‹ Œuvres completes de M. J. Chenier: precedees de notices historiques (volume 4)Chapitre 97 sur 178 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

un homme de la chair blanche : à quoi Sinaghan , qui est très-magnanime , répondit : Puisque tu as été sincère, je ne te couperai pas le nez et les oreilles. Or, cet homme de la chair blanche se nommait Lopes : c'est le père d'Atala : c'est aussi le père de Chaclas* Tous deux se féhcitent d'être firère et sœur: Chactas n'en est que plus ardent; la chrétienne et pieuse Atala , loin d'être effarouchée de ce changement d'état , n'opposait plus qu'une faible résistance; mais un orage survient à propos; et les amans sont rencontrés par le père Aubri et son chien. Ce père Aubri est un missionnaire , qui habite au milieu de quelques sau-* vages convertis par ses prédications. Il est le clief de la prière; il est aussi X homme des anciens jours; il est de plus le vieux génie de la mon-' tagne; il est encore le serviteur du grand esprit; il n'en est pas moins Yhomme du rocher. Il emmène chez lui Chactas et Atala, leur donne à souper, à coucher, et le lendemain leur dit là messe : de quoi Chactas est fort ému , quoiqu'il juge à propos de rester païen. Quelques jours s'écoulent à peine , lorsqu'il survient une catas* trophe, assurément très-imprévue. Atala, d'après un ancien vœu de sa mère , se croit condamnée à rester vierge : en conséquence, elle s'empoisonne. Le père Aubri eût tout arrangé , s'il eût été informé à temps, comme il a soin de l'observer

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lui-même. Faute de cette précaution , il ne peut que confesser Atala mourante, qui voit avec joie sa virginité dévorer sa vie. Elle regrette pourtant de n'être point à Chactas. Quelquefois j'aurais voulu, lui dit-elle, que la divinité se fût anéémtie, pourvu que y serrée dans tes bras, /eusse roulé d^abime en abime avec les débris de Dieu et du monde. Le récit des funérailles vient ensuite ; enfin Fauteur se met lui-même en scène dans ce qu'il nomme un épilogue. Il trouve cette histoire parfaitement belle ; car le Siminole , qui la lui conta , y mit la fleur du désert et la grâce de la cabane. Il est temps de s'arrêter : nous ne voulons pas déterminer avec une justesse rigoureuse le genre d'imagination dont cet ouvrage offre les symp* tomes; mais nous avons peine à concevoir ce qu'il peut y avoir de moral dans un amour charnel et sauvage, auquel la religion vient mêler des sacremens très -graves, dont le mariage ne £àit point partie ; quel intérêt peut résulter d'une £Bd>le incohérente, où des événemens, qui restent vulgaires en dépit des formes les plus bizarres, ne sont ni amenés, ni motivés, ni liés entre eux, ni suspendus par aucun obstacle. Quant aux détails , on y sent l'affectation marquée d'imiter l'auteur de Paul et Virginie; mais, pour lui ressembler, il faudrait, comme lui, décrire et peindre. Des noms accumulés de fleuves , d'animaux , d'ar-

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