TRAGÉDIE DE VOLTAIRE
A.U maître de la scène comique appartient rhonneur d'avoir le premier démasqué Thypocrisie en plein théâtre. Il remporta le prix de son art, Ionqu'il peignit un déuot de place^ ourdissant ses trames obscures dans l'enceinte d'une maison, dans l'intérieur d'une famille; subjuguant le père, cherchant à séduire la femme, à épouser la fille, à faire chasser le fils, à s'emparer des biens de tous. Le scélérat, connu trop tard par son imprudent bienfaiteur, s'arme contre lui de ses propres bienfaits, de ses confidences les plus intimes. C'est peu de vouloir le dépouiller : il court dénoncer au gouvernement, il revient pour traîner en prison celui qui eut pitié de sa détresse, et qui lui donna Thospitalité; mais, par un changement soudain, quand il jouit de son odieux triomphe, il succombe sous l'autorité même dont il se croyait
Tauxiliaire. Rien ne manque à ce tableau admirable. La haute comédie, grâce à Molière, acquit cette fois une importance morale, que, malgré des formes plus imposantes, la tragédie n'avait pas égalée encore, et n'atteignit que long-tems après. Voltaire la lui donna dans Mahomet, le plus beau monument de la poésie dramatique au dix-huitième siècle. A considérer en particulier le personnage principal, combien il était difficile de représenter cet Arabe, sans éducation, sans lumières acquises, mais doué d'un esprit aussi profond qu'audacieux, qui s'élance des derniers rangs de la société, franchit tous les intermédiaires, commence à cinquante ans et remplit en moins de dix années sa carrïère immense; conquérant, roi, législateur, prophète, toujours imposteur et toujours grand, si toutefois un imposteur peut l'être, et dont les institutions, après douze siècles, gouvernent encore une partie de l'Asie, de l'Europe et de l'Afrique ! A prendre le sujet en général, remonter à Tune des sources de la superstition et du fanatisme, faire voir comment les abuseurs des nations j selon le terme de Bossnet, s'emparent de toutes les passions humaines, échauffent le courage des guerriers,. dirigent l'amour et la haine d'une jeunesse ardente, trompent la crédule innocence, oppriment la vertu courageuse qu'ils n'ont pu effrayer ni séduire.
brisent tous les liens de la nature, fascinent les yeux du peuple en accumulant les prestiges , en cat culant des crimes qu'ils font passer pour des miracles; élèvent un pouvoir que chaque forfait rend plus sacré , lèguent enfin aux générations qui les suivent un héritage de mensonges utiles à quelques-uns, et d'erreurs funestes à la multitude: voilà ce qu'il s'agissait de retracer sur la scène tragique. Pour oser concevoir une telle entreprise, mais surtout pour l'exécuter dignement, il fÎEillait être Voltaire , et Voltaire au plus haut degré d'un talent qu'illustraient déjà de nombreux cheÉs-d'œuvre,
Sans pouvoir être mise au rang des plus belles expositions tragiques , l'exposition de Mahomet j à beaucoup d'égards , mérite d'être distinguée. Elle e3t claire , simple , animée , d'une précision remarquable. Le shérif du sénat de la Mecque , Zopire, s'entretient avec le sénateur Phanor. Il oppose aux conseils d'une circonspection timide, souvent décorée du nom de sagesse, cette vertu ferme et toujours égale, trop amie de l'humanité pour n'être pas l'implacable ennemie du mensonge et de l'oppression. Phanor lui représente que la jeune Palmire pourrait devenir le gage de la paix. Elle fut nourrie dans les camps de Mahomet , qui l'a redemandée par ses hérauts, depuis que le sort des derniers combats l'a rendue prisonnière de
Zopire. Mais le Shérif intrépide ne garde à Mahomet que la haine de la guerre ; il sait qu'avec lui conclure la paix, c'est accepter la servitude; il répugne même à lui rendre Palmire, non par un amour honteux à un vieillard , mais par ce tendre intérêt qu'inspirent à un père privé de ses enfans, la beauté, la jeunesse et l'iiïnocence, surtout quand elles sont menacées d'être la proie et la récompense du crime.
Phanor s'éloigne en voyant Palmire approcher ; car elle a demandé à Zopire un entretien secret , comme celui-ci l'annonce lui-même dans les vers qui terminent la première scène. Mais quelle douleur pour lui d'entendre sa captive lui rappeler qu'elle est réclamée par Mahomet, et solliciter son prochain retour dans les camps qui furent sa patrie 1 En l'accueillant par des expressions affectueuses , Zopire exhale son indignation contre l'imposteur. La timide et naïve Palmire ne dissimule pas l'horreur que lui inspire un discours si nouveau pour elle. Cette horreur naissante est un premier germe, qui produira des fruits de mort.
Les spectateurs sont préparés de loin à la terrible catastrophe. Plus Mahomet est révéré par la crédule Palmire , plus Zopire la trouve injuste pour lui-même, et plus il la plaint, la chérit : fidèle peinture d'un cœur généreux, et l'une de ces beautés qui échappent à la multitude, mais qu'il faut
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pourtant savoir sfèntir lorsqu'on veut apprécier de tels ouvrages. Lé vieillard refuse de remplir 1«* vàeux imprudens de sa captive, quand Phànor, reparaissant tout -à -coup, anuotice qtt*Oîhar s'est présenté à Tune des portes de la ville , }t glaive et l'olivier dans leà itiiiiM , qu'il est huéme entré dattis la Mecque , et que Séide Taccompigue. A et ïiom , Palmiré est ranimée par l'espérance. Une courte exclamation , le nom de Séide répété par elle , apprennent ce qui àe passe dans Son coeur : dh né parle point de son amour ; ignoré de Zopîre, il est su des spectateurs; et, pour les mstntire , uù mot a suffi : tel est Fart chez les grands poètes.
L'entretien d*Omar et de Zopirè termine a^ec éclat le premier acte. Le Shérif ttést point sédt^it p9St le double ènthousiaisme d'un sèctaii^e et d'un aiVibitieirx qui veut acquérir k son maîtï^e un nouveau complice. Ni les louanges prodiguées au conqtférant prophète , ni l'étalage de s6n pouvoir, ni l'offre d'y participer, he peuvent ébi^anler cette âme inflexible dans la vertu. L'atiteui^ fait parler Omar avec une éloquence exaltée , pompeuse^ et qu'embelHsseht les formes les plus hautes du style oriental. Une énergie pressante anrme les réponses de Zopire. Vainement Omar lui anrifàttce que Mahortiet veut le voir et lui parler : ce qui promet au spectateur» une nouvelle seène, que
celle-ci rend très- difficile; Zôpire ne veut accorder à Mahomet ni la paix , ni l'entrée de la Mecqiie. Mais il n'est pas le seul maître ; et le sénat doit décider : Omar et Zopire y Courent ensenbfble. Les premiers fils sont tissus ; l'action marche; la curiosité, vivement excitée, attend aveô impatience et le personnage principal , èl les événemens qui vont suivre.
Séide et Palmire ouvrent le second acte. Ils sfè racontent leurs peines muttielles durant vitie longue absence, et font éclater leur joie de se voir enfin rendus l'un à l'autre. C'est le langage de l'amour, mais d'un amour naïf et tendre; et vous ne trouverez dans tout ce qu'ils disent aucune des fadeurs qui trop souvent déparent les chefs-d'oiuvre même de la tragédie fi[*ançaise. Obsefvé2 à quel point les refus de Zopire ont aigri Sa jeune prisonnière, et combien Séide est indigné de lés apprendre. Ainsi s'accroît pour Mahomet leur attachement fanatique. Ils voient dans Zopire un persécuteur, et c'est de l'envoyé de Drerr tju'ib attendent leur délivratice. Ces sentimèns sont marqués avec force , et placés à la fin de la seène, où ils ressortent d'autant plus, qu'ils se lient à la Sôène suivante. Omar les anime encore, en venant annon^ cer à Séidé et à Palmire son double triomphe sur Zopire auprès du sénat et auprès du peuple , rentrée de Mahomet dans les murs de la Mecque, et
la publication de la trêve. Le récit est nerveux et rapide. Omar, imposant jusque-là , rentre dans la foule des disciples aussitôt qu'a paru son maître. Mahomet, environné de ses guerriers ''d'élite, leur parie avec l'autorité d'un roi , d'un vainqueur, d'un homme inspiré. Il les loue en peu de mots, et les envoie prêcher le glaive à la main. Son étonnement à la vue de Séide, qui a prévenu ses ordres en se rendant comme otage dans le palais de Zopire, et le reproche qu'il lui fait de ne s'être pas borné à les attendre , annoncent un sentiment jaloux, qu'irrite encore l'empressement de Palmire à excuser l'impatience de Séide. Mahomet commande au jeune homme de rejoindre les autres guerriers; mais il adoucit ce ton sévère quand il s'adresse à Pal^ûre; et déjà l'amant se laisse entre^ voir dans le langage du prophète et du protecteur. Resté seul avec Omar, il dévoile ses secrets : il aime Palmii*e. £t Patmire est aimée de Séide! Elle semble même répondre à cet amour ! Ce n'est pas leur crime unique : tous deux doivent le jour à Zopire. Hercide les remit dans leur enfance aux mains de Mahomet. Voilà ce que des censeurs plus malveiUans qu'éclairés ont trouvé fort invraisemblable : mais quelle invraisemblance y a-t-il à présenter sur la scène ce qui est arrivé cent fois dans les tems de guerre ? Ce n'est pas d'ailleurs un incident de la pièce : c est ce qu ou appelle un fait
antécédent. Ce qui fonde l'action dans les deux chefs-d'œuvre de la scène antique et de la scène moderne, l'OEdipe-roi et Athalie, est bien autrement difficile à croire. Je ne prétends pas en faire un sujet de blâme; je m'appuie au contraire sur de grandes autorités pour rejeter, avec le mépris qu'il mérite, ce reproche banal d'invraisemblance, tant prodigué par des hommes qui prononcent sur les pièces de théâtre, sans avoir aucune idée de l'art dramatique.
Mahomet attend Zopire, et, sitôt qu'il le voit paraître, il charge Omar de soins utiles pour la garde du palais, et lui recommande de revenir bientôt, afin de prendre les résolutions que cette entrevue rendra convenables. Ici commence une scène fameuse , où Voltaire a déployé toutes les ressources de son génie. Zopire, en arrivant, témoigne ses regrets d'être obligé de recevoir Vennemi du monde. Aux motifs allégués par Omar, Mahomet ajoute des motifs , sinon plus forts , du moins plus spécieux. Ce n'est point à l'ambition de Zopire, c'est à sa raison qu'il parle; et , se dépouillant , pour ainsi dire, de son manteau de prophète, c'est en homme, en politique, en législateur qu'il lui développe ses projets pour agrandir le peuple arabe. Mais en vain réclame -t -il les droits d'un esprit vaste sur l'imagination du vulgaire , et ce besoin général d'erreur et de servi-
jUide, vieille calomnie intentée contre le genre hujnain par ceux il qui le mensongpe ^et la tyrannie sont nécessaii*es; et l'intérêt, idole puissante, à laquelle on croit que tout le monde sacrifie, quand soi-même on lui sacrifie tout : Zopire demeure imqauable , et ne ^et poii^t son intérêt en balance av^ l'équité. Quel lien d'ailleurs peut réunir deux ennemis dont la haine est si bien fondée ? Le fils de Mahomet lui fiit ravi par Zopire; les enfans de Zopire sont tombés sous le fer de Mahomet. C'est ce que dit le vieillard lui-même; et ici , par une transition savante , le poète donne ^ la scène un essor plus rapide , un ton plus tragique. C'est au nom même des enfans de Zopire q^e Mahomet le presse: ils vivent; ib lui seront rendus s'il tombe aux pieds du prophète ; et Mahomet deviendra son gendre. Étrange avantage de l'imposteur , qui prend dans les sentimens les plus saints, par conséquent dans la vertu, de quoi la combattre! Mais elle triomphe. En apprenant mie si faible partie du secret, Zopire est ému, transporté de joie; ses larmes coulent; et déjà, dans ses discours, l'accent paternel résonne avec une force qui plus tard sera déchirante. Et pourtant son devoir est .inexorable : plutôt que de contribuer à l'esclavage de sa patrie , il immolerait ses propres enfans : tel est son terrible adieu. La Harpe, dans sou Cours de LittératufVy rend
^ae justice complète à cettie ^cèqe , .et 1^ trouve j^ l^elle,.que, selon son usage, il la tirçua/sçrit presque toi^te entière. A l'avis de J.-J. Roussjeau, U nfiti est aucune au théâtre çù ,/a tymin d'i4n grand ^nattre soit plus sensiblement empreinte. ,CeJt éloquent philosophe observe encoi;e que^ par rh«al^leté du poète , l<e sacré parççtèrfi de 1^ veru^ remporte sur VUévatiqi^ du génie. La ^qmarque 9 ,4e la profondeur; €;t c'^^t ^yoir hien saisi le vé- FÎtable esprit d'une scène où l^homet toutefois .est si imposant; .m^is, à cet ég^d, l'intention de l'auteur est trop souvent négligée quan4 (Om joue la pièce : peu de Zopires savent atteindre à leur place; et Mahomet l'emporte, au moin^ par le bruit. Rousseau fait sur cet;te mé^ie §cène , comparée à celle d'Omar et d^ Zopîre , ivie autre observation très-iraportaxite. Voici ^es termes : « Je a me souviens d'avoir ,trpuvé daps Opfiar plus de a chaleur et d'élévajtiqn que ^^àXi% Mahomet ^vûtf même, et je prenais ce;la pour up défaut; ep y a pensant mieux j'^^ chfngé .d'ppinion. Omar, a emporté par <3ion &natisme,,i;ie ^fl^it pajrler de <c son maître qu'avec cet enthousiasme de zèle qt « d'admiration q\ii l'élève ^u-de^su? 4e J'hum^- « nité; mais Mahomet n'e^ pas (fanatique; c'est (c un fourbe qui, sachant bien qu'il n'est pas quesa tion de faire l'inspiré vis-à-vi3 de 2k)pire, chcpr- « x;tie à Je gagner par une coi;ifiance affect^ ,et
a par des motifs d'ambition. Ce ton de raison (c doit le rendre moins brillant qu'Omar, par cela « même qu'il est plus grand, et qu'il sait mieux « discerner les hommes, n T^a Harpe combat tout ce passage; il affirme d'abord qu'il y a plus de chaleur et d'élévation dans les discours de Mahomet que dans ceux d'Omar; et, confondant des qualités fort distinctes, il cite des pensées profondes, des vers d'une grande portée, sans rien prouver d'ailleurs contre l'opinion de Rousseau, qui se connaissait assez bien en style, et qu'il n'aurait pas dû traiter si magistralement. La Harpe, en second lieu , nie qu'Omar soit fanatique , puisqu'il est fourbe aussi bien que son maître ; mais l'un n'empêche pas l'autre; et le censeur pourrait bien n'avoir pas compris ce qu'il croit avoir réfiité. Certes Rousseau n'a pas prétendu qu'Omar fut sincère et fanatique à la manière de Séide. Omar invite Zopire à régner avec Mahomet et lui. fjû peuple , lui dit-il , est né pour les grands hommes , pour adorer ^ pour croire. Voilà le fourbe, et même le fourbe se démasquant; mais Omar est fier d'avoir Mahomet pour maître; et ce maître, selon lui, doit changer F univers. Voilà le fanatique. On le retrouverait en des tirades entières, s'il n'était pas superflu de citer ce que tout le monde sait par cœur. Au reste, il ne faut pas croire que la fs^iblesse d'esprit et l'extrême cré-
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dulité soient inséparables du fanatisme : on y est déjà livré lorsqu'on se laisse subjuguer par un caractère supérieur. Avec beaucoup de lumières, Jérôme de Prague était fanatique de Jean Hus; Mélancbton, de Luther; Théodore de Bèze, de Calvin ; dans un autre ordre de choses , Antoine l'était de Jules-César; Ireton, d'Olivier Cromwel. Les personnages extraordinaires qui, tour à tour, fondèrent leurs hautes destinées sur d'éclatans prestiges, eurent toujours à leur disposition deux espèces de fanatiques : les Séides , qui croient obéir aux ordres de Dieu , que leur transmet un homme; et les Omars, qui servent aveuglément un homme dont ils ont fait leur dieu. Voilà ce que n'a point aperçu La Harpe, ce que sentait Rousseau, ce qu'avait peint Voltaire ; et, s'il n'eût montré ces deux fanatismes marchant diversement au même but, le poète n'eût pas complété son grand tableau.
Poursuivons. Omar reparaît au départ de Zopire, et vienl annoncer à Mahomet des dangers pressans. Quoique admis dans la ville , Mahomet est proscrit par la moitié des sénateurs. Demain Zopire est maître, et doit le faire périr. Zopire périra lui-même : telle est la résolution de Mahomet. Cependant, comme il veut plaire à la multitude , toute méprisable qu'elle est , il a besoin d'un agent docile, qui lui laisse le fruit du meurtre.
et qui en d^meur^ vespws^i^le : ce nesi pas Uii, c/esjt Omar qui &it choix de Séide. Et pourquoi du fil^ de Zopire? e$t-çe comme dans Airée, pour imaginer moie h<^tTeur de plus? pour le plaisir d'ordonné uo parricide? noQ. Séide, ôstage de Zopire, peut seul Taborder en secret; Séide, le plus jeune, le plus ajrdeut, le pUis crédule des sectaires , peut seul immoler la victime, en e^ persuadant qu'il est le vengeur de Dieu. Mahomet aendUe babncer. Il hait dans Zopire un adversaire implacable , et dans Séide un rival aimé. U faut Aes perdre tous deui:; mais Tun est père, l'autre est /rèce de Palmire. Mahomet quitte la scène sans pre9dre un parti décisif; il veut consulter à loisir son intérêt, sa haine, et cet amour dont il rougit; mais les terribles mots de religion, de nécessité , qu'il fait retentir les derniers, laissent préjuger ce qu'il décidera.>Observez qu'ici, comme dans toute la pièce, le poète e84; loin d'accumuler les détails odieux , à la manière des tragiques anglais. Il se permet bien moins encore de peindre un capitan du crime, et de lui &ire développer pompeusement des théories d'extravagance autant que d'immoralité. Du reste nulle enflni:e et nulle trivialité , dans les termes. Les tyrans, chez Voltaire, ressemblent eu un point au Tibère de Tacite. Ils conçoivent, ils exécutent des projets iufân^es; m^ ils s'expriment noblement; ils savent
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que çaiis Topialoo publique àuicuae puissance n'/est Curable , et, ppiv* imposer à l'opinion , laissant aux jesclaves ce qui est Siervile, ^et conservant 1^ (ormes de l'empire, ils sopt coupables sans Ijias^esse, et scélérats avec majesté.
4u commencemept de l'acte suivant , P^lj^irfi îf^erroge et presse Séide. Quel sang va couier? i^^elle victime demande le ciel? 1^ réponse de Ç^ide est loin de la ra^siirer. Il y^ préte^ ei^e les malins d'Omar le sermeQt de mourir, s'il le 1^, pour la loi de Dieu ; le reste est encore un mystère. Mais on parle des projets de Zopire , on dit qu'il s'agite ; et Palmire craîj^t tout de lui. Séîde exprime avec candeur l'émotion qu'il a éprouvée lorsqu'il s'est présenté comme otage à ce vieillard qu'il bait , et qu'il voudrait pouvoir aimer- Palmire, qui partage tous les sentimens de Séide 9 avoue qu'elle n'oserait accuser Zopire sans le respect religieux qu'elle a pour Mabomet. Ces mots raniment Séide; et, dans l'espoir d'être uni bientôt à elle par les mains du pontife roi, il la quitte pour aller prêter le serment fatal. L'abandon de deux âmes ii^nocentes est bien peint d^uis celte scène ; et le^rs mouvemens divers échauffent l'action. Palmir;e, démesurée seule, est toi4;te entière à son inquiétude : occupée du péril de Séide, elle redoute Zopire, elle appréhende jusqu'à Mahoi^et; et, qiiand le p^opljiète s'^v^nce ,
elle court à lui, le nom de Séide sur les lèvres. Quoique Mahomet, à ce nom, soit troublé pour la première fois y ainsi que Palmire Tobserve ellemême ; quoiqu'il ait peine ^ cacher son courronx , elle n'a qu'une pensée; et, par un transport involontaire, elle nomme à chaque instant Séide; mais elle garantit qu'il sera docile ; et Fimposteur est satisfait , si Tamant est offensé. Ici nous n'oublierons pas que de nombreux censeurs ont blâmé l'amour de Mahomet, comme indigne d'un tel personnage ; mais eux - mêmes oubliaient sans doute qu'il ne faut pas confondre le législateur arabe avec les héros austères de l'ancienne Rome; qu'en disant, F amour est ma récompense ^ V objet de mes tras^aux, il parle conformément à son caractère historique, à sa législation sacrée; que, par un dogme exprès du Roran, l'amour est l'objet des travaux de tout musulman fidèle, et sa récompense jusque dans la Vie à venir. Les critiques auraient toutefois raison si l'amour de Mahomet l'arrêtait dans sa marche; mais certes, il n'en est pas ainsi, puisque celle qu'il aime et son rival aimé sont précisément ceux qu'il fait agir pour consommer la ruine de son plus redoutable adversaire. On pourrait se plaindre encore, si Mahomet s'exprimait en héros de roman , comme ont fait souvent sur notre scène et desconquéranset de vieux monarques; mais Voltaire n'avait garde de
tomber dans ce faux goût, qu'il avait tant coudamné après le judicieux Despréaux. Ici nulle déclaration d'amour : le spectateur sait la raison du trouble de Mahomet ; Palmire l'ignore jusqu'au cinquième acte. C'est là seulement que l'imposteur lui découvre ses projets sur elle; mais alors il s'explique en maître; et nous verrons s'il attiédit l'effet tragique.
Dès que Palmire est sortie pour aller exciter le zèle de Séide , Mahomet s'affermit dans ses desseins de vengeance contre une famille qui l'outrage. Omar, agent fidèle et prompt, vient annoncer à son maître que Séide est enchaîné par les sermens, par la religion, par l'amour; il ne reste plus qu'à lui nommer la victime ; Séide est prêt à la frapper. Cette nuit , en ce lieu même , Zopire doit invoquer ses dieux ; cette nuit il faut qu'il périsse. Ainsi parle Omar : Mahomet l'approuve ; et Séide paraît
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