‹ Œuvres completes de M. J. Chenier: precedees de notices historiquesChapitre 137 sur 266 · ACTE III, SCÈNE IL aoS · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IL aoS

En plaignant ses erreurs je respecte sa gloire : Mais toi, qui parmi nous tiens sa place aujourd'hui, Instruit par ses revers , sois plus sage que lui. Il en est temps encor, cherche à te mieux connaître; Vois qu^l est ton destin , vois quel y pouvait être. La tribune est ici le chemin déshonneurs; Mais , loin de les aigrir., il &ut gagner les cœurs. Tu pouvais obtenir la pourpre consulaire.

Transmettre à tes enfaùs un raoig héréditaire , Et, porté par la gloire au milieu du sénat.

Être un des protecteurs de Rome et de l'Etat. Oses-tu proférer à ces grands avantages Quelques brillans succès mêlés de tant d'orages, Les applaudissemens des plébéiens flattés , Et le nom trop fameux d'un chef de révoltés ?. Oui , d'un reproche amer excuse l'énergie : . Rougis en contemplant ta longue léthargie :

Éveille-toi , Caîus , et regarde avec moi Quels sont les. partisans d'un Romain tel que toi : Un ramas d'indigens et de vils prolétaires , Dont les grands par pitié se'soBt faits tributaires, Et qui , dans le forum ligués contre les grands , Comblés de nos bienfaits , nous appellent tyrans ; Voilà ceux dont Caius est le fls^tteur docile. Ah! ce n'était point là le parti de Camille; Et les deux Scipions , tes illustres aieux , N'étaient point protégés par quelques fiictieux ! Descendant des héros, choisis-les pour modèles;

2o6 CAIUS GRACGHUS.

Laisse là des amis légers et peu fidèles ; Range-toi du parti de nos antiques lois , Et gouverne avec nous les peuples et les rois.

GRACC&DS*

Consul , est-ce à Graochus que ce discours s'adresse? Crois-tu qu'à ton projet le peuple s'intéresse? Taurais été surpris qu'un membre dû smat Eût daigné s'occuper du bien de tout l'État.

Mais c'est moi qui m'abuse, et ton humeur altière Voit dans les .sénateurs la r^ublique entière; Le reste des humains disparaît à tes yeuxv Et tous les plébéiens sont des séditieux.

Toi , dont l'orgueil barbare insulta au misérable , Pour être infortuné crois-tu qu'-on soit coupable? La pauvreté du peuple exdut^elle ses droits?

S'il est des indigène, c'est la faute des^-lois; C'est votre avidité qui fait leur indigence; C'est vous qui séduisez leur docile ignorance; • C'est vous, patriciens, vous qui les corrgmpez; Sur leur propre intérêt c'est vous qui les trompez. Ils ne sont pas toujours chargés de vos outrages; Sitôt qu'au champ de Mars ils donnent leurs ^suffrages, Leur pauvreté, consul, n'a plus rien de honteux , Et l'orgueil du sénat se courbe devant eux.

Je les vois sur vous tous exercer leur empire , Bassement courtisés quand ils doivent éKre, Rejetés loin de vous quand ils n'élisent plus. Dignes de vos mépris quand ils vous ont élus.

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