ACTE II, SCÈNE IV
Pourquoi lés soupçonner ? sont-Us vos ennemis ? Pourraient-ils, voudraient-ils condamner l'innocence ? L'un d'eux vous est, madame, uni par la naissance. Ayez moins de frayeur.
AWC DK BOULEV.
Eh qu^ ! vous me quittez ?
HEVRI.
Vous devez maintenant savoir mes volontés.
Que voulez-vous encor ?
ANNE DE BOULEN
Tai tout dit. Mais votis. Sire, Consultez votre cœur ; n'a-t-il rien à me dire ? Vous gardez le silence ! interrogez ces lieux : Quel spectacle jadis ils offraient à mes yeux ! Ici de votre cour et du peuple entourée , Ici de vos sujets , de vous-même adorée , Ce souvenir m'est cher; ne me l'enviez pas; Ici, parmi les fleurs qu'on semait sur nos pas, Au milieu des concerts et des cris d'allégresse. Près de vous, et le cœur plein de votre tendresse. Je courais à l'autel vous nommer mon époux.
HENRI
Ah ! tout est bien changé.
ANNE DE BOULEN
Rien n'est changé que vous.
HENRI
Osez- vous...
a4 HENRI VIII.
ANNE DE^BOULEV.
Trop long-temps j'ai gardé le silence ; Le poids qui m'accablait tombe avec violence. Que vous avais«je fait pour tant de cruauté?
Que ne me laissiez-vous dans mon obscurité ?
Pourquoi m'appeliez-vous sur ce trône perBde? Pourquoi m'entraîniez-vous en un piège homicide ? Je vivais ignorée , et de mes humbles jours Nul souci jusque-là n'avait troublé le cours ;
Je n'étais point esclave , insultée , opprimée ; rétais heureuse enfin : mais vous m'avez aimée. Tout-à-coup enchaînée à ma triste grandeur, Captive, et malheureuse, hélas! avec splendeur, J'ai vu mes jours marqués d'éternelles alarmes ; Souvent au sein des nuils j'ai répandu des larmes. Aux temps de mon éclat si j'ai peu mérité Cet appareil de gloire et de prospérité , J'en atteste le ciel , et mon cœur et vous-même , £t j'en atteste encor ce sacré diadème Que vos bontés jadis attachaient sur mon front : Je n'ai pas un instant mérité mon affront.
Songez , Sire , songez qu'à vous seul asservie , Je vous ai consacré mon amour et ma vie ; Que du jour oii j'ai pu vous nommer mon époux Je n'ai jusqu'à ce jour respiré que pour vous. La couronne , un palais , n'ont rien que je regrett Je n'ai point oublié que je naquis sujette.
Reprenez ma grandeur , vos bienfaits, votre amour