CHAPITRE XL Sag
le Conciliateur, et les Femmes. La première est complètement oubliée; et Ton n'a plus rien à dire sur cette faible suite du Misanthrope. Les deux dernières, grâce au jeu des acteurs, sont encore écoutées au théâtre, plutôt avec indulgence qu'avec plaisir. On estime l'exposition du Co/zc/liateur; mais une fable obscure et mal tissue, de fades madrigaux, de froides épigrammes, des rôles sans effets , des scènes inutiles , déparent le reste de la pièce. La comédie des Femmes a les mêmes défauts, et mérite des reproches plus graves. Quel est le sujet de cet ouvrage ? Un jeune homme entouré de cinq ou six femmes, qui sont aux petits soins pour lui, qui viennent le regarder dormir, et qui lui font tour à tour de tendres déclarations : son oncle, séducteur de profession, survient, reconnaît deux ou trois femmes qu'il a trompées, et s'explique avec elles en les persiflant. Est-ce bien dans la bonne compagnie que Demoustier avait observé ces mœurs singulières? Quant au style, jamais il n'est naturel, quoiqu'il soit toujours facile, et souvent même beaucoup trop. L'auteur a de l'esprit sans doute, mais rarement celui qu'il faut avoir. Il fait sans cesse des portraits; mais il ne peint pas, il enlumine : heureusement il est le dernier qui ait voulu conserver au théâtre un genre insipide et faux que plusieurs beaux - esprits du dix-hui-
33o .IJTTÉRATURE FRANÇAISE.
tième siècle avaient pris mal à propos pour ia comédie.
Un sujet agréable et des scènes intéressantes ont fait réussir la Belle Fermière y ouvrage de mademoiselle Candeille. Ce n'est pas sans succès que Flins a donné sa Jeune Hôtesse ^ imitée de Goldoni. Cependant , malgré quelques vers bien tournés, on sent que Fauteur français n'a pas toujours assez d'esprit pour le besoin qu'il a d'en montrer. La petite pièce à tiroir qu'il avait donnée au commencement de la révolution, sous le nom du Réveil d^Êpiménide^ était plus ingénieuse et mieux écrite. Chéron, mort préfet de la Vienne, nous a laissé une comédie de caractère , intitulée le Tartufe de mœurs. Quand elle fut représentée, d'abord sous le titre plus modeste de X Homme à sentimens , l'auteur négligea d'avertir que sa pièce était une copie de V École de la médisance^ comédie célèbre de M. Shéridan, et la meilleure qui ait paru en Angleterre depuis Congrève et Fielding. En donnant Paméla, M. François avait cru devoir manifester les obligations qu'il avait à Goldoni; cette fois pourtant la copie était bien supérieure à l'original. Ici M. Shéridan est loin d'être égalé par son copiste : la pièce française est en vers; mais la prose nerveuse et concise <le Tauteur anglais vaut mieux que des vers traînaus et vides. Chéron a supprimé, il est vrai,