‹ Œuvres completes de M. J. Chenier: precedees de notices historiques (volume 4)Chapitre 154 sur 178 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

ne court point après les détails agréables, mais il les trouve à volonté; toujours plaisant, jamais bouffon; toujours ingénieux, jamais bel-esprit. Il a composé des comédies qui ne sont pas connues encore : on doit souhaiter qu'il les donne bientôt , et qu'il en compose de nouvelles. Il faut des productions telles que les siennes pour maintenir au théâtre la pureté de la langue et du goût. Un digne ami des deux poètes qui viennent de fixer notre attention, M. Picard, les a suivis d'assez près dans la carrière. Vingt-cinq comédies qu'il a fait représenter avant l'âge de quarante ans prouvent son extrême facilité. Toutes ne sont pas d'une égale force ; et l'habitude de composer rapidement peut même avoir influé sur l'exécution du plus grand nombre. Beaucoup ont réussi cependant ; et leur succès n'est point usurpé ; car elles présentent toujours des idées originales, des peintures vraies, des ridicules bien saisis. A la tète de ses comédies en vers nous croyons devoir placer Médiocre et rampant ^ le Mari ambitieux y et surtout les Amis de Collège , pièce moins importante que les deux autres, du moins quant au fond du sujet, mais plus remarquable par le mérite d'une versification soignée. Ses meilleures comédies en prose nous paraissent être le Contrat d'union y Vei Petite faille et les Marionnettes y ouvrage frivole en apparence , mais en effet très-

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philosophique. U faut ajouter à cette liste, déjà considérable, deux petites pièces fort jolies : les Ricochets et M. Musard. Nous l'avons assez fait entendre : en général les vers de l'auteur sont peu travaillés. Dans sa prose même, d'ailleurs si naturelle et si rapide, on voudrait trouver moins rarement de ces mots forts qui dessinent .une scène, ou qui peignent un caractère, et dont Turcaret ofFre le modèle. On pourrait aussi lui reprocher d'aimer trop à faire justice des ridicules subalternes, et d'épargner les classes élevées, chez qui pourtant les ridicules ne sont pas plus rares que les vices. Ce n'était pas la pratique de Molière : il est vrai que son génie n'était resserré par aucune entrave. Au reste , la gaieté , l'invention, l'art d'observer, l'intention prononcée de corriger les mœurs, et le talent difficile de bien développer le but moral sans refroidir la comédie: telles sont les qualités essentielles d'un auteur comique; et M. Picard les réunit. Aujourd'hui donc qu'il voit sa réputation établie et ses talens récompensés, s'il parvient à moins produire en travaillant davantage, on peut lui garantir, sans trop de hardiesse, des succès encore supérieurs à ceux qu'il a justement obtenus.

Nous serons courts en parlant de Demoustier; car nous ne pouvons risquer son éloge. Il a donné trois comédies en vers : jikeste à la campagne ,

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