CHAPITRE XI. 3a
£sûsons cette remarque pour les jeunes gens, qui ne Timitent que trop en ce point, le seul où il soit aisé de l'atteindre , et plus aisé de le surpasser. Les maladies, et les chagrins par qui les maladies deviennent incurables,, nous Tont enlevé trop tôt; le sort dont il ne jouissait pas, mais dont il était digne, un sort heureux l'aurait conservé sans doute à l'amitié qui le regrette , et à la scène française qu'il aurait pu long-temps honorer.
Si quelque poète comique devait se croire un nval à craindre pour Colin dllarleville, c'est assurément M. Andrieux; mais il a préféré d'être ou plutôt de rester son ami; car il l'était presque dès l'enfance : il l'a constamment aidé de ses conseils, de ses talens même, au point d'écrire une scène entière de ï Optimiste; et ce n'est pas la moins bien écrite. M. Andrieux, dans son coup d'essai, la petite pièce ai Anaximandre ^ s'était distingué de très-bonne heure par cette diction pure, élégante et facile , qu'il a toujours conservée. Les Étourdis firent sa réputation : ce fut à bien juste titre; et, depuis les Folies amoureuses^ il serait ^eut-être impossible de citer une seule comédie en trois actes qui réunisse, au même degré que les Étourdis^ le charme d'une versification brillante , la gaieté du dialogue , l'originalité des caractères et la piquante variété des situations.
Plus récemment , dans une petite pièce agréable et morale, et lorsque des clameurs violentes s'élevaient contre la philosophie, M. Andrieux s'est honoré lui-même , en sachant honorer la mémoire du philosophe Helvétius. Dans le Souper d*Ayr teuily c'est à Molière qu'il rend hommage : une intrigue légère, mais intéressante, anime la pièce, égayée souvent par les distractions du bon La Fontaine, et par les saillies plaisantes de Lulli. Le ton de cet ouvrage et du précédent et le choix heureux des sujets devraient éclairer quelques auteurs modernes, qui, n'ayant pas étudié les convenances du théâtre, y présentent des écrivains médiocres comme des talens supérieurs, ou, ce qui est pire encore, y travestissent , sans le vouloir, des hommes supérieurs en hommes médiocres, et vont jusqu'à leur prêter l'ignoble esprit des calembours. Dans la comédie en cinq actes intitulée le Trésory M. Andrieux n'a point dégénéré. Une scène de vente a paru surtout fortement comique : elle ne surpasse pas néanmoins la première scène écrite en vers excellens,et l'une des plus belles expositions que puisse ofirir notre théâtre. Les qualités distinctives du talent de M. Andrieux sont la finesse et le badinage élégant. Chez les Grecs, Thalie était à la fois Muse et Grâce: c'est un avis donné aux poètes comiques; et personne ne Ta mieux entendu que M. Andrieux. U