‹ Œuvres completes de M. J. Chenier: precedees de notices historiques (volume 4)Chapitre 141 sur 178 · CHAPITRE X. 3oi · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. 3oi

lans la partie essentielle delà tragédie , clans lart l'émouvoir, c'est un véritable modèle, que le ûècle qui commence, et qui se félicite de le posséder encore, présente à la postérité.

Il y a dix-sept ans, M. Ârnault, très jeune alors, ûi représenter sa première tragédie de Marias à ntintume. Le caractère fortement tracé du héros, des traits énergiques , la belle scène du Cimbre , la simplicité de l'action, la noblesse élevée du style, assurèrent à l'ouvrage un brillant succès. M. Arnault, l'année suivante, ne craignit point d'essayer un sujet d'une excessive difficulté, celui de Lucrèce. L'auteur a trop étudié son art pour ne pas condamner lui-même aujourd'hui l'amour de Lucrèce pour Sextus; et certes, dans une tragédie pareille, il ne sacrifierait plus à cet esprit de galanterie que Voltaire a signalé tant de fois comme le vice radical de notre ancien théâtre. Le délire simulé de Brutus , sous la tyrannie de Tarquin , porte un caractère biçn autrement tragique. Ce n'était pas une entreprise vulgaire que de peindre ce vieux fondateur de la plus illustre des républiques, cachant tout l'avenir de Rome dans les replis de son âme profonde , et jouissant avec délice d'un avilissement passager qui assure la liberté de sa patrie. Cette conception forte et neuve mérite de rester au théâtre; et M. Arnault ne saurait apporter trop de soins à perfectionner

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Touvrage où il a su l'exécuter. La tragédie de Cincirmatus présente, pour ainsi dire, Tâge d'or de la république romaine; et, ce qui est bien honorable pour l'auteur, cette pièce, où triomphe une liberté sage , qui n'est autre chose que Tempire des bonnes lois, fut composée dans le temps horrible où triomphait parmi nous un despotisme sanguinaire, paré du nom de liberté. Dans Oscar^ l'amour furieux et jaloux , l'amour vraiment tragique, est aux prises avec l'amitié. L'énergie des passions s'y déploie ; et la scène de Dermid et de Fillan est remarquable par des traits du plus beau dialogue. Mais de tous les ouvrages de l'auteur, celui qui a le plus complètement réussi , sans en excepter Marins , c'est la tragédie des Fénitiens. Et comment ne pas rendre justice aux scènes touchantes de Blanche et de Montcassin , aux nobles développemens du rôle de Capello , sur* tout à l'effet d'un cinquième acte , aussi original que tragique! En général M. Arnault cherche toujours et trouve souvent des idées nouvelles; ses compositions lui appartiennent ; son style est nourri de pensées; il est dans la force de l'âge; et ce qu'il a fait garantit ce qu'il est en état de faire encore. Il convient peut-être à des censeurs bassement jaloux de vouloir obscurcir tout succès auquel ils ne sauraient prétendre; mais il est de rhonneur des gens de lettres, il est même de

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