‹ Œuvres completes de M. J. Chenier: precedees de notices historiquesChapitre 116 sur 266 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Des murs de Romulus les seconds fondateurs, • Sous le vain nom du peuple agissant pour eux-méme, N'ont-ils fait qu'usurper l'autorité suprême ? Ne sont-ils à tes yeux que de nouveaux tyrans , Successeurs de nos rois sous des noms différens ? Ah! du peuple romain que l'intérêt t'anime, Mais n'exagère pas un sentiment sublime ; Écarte ce nuage étendu sur tes yeux.

Et ces sombres chagrins d'un cœur ambitieux.

Je te vois entouré de gloire et de puissance. Tant d'honneurs ol)tenus au sortir de l'enfance De ton frère lui-même auraient comblé les vœux : Chacun te porte envie, et tu n'es point heureux !

GRAGCUUS. .r^

Non, je ne le suis point, lorsque la république - ' ^

Voit, sans briser le joug, un sénat despotique

Au gré de son caprice aAéantir nos lois.

Et donner aux Romains des tribuns de son choix.

Par combien de bassesse et de vils artifices

N'a-t-il pas triomphé dans nos derniers comices !

Pour la troisième fois les vœux des citoyena •

Allaient nommer Caîus au rang de leurs soutiens;

Mais le sénat, lassé d'un tribun populaire,

A séduit l'indigence avide et mercenaire ;

Par l'or des sénateurs Drusus est élevé

A ce rang glorieux qui m'était réservé.

Chaque jour, chaque instant accroît leur injustice.

Hier Opimius faisait un sacrifice ;

Quiatus , iiâ des licteurs , n'a pas craint d'û A ceux qui sur mes pas veqaient s'y présenter. Le peuple est implacable au moment qu'on l'offense ; Quinlus a de ses jours payé son insolence.

Le consul , aussitôt convoquant le sénat , Croit qu'un tel châtiment va renverser l'État On dirait, à l'aspect de sa crainte frivcJe, Que Brennus est encore au pied du Gapîlole ; Et tous les sénateurs, qu'Opimius conduit , Sont pour ce grand objet rassemblés cette nuit. Ils ne m'abusent point par ces grossières feintes : Je crois à leur vengeance, et non pas à leurs craintes. Ces tyrans de la terre, au sang accoutumés.

Du meurtre d'un licteur ne sont pas alarmés : ^Us le sonjt de mes lois ; leur insolente rage De mon frère et de moi veut détruire l'ouvrage : Contre la liberté tout sembfe conspirer; Mais , puisqu'il est des Dieux , j'ose encore espérer.

LICIlirA.

Us ont abandonné votre malheurei|x frère.

Malgré taftt de vertus, le sort lui fiit contraine; Et contre le sénat son imprudent effort...

GRACCHUS

Achève, ne crains rien , rappelle-moi sa mort.

LICINl A.

Hélas !

GRACCHUS

RappeUe-moi ce jour où leur furie

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