; et le fils de Louis-le-Germanique , Charles-le-Gros , depuis roi de France , fut choisi par Tévéque de Rome , qui , moins d'un siècle après la fondation du nouvel empire , était parvenu à fixer y en souverain , la destinée des petits-enfans de Charlemagne.
Les neuf papes qui ont occupé la chaire de saint Pierre , durant les dix-huit dernières années du neuvième siècle, tiennent peu d'espace en cet essai historique, et n'ont rien fait d'assez remarquable pour entrer dans une analyse où nous voudrions en vain tout placer. Une seule observation nous semble essentielle : le pape Formose, en quatre ans, couronna deux empereurs. Le serment d'obéissance que les Romains leur prêtèrent , sauf le droit du seigneur Formose^ en constatant la souveraineté du chef de l'empire , prouve cependant que les papes jouissaient déjà d'une autorité bien distincte. On pouvait, dans les chancelleries, disputer long-tems sur le droit; mais ils régnaient par le fait; et c'est toujours ainsi que l'on règne. L'habile et judicieux auteur a nettement indiqué la source de ce rapide agrandissement. <c On a dû reconnaître, dit-il, dans le
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« partage des Etats de Charlemagne entre les lils « de Irf>uis-le-Débonnaire, et dans les sous-dîvt- « sions ultérieures de ces mêmes Etats, la prin- « cipale cause de l'avilissement du pouvoir civil, « et de la métamorphose du ministère pontifical n en une redoutable puissance. » Si la suprématie (les empereurs était souvent avouée par les pontifes , souvent aussi , car il faut bien le dire , la j suprématie des pontifes était consacrée par la j dévotion des empereurs, ou implorée par l'am- ^ bition des prétendans à l'empire. II existait une a oour de Rome; et, dans les siècles qui vont ^ suivre , nous la verrons , fidèle à son système , ^. étendre son influence politique par son influence ?-=^ sacrée ; prendre une part toujours plus active aux -^bq débats sanglans de t'Eiuopc; diviser les princes^s^ pour les gouverner; irriter ou caresser Ipur c— — ^ passions ; et , tour à tour audacieuse et souple «,: dominatrice par choix , obéissante par nécessité ^, servile même si les tems l'exigent, garder i àj— a constante habitude de se montrer forte contr^^ les faibles , mais d'être faible contre les forts.
Le dixième siècle s'ouvre par trente années di^ scandales, qui, dans les âges précédens, étaient encore inconnus k Rome. Trois femmes patriciennes , Théodora , une seconde Thëodora , sa fille, et Marosie, son autre fille, y disposent tour à tour du pontificat. I^a première fit élire Sergius III,
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qui fut depuis l'amant de Marosie. Trois ans après la mort de Sergius , grâce aux intrigues de la seconde, on élut son amant, Jean X, qui fut d'ailleurs un pontife habile , un assez bon guerrier même , et le vainqueur des Sarrasins. Après quatorze ans de règne , il périt en prison , détrôné par Marosie, qui lui donna pour successeurs, d'abord deux de ses favoris, Léon VI , Etienne VII, et enfin son propre fils , Jean XI , qu'elle avait eu du pape Sergius III, et non d'aucun de ses trois maris. Albéric , autre fils de Marosie , mais légitime, ou passant pour tel, sans ôter le pontificat* à Jean XI , lui enleva l'autorité , qu'il exerça luimême en qualité de patrice. Il choisissait et gouvernait les papes , redevenus de simples évéques de Rome. « Hors de la ville , dit l'auteur , ces « papes ne possédaient que des propriétés terrice toriales ; encore les avaient - ils inféodées pour « en tirer parti. Une noblesse armée s'était élevée c( dans leurs domaines , qui déjà n'étaient plus « leurs Etats, ou qui même ne l'avaient jamais été. <f On ignorait, dans ces tems barbares, l'art d'ad- « ministrer au loin , l'art d'établir sur de grandes « surfaces un système énergique de centralité , de « subordination, de correspondance. Cet art ne (c s'est perfectionné que dans nos tems modernes ; ff et son absence , au moyen âge , fîit peut - être « l'une des principales causes de l'établissement (c et des progrès de l'anarchie féodale. »
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A cet aperçu rapide , et qui décèle si bien un esprit exercé aux théories de Fart social , succèdent quelques traits non moins heureux sur la situation où se trouvait alors l'empire. A proprement parler ^ V empereur d^ Occident avait disparu. S'abstenant de ce titre dans ses diplômes , Henri roiseleur ne se nommait plus que Vas^uiy Vor vocat des Romains; tandis qu' Alberîc, indépendant, convoquait périodiquement ses concitoyens en as-
semblées nationales y et gouvernait Rome sous des /ormes républicaines. Mais les talens ne sont point héréditaires : Albéric mourut , ne léguant que du pouvoir à son fils Octavien. Celui - ci , jeune et malhabile , crut s'afifermir en joignant à l'autorité civile la dignité pontificale : c'était encore trop peu pour sa faiblesse. Intimidé par Bérenger, roi d'Italie , il eut besoin d'élire un empereur; et tout changea. Il acquit un protecteur, mais il se donna un maître; car cet empereur fut Othonle-Grand.
Prompt à secourir Jean XII , Othon dépose Bérenger; et Adalbert, fils de ce prince, s'adjuge à lui-même l'Italie, reçoit l'hommage du pontife, dont il reconnaît l'autorité. Il parait même Tétendre , mais il se réserve la souveraineté de Rome et de son territoire , fait revivre dans toute sa force le droit de confirmer l'élection des papes, et y ajoute le droit de les déposer. Jean XII se
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ligue avec Adalbert , sou ancieu ennemi , pour résister à un protecteur si redoutable. Admonesté par l'empereur, comme un enfant indocile et même un peu libertin , il se révolte ouvertement ; mais il est vaincu. Réfugié à Capoue, il y lance une excommunication contre les évéques qui éliraient un nouveau pape.; et ce nouveau pape n'en est pas moins élu , sous le nom de Léon YIII , par un concile qu'avait convoqué l'empereur. Des émeutes, excitées dans Rome, y font rentrer Jean XII, qui se venge par des proscriptions, et qui périt assassiné. Benoît Y , élu par les Romains, est bientôt forcé de rendre hommage à Léon YIII; mais tous deux meurent dans Tannée. I^s commissaires d'Othon font élire Jean XIIL II est bientôt chassé de Rome ; Othon l'y ramène en triomphe, et se souille lui-même , en autorisant des vengeances pontificales. Au reste, ce prince reconquit en peu d'années toute la puissance envahie par les papes dans cette espèce d'interrègne qu'avaient prolongé jusqu'à lui, durant plus d'un siècle , les différens héritiers de Charlemagne. II voulait même faire de l'Europe chrétienne une vaste république, en être le chef suprême , en commander les armées , en convoquer les conciles, en choisir les pontifes, en cré^r les rois. Dans ces vues, qu'il ne put réaliser, contraint de ménager les prélats allemands , il
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leur accorda des droits régaliens; et, pour affai* blir les papes , il renforça le clergé , qui déjà n'était que trop fort. Le tableau général que présente ici l'auteur est tracé avec un rare talent.
« Le clergé y tant séculier que régulier, acqué- <c rait, dans la plupart des contrées européennes, <c une puissance formidable , qui l'aurait été da- (c vantage encore, si déjà quelques symptômes de a rivalité entre ces deux clergés n'eussent entravé « leur commun agrandissement. Les couvens se a multipliaient de jour en jour, et s'enrichissaient « presque sans mesure. On attendait fort pro- <c chainement la fin du monde; le terme des mille i< années de l'Église allait expirer; et les dona- <c tions à l'Église , spécialement aux monastères , ce passaient pour la garantie la plus sûre contre if la damnation éternelle. Du sein des cloîtres, s'é- « levaient d'imposans personnages devant qui <( s'abaissaient les trônes de la terre. Dunstan <r s'élance de l'abbaye de Glaston pour gouverner « la Grande - Bretagne , sévir contre les reines , « et mettre les rois en pénitence. Othon-le-Grand « était , à cette époque , le seul prince chrétien <( qui dominât pleinement l'autorité ecclésiasti- « que; et, s'il restait chez quelques peuples des « idées ou des habitudes d'indépendance civile , (c c'était encore parmi les Romains , au centre « même de la chrétienté. »
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Dès lors on entrevit en effet les premiers germes de ces deux factions si connues depuis sous les noms de Guelfes et de Gibelins ; mais la liberté de Rome était le principal objet du parti qui semblait tenir aux pontifes. Bientôt le consul Crescentius, fils de Jean X et de la seconde Théodora , conçut la pensée de rétablir Tancienne république. Pour secouer le joug des deux Othon, qui tinrent successivement de ieiu*s mains débiles le sceptre qu'avait su porter Othon-le-Grand, ii crut devoir reconnaître de nouveau la souveraineté lointaine des empereurs grecs. Après avoir exilé le pape Jean XV , qu'il ne rappela qu'en le soumettant à l'autorité populaire, assiégé luimême dans le môle Adrien par Othon III , il crut aux promesses de l'empereur, et périt victime de la perfidie. Il eut des projets trop au-dessus d'un siècle où s'étaient encore épaissies les vastes ténèbres du moyeu âge. Au reste , si , comme on vient de le voir , le clergé , dont l'ignorance était moins profonde que celle des peuples, accrut dans ce siècle et son ascendant et ses richesses , on a vu aussi que le pontificat suprême y fat scandaleux , sans éclat et sans force. Othonle-Graûd l'avait comprimé ; Hugues^Capet ne daigna pas l'apercevoir, lorsqu'il détrôna la race Carlovingienné. « Hugues ne s'adressa point à <c Jean XY , comme jadis Pépin à Zacharie ; et le
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M bonheur de ne point devoir son élévation au « Sauit - Siège fut sans doute l'une des causes « de raffranchissement de Hugues, de la longue « durée de sa dynastie , et de la. prc^Kigation des a maximes d'indépendance qui ont- distingué el <K honoré l'Église gallicane. » Hincmar , arcbevé* que de Reims, avait proclamé ces maximes dès l'âge précédent. Dans celui- ci, un autre arche^ véque de Reims, Gerbert, les soutint avec une énergie au moins égale. Il devint pape sous le nom de Silvestre H ; et le pape fut infidèle aux principes du prélat : exemple souvent imité par ses successeurs. Ces! lui qui força Robert , roi de France, excommunié par Grégoire V, de reovoyer Berthe , sa parente , qu'il avait époasée sans dispense. Ce faible héritier de Hugues*Capet devint l'esclave d'un pouvoir que son père n'avait pas même employé comme auxiliaire.
Durant la première moitié du onzième siècle, la papauté fiit encore plus avilie qu'elle ne Tavait été durant presque tout le dixième ; et , dans ce long abaissement , on n'aurait pu deviner à quelle hauteur elle allait bientôt s'élever. Les efforts d'un second Crescentius , pour reconquérir la liberté ro^ maine, furent momentanés et stériles. Benoit VK^ et Jean XIX , son successeur , quoiq:u'il fôt son frère , accusés tous deux par l'histoire d'avMr acheté le pontifical , qui d)ès-low était à l'eMaii ,
...ij -
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se soutinrent tour à tour , grâce à la protection des empereurs Henri de Bavière et Conrad-le-Sa-^ Kque; mais l'empereur Henri UI exerça dans Rome une autorité supérieure encore à celle de ses prédécesseurs , à celle même d'Othon - le - Grand. On vit trois papes à la fois : Benoit IX, extrêmement jeune, mais déjà célèbre par se$ vols et par ses débauches ; Silvestre HI , élu pour son argent^ suivant la mode établie; et Grégoire VI, k qui Benoit IX vendit la papauté , du moins en partie; car lui-même en garda sa part. Après des excommunications mutuelles, qui ne pouvaient effrayer des gens du métier , les triumvirs sacrés firent sans doute quelque transaction à l'amiable; car tous trois demeuraient à Rome : Benoit au palais de Latran, Silvestre au Vatican, Grégoire à Sainte<-Marie*Majeure; chacun dans son palais, et, selon Voltaire, chacun avec sa maîtresse. Cette farce ne pouvait durer : malgré son extrême ridicule , elle indignait les gens sérieux. Ce fiit dcmc sans aucun obstacle qu'Henri III, passant en Italie, destitua d'un seul coup trois papes italiens. Nulle réclamation ne s'éleva non plus lorsqu'en moins de quatre années il fit élire trois papes allemands : un Suidger, évêque de Bamberg; un Poppon, évêque de Brixen; et enfin son propre ccMDSÎn, 3runon ^ qui prit le nom de Léon IX , et mit un
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terme aux scènes burlesques dont Rome avait été vingt ans le théâtre.
Ici apparaît cet Hildebrand , si célèbre dans les annales ecclésiastiques , remarquable sous six pontifes, avant d'être pontife lui-même, et toujours plus imposant de règne en règne ; pareil à ces statues colossales que Ton aperçoit dans le lointain , et qui semblent grandir à mesure qu'<m s'en approche. Ecouté par Léon IX , accueilli par Yictor II , à peine est-il cardinal , et c'est lui qui déjà gouverne l'Église ; lui qui , sous Etienne EL, rend désormais le mariage incompatible avec le sacerdoce, et fait excommunier comme hérétiques les prêtres qui n'abandonneraient pas i l'instant leurs épouses; lui qui, sous Nicolas II, excluant de l'élection des papes le clergé, la noblesse et le peuple, y admet les seuls cardinaux évêques , à la charge de s'adjoindre ensuite les cardinaux clercs , d'obtenir le consentement des fidèles, et de plus celui du futur empereur Henri ^ dont le droit , attaché depuis Charlemagne à la couronne impériale , se trouve métamorphosé tout à coup en un privilège individuel, acoonlé parle Siège apostolique. C'est encore Hildebrand qui , sous le même pape , faisant défendre à tout ecclésiastique de recevoir d'un laïque aucun bénéfice, même gratuit, commence la longue querelle des investitures ; lui qui , érigeant le pontife
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en dispensateur des couronnes, fonde le royau*me de Naples en faveur de Robert Guiscard, devenu vassal du Saint - Siège. Après avoir exercé toute la puissance durant le pontificat d'Alexandre n ^ Hildebrand lui succède enfin , sous le nom de Grégoire Vil; et, si Ton demande pourquoi cet homme , avide d'empire , fut si lent à ceindre la tiare , Fauteur a trop bien éclairci ce point pour ne pas le laisser répondre.
« C'était à l'agrandissement illimité de la puis-* a sance pontificale , bien plus qu'à son élévation « personnelle , que l'entraînaient ses opinions et « son caractère. On ne remarque dans sa conduite « aucun de ces ménagemens que l'intérêt privé «conseille; elle a toute la roideur d'un système « inflexible dont il n'est jamais permis de com*- « promettre l'intégrité par des concessions ou* dte» « complaisances. Son zèle , qui n'est pas seulement <( actif , mais audacieux , opiniâtre , inconsidéré , a lui vient d'une persuasion incurable. Hildebrand a aurait été le martyr de la théocratie , si les cir-' a constances l'eussent exigé : il ne s'en fallut « guère. Comme tous les enthousiaste» rigides,. « il se crut désintéressé , et fût sans remoixh^ le a fléau du monde. Sans doute que les intérêts « sont le mobile des actions humaines ; mais le « triomphe d'une opinion est aussi un intérêt; et « sacrifier à celui-là tous les autres, c'est, dans
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ce chaque siède , la destinée de quelques faqnuneaj <c II en est qui , attentifs à ne rien troubler autour « d'eux j ne compromettent que leurs propivs tt jouissances : ceux-là sont d'autant plus excoBth «blés que c'est peut«-étre à la vérité qu'ils of* ¥ frent un si pur et si modeste sacrifice. D'autres, <x comme Hildebrand, peuvent acquérir, par les « privations qu'ils s'imposent , le droit d'ébranler ce et de tourmenter les peuples ; et leurs sombras <f erreurs coûtent des désastres k la terre. »
Par l'ascendant de Grégoire VU, Mathilde^ comtesse de Toscane , fit au Saint-Siège une do* nation des États qu'elle possédait en Italie. C'est le seul acte de ce genre qui porte un caractère d'authenticité^ quoique beaucoup d'emp»retirs, et même beaucoup d'historiens, n'aient pas voulu l'admettre comme authentique. Mathilde , qui dé^ testait l'empereur Henri lY, aida constamment Grégoire Y II à le combattre, et s'associa sans réserve aux destinées du pontife. On a cru voir en elle une pénitente séduite par son directeur; mais, selon toutes les apparences, ce n'était qu'une dévote subjuguée. Grégoire avait des moeurs austères. Du fond du cloître il n'avait porté sur le trône pontifical qu'une arrogance inflexible, et le rêve de la monarchie universelle : il le réalisa autant qu'il lui fut possible. Peu content d'avoir réduit l'empereur à des soumis-
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fiions ignoDainieuses , il voulut encore qu'elles fussent inutiles. Osant le déclarer déchu de l'empire , il fit élire à sa place Rodolphe , doc de Soinabe, qui, presque aussitôt, fut vaincu par Henri lY , et périt dans le combat, sous la main de Gode£roi de Bouillon. Grégoire «xcommuaie lempereur après la victoire. Henri prend Rome d assaut; Grégoire l'excommunie dans le mole Adrien; et, délivré, conduit à Salenie durant l'absence du vainqueur , il y meurt en lexeofliinu^ niant. U avait insulté tons les souverains de l'Europe : l'empereur grec , auquel il ottâonnaic d'abdiquer ; le roi de Pologne , qu'il prétendait déposer; le roi de Hongrie, dont à lin phAsBÀ d'appeler le royaume une propriété de l'Église; le duc de Bohême, dont il exigeait et recevait un tribut de cent marcs d'argent ; et jusqu'au roi de France , Philippe V^ , qu'il voulait rendre aussi son tributaire. Un jour il invita Guillaume - le- Conquérant à lui prêter hommage, et à lui payer le denier de Saint-^Pierre : subside autrefois suppcnrté par la dévotion complaisante des rois an«glais. Guillaume lui fit cd>server qu'il ne fisdlait pas demander à la fois l'hommage et l'aumône ^ et refusa l'un, sans accorder l'autre. Celui qui avait conquis le trône de Harold n'était pas de ces princes qui se laissent imposer des lois par un prêtre.
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Après Victor m , qui ne fit que passer svsr le siège pontifical, Urbain II, pape finançais, adopta les principes et les haines dHildebrand. Il anna Conrad contre son père, Henri IV. Il excommania le roi de France , Philippe V^ , qui avait répudié Berthe , pour épouser Bertrade de Monfoit. Philippe l'avait enlevée à son mari, le comte d'Anfoa: fait étrange , sans doute ; mais , ce qui Test bien davantage, l'excommunication fiit lancéç danscette même ville de Clermont où le pape obtenait ua asile , et dans ce même concile où fut préchée la première croisade. Telle était la puissance de Rome à la fin du onzième siècle ; et Rome la devait k Grégoire Vil. A lui remontait encore l'idée de * ces émigrations armées qui dépeuplèrent l'Europe, en ravageant la Syrie et l'Egypte. Il avait exhorté l'empereur Henri IV à prendre la croix pour combattre les infidèles , et leur arracher le tombeau du Christ ; mais l'empereur ne jugea point à propos d'aller conquérir un sépulcre, afin de laisser à l'ambitieux pontife le loisir de se rendre maître et de l'empire et du monde chrétien.
Pascal n, au siècle suivant , continua de persécuter l'empereur Henri IV, qui mourut dans la misère, détrôné, vaincu par son fils, dont Rome encourageait l'audace parricide; mais ce même fils , devenu l'empereur Henri V , se fit redouter du Saint-Siège , et punit long-tems le pontife qui
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s'était rendu son complice. Entre les papes, qui, depuis Gélase, se succédèrent rapidement durant trente années, on doit remarquer Calixte II, qui termina la querelle des investitures; et surtout Eugène III , moins célèbre pour avoir déterminé, conjointement avec saint Bernard , une croisade fort malheureuse que pour avoir approuvé cette compilation canonique , aujourd'hui nommée le décret de Gratien , mais jadis intitulée d'une manière plus naïve et plus piquante : Concorde des canons discordons. Adrien IV , né dans un village anglais, et fils d'un mendiant, après avoir été, non sans peine, admis dans un monastère, de ^moine qu'il était devint pape, et porta sur le trône pontifical , avec la rudesse du cloître , toute la rustique insolence d'un parvenu. Il éprouva quelques disgrâces. Guillaume -le -Mauvais, roi de Sicile, ne recevatnt de lui que le titre de seigneur, prit le parti de lui faire la guerre. Le pape, forcé de capituler dans Bénévent, sacrifia les Siciliens qu'il avait soulevés contre leur prince. « Guillaume de Tyr l'en a blâmé, ajoute l'auteur ; fc mais, selon Baronius, il ne faut que l'en plainte dre ; car il manquait de moyens de rester fidèle c< à ses engagemens ; et il était si peu libre qu'il tf fut contraint de reconnaître, par un acte au- « thentique , qu'il jouissait d'une liberté parfaite. » L'empereur Frédéric Barberousse ménagea d'à-
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bord ce pontife : il ne dédaigna ui la complaisance humiliante de conduire sa haqueoée par la bride, ni la complaisance , plus répréhensible , de lut li* vrer Arnauld de Brescia, qui voulait à la fois réfor mer TEtat et l'Église, et que le pape fit brûler vif. Mais , si Frédéric tenait médiocrement à la vie d'un homme , il tenait beaucoup à l'empire : ii se brouilla donc avec le pape , qui voulait le lui dis* puter. Adrien commençait à soulever les villes lombardes contre le joug impérial , quand il fut surpris par une mort précipitée ; mais il mourut du moins à la manière des papes de ce teiBs4à : il eut le plaisir, en expirant, d'excommunier un
empereur.
Le pape Alexandre III fut un adversaire plus digne de Frédéric ; et , quelque bien £ait que soit l'ouvrage dont nous présentons l'analyse , peutêtre désirerait-on d'y trouvel* moins de réserve a l'égard de ce pontife célèbre. Il eut raison oontre des monarques, et protégea les droits des peu* pies. Ce qu'il y a de plus remarquable dans son règne , ce n'est pas sa querelle avec Henri II , rœ d'Angleterre , au sujet de Thomas Beket , arche* véque de Cantorbéry. En cette occasion toutefois, Alexandre mérite encore des éloges, non pour avoir canonisé un prélat brouillon, mais pour avoir contraint un roi puissant et criminel a faire amende honorable d'un assassinat qu'il avait au
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moÂBS indiqué. Alexandre s'est honoré surtout ipar une conduite ferme ei jsage , durant ses longs démêlés avec Frédéric. Poursuivi , persécuté , chassé de ^Italie par cet empereur , il ne le dé-^ posa point, comme Grégoire YII avait déposé deux fois Henri IV. Forcé de chercher un asile en France^ il y dirigea de loin les efforts coura*geux de la ligue lombarde ; et c'est de son nom que les Milanais fugitiifs appelèrent la cité qu'ils hàtireut , quand Frédéric eut détroit Milan. Temporiseur habile, laissant le vainqueur user sa fortune, après dixrhuit ans de guerre, il sut négocier à propos, conclut une paix avantageuse, vit s'humilier devant lui ce mémie empereur qui lui avait opposé quatre anti-papes ,^ et , faisant à Rome une entrée solennelle, y passa glcMrieuse* ment les quatre dernières années d'un pontificat dont la mémoire est restée chère à lltalie.
La puissance pontificale, déjà si accrue et si affermie , parvint à son plus haut degré dans les premières années du treizième siècle , sous le règne d'Innocent III. L'auteur nous peint ce prêtre ambitieux distribuant les coiuronnes et les anathèmes, n ayant parmi les rois que des ennemis ou des protégés; tantôt mettant le royaume de France en interdit , après le divorce de Philippe- Auguste ; tantôt déclaraut roi d'Angleterre le fils de ce même Philippe, et tout à coup retirant ses
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prétendus bienfaits, quand le faible Jean -sans- Terre, soumis au légat Pandolfe, se reconnaît vassal du Saint - Siège ; tantôt opposant en Aile* magne Othon IV^ à Frédéric II ; tantôt défendant contre Othon IV les droits du jeune Frédéric^ et recueillant en partie les fruits de la bataille de Bouvines ; tantôt continuant à occuper les princes chrétiens de croisades lointaines, ou même, par une extension qui commence à lui , transportant ces guerres sacrées au sein de l'Europe ; préchant tour à tour des croisades contre le roi d'Angleterre , contre le roi de Norwège , contre ks Hongrois , et enfin contre les Albigeois : époque désastreuse, où, sous les auspices de Gusman, nommé depuis saint Dominique , naquit , au milieu des massacres, un établissement digne de son origine, le Tribunal de T Inquisition.
Ainsi, durant près de dix-neuf ans, l'orgueilleux pontife gouverna VÉgUse^ ou plutôt V Europe. Lui seul réalisa presque en entier le plan qu'avait conçu Grégoire VIL Sans l'égaler en génie , quoique lui-même fort habile, aidé par la faiblesse ou U division des princes, ses contemporains, il le surpassa en succès, peut-être en arrogance; et nul moyen ne lui coûta pour étendre indéfiniment la domination théocratique. L'auteur termine par un passage très piquant ce qu'il a dit sur ce pape célèbre. « Tous les historiens rapportent que, dans
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«une vision mystérieuse, sainte Lutgarde vit Inc< nocent III au milieu des flammes , et que, lui (c ayant demandé pourquoi il était ainsi tourmenté, « le pontife lui répondit qu'il continuerait de l'être «jusqu'au jour du jugement, pour trois crimes « qui l'auraient plongé dans le feu éternel de l'en- « fer, si la sainte Vierge , à qui il avait dédié un « monastère , n'avait fléchi la colère divine. Il est a permis de douter de la vision; mais, dit Fleury, a ce récit prouve que les personnes de la plus ce haute vertu étaient persuadées que ce pape « avait commis d'énormes péchés. Quels sont les « trois dont parlait sainte Lutgarde ? Il serait « extrêmement difficile de les choisir dans la vie « d'Innocent. »
Parmi les papes nombreux qui lui succédèrent dans le cours du treizième siècle, ceux qui maintinrent avec le plus de roideur la suprématie de la cour de Rome furent sans contredit Grégoire IX et Innocent lY. L'un excommunie quatre fois Frédéric II; l'autre le dépose au concile de Lyon, et bientôt , poursuivant de sa haine opiniâtre les en&ns de cet empereur, veut usurper le royaume de Naples sur Conrad et sur Manfreddo. Il appartenait à Clément IV de dépouiller le petit-fils de Frédéric en faveur de Charles d'Anjou , frère de Louis IX. Alors coula sur un échafaud le sang du jeune Conradin; et l'infortunée maison de Souabe
«vifictiori les lii>err*r«» -j^ tejiist*
inaifaeiin. La croisacle contre iMitK Plicrre a Angoo, ttNiBçoi fe oompioi connu sous le non Uennes^ n'eurent ancimr snite, i fnktm, \jeh pnnoes s'étMent d Hiverres ucrées qui aflBribJJM lÎMll fortifiant celui du Saint-Siège; et tretziênie siècle, où Tautoiité di atteint m plus gtande haoteur, «rentrevoir qu'elle approchait dfe Danii les coromenceniens do siî vit Clément Y «e confcMmer, avec t puisable, aux volontés de Philipp actif, entreprenant, avide, dont U talimtf» avaient déjà su braver et i ment inhabile de Bonifsice VIIL donnée 8oixanttt*cinq ans par les lifes; to Saint-5i(^e , transféré dailf dôft lors rooin^ imnosanf !»»»v -*^
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foUe conduite; et, sous Benoît XII, la pragma* tique sanction cies Allemands afFaiblit encore Vempire de ta cour apostolique. En irain Charles TV, siliMiiDnié Tempereur des prêtres, s'empressa de tenir à Innocent Y I les promesses qu'il avait faites aux prédécesseurs de ce pontife : l'acte même qoi rendait authentique la souveraineté des papes prouvait le déclin de leur puissance. Jaàu d'implorer mt pareil acte, Grégoire VII, Adrien IV, Innocent III, l'auraient repoussé avec dédain. Eûton voulu contester, ou bien eût-on cru giarantir l'authenticité d'un pouvoir qui faisait, qui défetsaît les empereurs, et dont tes rois se décfa^ raient vassaux? Mais tes tems étaient bien changés; les premiers traits partaient de l'Italie : la raison s'y formait avec la langue et la littérature. Sî Charles lY avait promis que les empereurs ne retourneraient jamais à Rome, Pétrarque osait le hû reprocher : Pétrarque , no» moins contraire aine prétentions pontificales dans son commerce épistolaire que dans tes trois sonnets qu^il a composés contre la cour romaine! Ubs«*vons qu'à k même époque Bocace attaquait par le ridicule les roometies des moines, lies désordires àt9 gens d*église et le charlatanisme des déi^oes de pince : tant les superstitions ont eu peu à se louer des tolens littéraires. Comme l'art de pen-
deux dernières années du qiiatc toute Li première moitié du qui succédèrent presque immédiaten pli» orageuses qu'édifiantes. Les Grégoire XII et de l'Espagnol Be lèrent le concile de Pise. An oonci Jean XXIII ne fut que déposé [ odieux ; et Ton brûla pour de pi^ et Jean Hus et ce Jérôme de I
Pûgge, secrétaire d'un pape, o& enthousiasme le savoir, l'éloque courageuse. Les Pères du concile i de sagesse en élevant Martin V ai préme. Il ne fut point ambitieux, la maison Colonne; il pacifia l'Egl bla point l'Europe ; et son règne ans : peu de papes ont mérité u Eugène IV, son successeur, fut concile de Bâle , qui élut à sa plac de Savoie, le même qui avait mené vie très-peu pontificale. Un pape
long schisme d'Occident, et Thonneur de recueillir, après la prise de Constantinople , les Grecs réfugiés en Italie avec les débris des lettres et des sciences. Pie II , qui avait soutenu dans ses écrits la supériorité des conciles sur les papes, lorsqu'il n'était qu'Enéas Sylvius et secrétaire du concile de Baie, une fois devenu souverain pontife, soutint avec plus de véhémence la supériorité des papes sur les conciles. C'est lui encore qui fit sérieusement à Mahomet II la proposition comique de le déclarer empereur d'Orient et même d'Occident, s'il lui plaisait au préalable d accepter de la main du pape un tant soit peu d*eau baptismale. Après Paul II, dont le népotisme et la fatuité sont à peine dignes d'une mention historique, le mauvais succès de la conjuration des Pazzi contre les Médicis compromit étrangement la cour de Rome; et Sixte IV fut convaincu aux yeux de l'Europe d'avoir Irempé dans un complot d'assassinat. Bientôt Alexandre VI acheva de deshonorer le Saint-Siège : il surpassa, par le nombre et la variété de ses crimes, ses prédécesseurs les plus célèbres en ce genre. On peut l'affirmer, sans vouloir faire tort à aucun d'entre eux.
Le seizième siècle fut grand pour l'Italie, sans être heureux pour la puissance pontificale. Jules II, pape soldat, forme la ligue de Cambrai contre Louis XII. Ce bon roi de France avait eu la
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faiblesse de se laisser tromper par la perfidie d'Alexandre VI; mais,. plus habile à réprimer la violence belliqueuse de Jules II , il combattit le soldat avec le glaive , le pape avec le ridicule. Ao reste, ce Jules II, si entêté, que Ton jouait am halles de Paris dans les farces de Pierre Gringoire ■ , n'est pourtant pas indigne de toute louange: sous lui la basilique de Saint-Pierre fut commencée; Bramante et Michel- Ange furent appréciés; les beaux arts prirent un caractère imposant. Tout le monde sait quelle hauteur ils atteignirent immédiatement après lui. Léon X suivit l'exemple de son père , Laurent de Médicis , l'homme des modernes qui a le mieux mérité des arts. Les afilaires importantes étaient loin d'être négligées par la cour de Rome. La pragmatique sanction, établie par Louis ÏX et renouvelée par Charles VII, fat regrettée vivement en France, lorsque, dans l'entrevue de Boulogne, Léon X eut obtenu de François l^'un concordat, qui fit plus d'honneur à la politique du pontife qu'à celle du monarque.
I. Sous le règne de Louis XII, le jour du mardi gras de Ymm i5i I , il fut joué aux Halles de Paris, par la troupe du théâtre des Enfans Sans-Souci, une sotie, ou pièce satirique, dirigée contre le pape Jules II et la cnur de Rome. Celte pièce, composée par Pierre Gringoire, était intitulée : Jeu du Prince d» Sou et Mère StUte.
^"Jcî, pour plus amples détails, VHistoirc de Paris, par Du/autr, tome HI, page A3o , a* édition. ( Note de V Éditeur,)
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Mais déjà Martin Luther s'élevait en Allemagne. Les successeurs de Léon X héritèrent des que« relies du pontificat, et lui acquirent de nouveaux ennemis. Adrien VI, toutefois, est digne d'uiie exception, puisque, étant souverain pontife, il fit réimprimer un recueil d'argumentations théologiques contre l'infaillibilité dés papes : livre qu'il avait composé ou compilé, quand il était docteur en VUnwersité de Louvain. Clément Vil, considérant quelle était en Italie la prépondérance de Charles-Quint, entra dans la ligue formée contre lui, et la nomma ligue sainte; mais, quand Rome fut prise par les troupes impériales, il vit bien que Charles^Quint avait raison : aussi lui fut-il soumis. Il écrivit même sou^ sa dictée tlne bulle qili déclai*ait indissoluble le mariage du roi d'Angleterre Henri VIII et de Catherine d'Aragon. Les manières de voir sont si différentes, que cette bulle fit perdre l'Angleterre à la cour de Rome. Henri VIII n'en répudia pas moins Catherine, n'en épousa pas moins Anne de Boulen ^ et pourtant écrivit contre Luther, selon son ancien Usage. Le théologien despote, faisant des phrélats, ifn clergé, une religion à sa mode , devenant le pape des Anglais, réfuta, persécuta pêle-mêle et Luthériens et papistes.
Trois choses diversement remarquables ôtit signalé le pontificat de Paiil III : i'ouvei'tur^ du
ai.
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concile de Trente, la bulle in Cœnà Dornini, et l'approbation donnée aux constitutions des nouveaux religieux formés sous le nom de Jé^ suites. Jules III ayant excommunié le roi de France Henri II , ce prince défendit à ses sujets de porter de l'argent à Rome: on comprit au Vatican qu'il était fort bon catholique ; et Jules retira son excommunication. T^ vieux Paul IV, dont la tête y sejon Muratori , é/^iV une image raccourcie du Fésuvey aigrit sans retour la reine d'Angleterre, Elisabeth, rassasia l'Inquisition de supplices, et mourut exécré du peuple de Rome.
Les rigueurs dont il. avait accablé les hérétiques furent rendues à ses neveux par son successeur Pie IV, le même qui ferma le concile de Trente, après dix -huit ans de sessions. Ce fut le dernier concile œcuménique ; et mil , jusque-là , n'avait reconnu en termes aussi solennels la suprématie illimitée du souverain pontife. « En conséquence, « dit l'auteur, on convint en France que le Concile «de Trente, infaillible quant aux dogmes, ne « l'était pas quant à la législation ; et , pour n'y « être pas surpris, on ne publia ni sa législation ni « ses dogmes. » Pie V, étant pape, se souvint qu*il avait étéinquisiteur, et mit au rang de ses victinies Paléarius, qui avait écrit contre l'Inquisition. Du règne de ce pontife, commence l'usage, suivi jusquà nos jours, de publier chaque année, le
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jeudi saint, clans les églises de Rome, la fameuse bulle m Cœnâ DominL Les princes, anathématisés collectivement, ne s'alarmaient pas de cette publication périodique: elle ne fut. qu'insolente, même à son origine; et, depuis long-tems, les voyageurs n'y voyaient plus qu'une cérémonie divertissante. Grégoire XII fil allumer des feux de joie , et rendre des grâces à Dieu pour le massacre de la Saint- Bartbélemi. \jà. Ligue obtint son approbation , et fut ensuite favorisée par Sixte-Quint, vieillard sanguinaire et dissimulé , qui comparait l'assassinat commis par Jacques Clément à Vincarnation du Verbe y a la résurrection de Jésus- Christ 11 estimait d'ailleurs Henri IV et la reine Elisabeth. S'il les excommuniait de tems en tems, chez lui c'était affaire de forme, et comme on dit, style de notaire. Il n'excommuniait pas, mais il méprisait beaucoup Philippe II, qui le lui rendait. Tous deux pouvaient avoir raison , vu leur extrême ressemblance.
Grégoire XIV, qui ne régna que dix mois, eut le tems d'excommunier et de combattre Henri IV. Clément VIII, après de longues difficultés, se vit contraint de l'absoudre et de le reconnaître pour roi de France. Pithou publia son livre sur les libertés de l'église gallicane. VÉdit de Nantes^ qui assurait en France les droits civils des protestons, fut un nouvel échec pour le Saint-Siège,
qui, durant l'espace de soixanle ans, avait déjà perdu, par des révolations successives, unemciîtié de rAllemagne,rAngleteiTe, la Suède et b Hollande. Qu'est devenue cette cour de Robm autrefois si impérieuse? craignant de heurter les grinces qui voulaient bien lui rester fidèles, côr*conspecte envers la France, souple envers la maison d'Autriche, et surtout envers la branche espagnole; tremblante au nom de Philippe II, qu'elle détestait; orgueilleuse enooi^au milieu des ruines, et réduite à feindre une autorité qu'elle n'avait plus, elle perfectionne l'art d'obéir pour conserver l'air de commander.
lies papes du dix-septième siècle eurent peu d'influence; et, quand ils en eurent, elle fut malheureuse : telle fut celle que Paul V exerça sur les catholiques d'Angleterre du tems du roi Jac^ ques l^*". Urbain VIII voulut s'entremettre dans les démêlés de la France et de l'Espagne ; mais il fut réprimé par le cardinal de Richelieu , qui aimait à gouverner seul. Innocent X accabla le faible duc de Parme ; et ce prêtre , en faisant raser Cas^ tro, perpétua par un monument le souvenir de sa cruauté. Mais il parut ridicule quand il refusa de reconnaître Jean de Bragance pour roi de Portugal; il fut ridicule et odieux lorsque, improuvant les traités de Munster et d'Osnabruck, il prétendit empédier la pacification de l'Europe.
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A lui commence rinlerminable affaire du Jansé* nisme : il condamna les cinq propositions; et son successeur^ Alexandre VII, ordonna de signer le trop célèbre formulaire. De tout cela qu'est- il resté? les Lettres provinciales ; et il fallait bien que ce livre fut un chef-d'œuvre pour survivre à des querelles aussi absurdes. ]£iles se prolongèrent pourtant jusqu'au milieu du dernier siècle ; mais , comme l'auteur l'observe avec non moins de justesse que d'énergie , « elles devinrent tellement a ignobles , qu'à vaincre et même à succomber il « n'y avait plus que du déshonneur. »
Malgré ses confesseurs jésuites , Louis XIV ne poussa jamais la dévotion jusqu'à de molles complaisances pour la cour de Rome. Lorsque son ambassadeur Créqui fut insulté par la garde pontificale, il fallut que le cardinal Chigi, neveu d'Alexandre VII, vint faire à Versailles, au nom du pape, une réparation solennelle: Louis ne res-titua qu'à cette condition le comtat d'Avignon, dont il s'était emparé. Ses troupes l'occupèrent une seconde fois , lorsque , dans l'affaire desfranr chisesy Innocent XI osa résister à Ix>uis XIV, qui peut-être avait tort dans cette circonstance. Rien de plus raisonnable au contraire que l'édit rendu sur le droit de régale, quelques années auparavant. Deux évéques firent entendre des réclamations; mais le clergé de France adhéra pleineipieat à l'édit; et,
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dans rassemblée de 1682, Bossuet fit adopter ces quatre fameux articles : que la puissance ecclisias^ tique ne s^ étend point sur le temfwrel des rois; que le concile général est supérieur au pape ; que le jugement du pape ^ en matière de foi, n*esi Une règle infaillible qu* après le consentement de V Église ; que les coutumes et les lois reçues dans V Église gallicane doivent être maintenues. Ces articles déplurent à Rome: on le conçoit ; mais qu'au mépris d'une ordonnance les jésuites français se soient constamment dispensés de les enseigner dans leurs écoles ; que même y par les intrigues d'une partie du clergé , la défense des quatre ar* ticles, faite par Bossuet, n'ait pu être imprimée que vingt-cinq ans après sa mort : voilà ce qui a lieu d'étonner. Ces quatre articles étaient-ils donc si terribles? Contenaient-ils autre cliose qu'une doctrine fort répandue en France, et déjà depuis plusieurs siècles ? Ne laissaient-ils pas au souverain pontife plus d'un droit qu'on aurait pu cesser de reconnaître? Certes, à moins d'avoir d'étranges préjugés, ou de s'en faire par malveillance, ce qui est pire, on ne saurait y voir, en les relisant aujourd'hui y que l'esprit religieux de l'assemblée dont ils émanaient, et la modération du prince qui voulait bien s'en contenter.
Le premier pape du dix-huitième siècle. Clément XI, est surtout connu par cette bulle Uni-
genitus j qui éleva parmi nous de si longs orages. C'est après dix*sept ans de refus que les parlemens de France se virent contraints de l'accepter, grâce à la toute-puissance du cardinal de Fleury; mais ils furent plus heureux dans leur résistance, lorsqu'il plut au fanatique Benoit XIII de canoniser Grégoire Vil, que deux papes avaient déjà béatifié : la France pensa comme les parlemens, et l'Europe entière comme ia France. On sentit partout qu'Hildebrand pouvait être le patron des papes, mais que ni les rois ni les peuples ne pouvaient chanter son office. Hildebrand ne fut un saint qu'en Italie. Après Clément XII, qui eut des vertus pontificales, vint le célèbre Lambertini, Benoît XIV. Le brillant portrait qu'en fait l'auteur mérite d'être cité tout entier. « Il montait <c sur la chaire de saint Pierre en même tems que a Frédéric II sur le trône de Prusse; et ils ont été, «c durant dix-huit ans, les deux monarques de TEu- « rope les plus distingués par leurs qualités perce sonnelles. Frédéric, tout séparé qu'il était de la <c communion du Saint-Siège, ofirait à Benoît XIV ce des témoignages d'estime qui les honorent Tun « et l'autre. Lambertini inspira les mêmes sentice mens à la schismatique Elisabeth Petrowna, im- «pératrice de Russie; et les Anglais, attirés à « Rome par la renommée de ce pontife autant « que par le goût des arts, dont il était le protec-
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« teur , le loaaieot ^vec euibousiasme quand ib « voulaient le peindre avec vérilé. Son espril aict niable et ses uKeurs douces obtenaient d'autant et plus d'éloges qu'il savait allier les talens et 'les « grftees de son siècle aux vertus austères de son « état et à la [U^tique de tous les devoirs reHgieiiz. « BenoU XIV avait réconcilié l'Europe à la paît pauté. On ne pouvait, en le voyant, se souvenir « de Grégoire YII , ni d'Alexandre YI , ni même «de Benoît XI IL La tolérance évangélique ntkt- «missajt» au milieu d'un siècle raisonneur, œ « trône pontifical tant ébranlé par l'inquiète aoH « bition de ses devanciers ; et ses successeurs n'aa vaient besoin que de lui ressembler pour ga- « rantir leurs jouissances temporelles par les « bienfaits de leur ministre pastoral, d
Comme il faut des contrastes, après Benoît XIV vint Clément XIII. C'était un Vénitien fanatique et borné, qui prenait pour du caractère un entêtement incprable. Attaché aux jésuites avec la ferveur du plus candide novice, il parut moins leur protecteur que leur agent subalterne. U ialhit qu'en Portugal le jésuite Malagrida, qui pouvait être justement condamné, comme assassin, par les tribiuiaux séculiers, fut injustement condam-* né, coDume faux prophète, par le tribunal de linquisition. Des réformes utiles et conformes à l'esprit du siècle se faisaient dans les états du duc
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de Parme : Clément lança contre lui les foudres éteints du Vatican. Toutes les rigueurs de la bulle in Cœnd Domini furent appliquées aux ministre^ de Ferdinand ; mais cette farce usée n'était plus un épouvantail. La cause du duc de Parme devint celle de tous les monarques, de tous les gouvernemens : l'Autriche , l'Espagne , Venise , réclamèrent les droits du pouvoir civil ; le roi de Naples saisit Bénévent et Ponte-Corvo; les troupes du roi de France occupèrent de nouveau le Comtat- Venaissin; un cri universel de réprobation s'éleva contre les j^uites. Le pape était sourd, excepté pour eux. Enfin le sage et vertueux Ganganelli mit un terme à tant de scandales. La raison se fit entendre à Rome, ainsi qu'aux jours de Lambertini. On cessa d'y publier chaque jeudi saint la bulle absurde de Paul III; et, si Clément XIII s'était brouillé avec l'Europe en faveur des jésuites. Clément XIV, égal à son siècle, et d'accord avec l'Europe, s'empressa de détruire une société ambitieuse, qui, depuis sa naissance, mé^ lant les crimes éclatans ^ux sourdes intrigues, trahissait les rois, agitait les peuples, compromettait les souverains pontifes , et ne servait bien que les jésuites.
Là finit la partie historique. Les considérations générales sont courtes; il faut les lire da»s l'ouvrage même : toute analyse les affaildîraît. L'au-
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teur y montre , comme partout , sagesse et circonspection. Peut-être, il y a quarante années, quand les livres philosophiques produisaient seuk quelque effet sur un public accoutumé à lire, cette circonspection, d'ailleurs si louable, eût-elle paru un peu timide; mais le précepte, confor^ mez'Vous au tems , est très-judicieux. Si le fond des choses doit rester invariable, le ton peut changer, selon l'époque où l'on écrit. I^e demijour est nécessaire aux yeux délicats. Quant à l'exécution littéraire, elle est constamment digne d'éloges ; et nous l'avons souvent fait sentir. Un plan sage, des faits bien choisis et bien coordonnés entre eux, une narration rapide, un style correct, élégant et précis : voilà ce qui distingue cet ouvrage, déjà plein de mérite, et qui doit, en se perfectionnant, atteindre et conserver une place éminente parmi nos livres d'histoire. Aussi vient-il d'obtenir un succès brillant : la première édition en est épuisée, au moment où nous terminons cet extrait; la seconde est prête à paraître. L'auteur se cachera-t-il. encore sous son manteau espagnol ? compose-t-on des écrits de ce genre et de cet ordre, lorsqu'on a étudié à Salamanque ou dans l'université d'Alcala? Ne sera-t-il pas permis de reconnaître un des hommes les plus éclairés et les plus modestes qui aient paru dans nos assemblées politiques, un des esprits les plus éten-
dus qui ornent Tlnstitut de France, un des meilleurs écrivains dont puisse aujourd'hui s'honorer notre littérature ?
Des ouvrages faits dans ces principes concourent aux vues d'un gouvernement aussi éclairé qu'heureux et ferme; et qu'on nous permette de l'observer en finissant : les espérances des ennemis de la raison paraissent déçues. En vain des écrivains périodiques, et d'autres, nous préchentils depuis dix ans tous les préjugés du treizième siècle : hypocrites qui flattent les passions d'un certain parti, pour obtenir des abonnés, ou même des prôneurs; mais hypocrites honteux, qui veulent les profits de l'hypocrisie, et non les ridicules de la crédulité; qui rient tout haut, dans leurs sociétés les moins intimes, des capucinades dont ils remplissent leurs écrits, et qui seraient fort humiliés si on avait l'horrible injustice de leur supposer une conscience. Heureusement ils ne trompent personne, et n'ont d'autres partisans que ceux qui les emploient, dans l'intention de tromper. En attendant, l'intolérance religieuse est détruite. Si la triple tiare se relève un jour, on ne verra plus du moins les couronnes s'abaisser devant elle : l'éclat de la pourpre romaine a semblé pâlir. L'Inquisition ne souillera plus les belles contrées du midi de l'Europe; le monachisme est à peu près aboli : des vœux forcés n'enlèveront plus la
334 PUISSANCfi TEMPOR. DES PAPES, jeune&se aux vneax de la tuture, les femmes an devoirs d'épouse et de mèl«, les homnaeS i la ^aigt des camps, aux travaux de l'agriculture, au pef^ fectionnement des arts. Toutes les institutions du ttofen Age s'écroulent les unes sur les auovs; tnaigré qtfelqwfl t^stacles accidentels, l'eqmt faïUBâia suit M route; on peut ajouter qu'il bâté sa course. 9 est appuvé sur ta force ; et les plans qu'au tàicle philosophique avait osé ooncervotf le génie des lettres, c'est le génie de ta victoàre qm maintenant les adc^e, les exécute et les agrandit