CHAPITRE VI
Tavouent de fort bonne grâce, l'un pour l'autre, et chacun pour soi. Nous sommes bien fâchés de ne pouvoir adopter sur Léonce ni son avis , ni celui de Delphine ; mais , en conscience , il n'y a d'extraordinaire en lui que son amour-propre et son imperturbable personnalité. Il se résigne à tous les sacrifices qu'on lui prodigue; mais il s'abstient d'en faire, tant il se respecte. Tremblant devant les caquets qu'il appelle l'opinion , il se Êche quand Delphine est compromise ; et c'est lui qui la compromet sans cesse. Abusé par des calomnies, il ne l'a point voulue pour épouse; désabusé, il lu veut pour concubine. Bien plus, dans l'église où il vient de voir une victime de l'amour s'arracher au monde pour expier sa faiblesse, dans cette même église, où jadis il forma , devant Delphine au désespoir, un lien qui subsiste encore , il s'efforce d'arracher à celle dont il a causé l'infortune tout ce qu'il lui a laissé : l'honneur et le droit de ne point rougir. Delphine est aussi vaine que Léonce ; mais elle est du moins spirituelle et généreuse; elle réfléchit peu sur sa conduite ; mais sa bonté va plus loin que son imprudence, qui toutefois est excessive: elle comble de bienfaits sa rivale. Cette rivale meurt ; Léonce est libre ; épousera-t-il Delphine ? Non ; ce n'est pas à quoi il songe : c'est le temps de notre révolution ; la guerre vient d'éclater ; les ennemis