‹ Œuvres completes de M. J. Chenier: precedees de notices historiquesChapitre 14 sur 266 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

Pourquoi lés soupçonner ? sont-Us vos ennemis ? Pourraient-ils, voudraient-ils condamner l'innocence ? L'un d'eux vous est, madame, uni par la naissance. Ayez moins de frayeur.

AWC DK BOULEV.

Eh qu^ ! vous me quittez ?

HEVRI.

Vous devez maintenant savoir mes volontés.

Que voulez-vous encor ?

ANNE DE BOULEN

Tai tout dit. Mais votis. Sire, Consultez votre cœur ; n'a-t-il rien à me dire ? Vous gardez le silence ! interrogez ces lieux : Quel spectacle jadis ils offraient à mes yeux ! Ici de votre cour et du peuple entourée , Ici de vos sujets , de vous-même adorée , Ce souvenir m'est cher; ne me l'enviez pas; Ici, parmi les fleurs qu'on semait sur nos pas, Au milieu des concerts et des cris d'allégresse. Près de vous, et le cœur plein de votre tendresse. Je courais à l'autel vous nommer mon époux.

HENRI

Ah ! tout est bien changé.

ANNE DE BOULEN

Rien n'est changé que vous.

HENRI

Osez- vous...

a4 HENRI VIII.

ANNE DE^BOULEV.

Trop long-temps j'ai gardé le silence ; Le poids qui m'accablait tombe avec violence. Que vous avais«je fait pour tant de cruauté?

Que ne me laissiez-vous dans mon obscurité ?

Pourquoi m'appeliez-vous sur ce trône perBde? Pourquoi m'entraîniez-vous en un piège homicide ? Je vivais ignorée , et de mes humbles jours Nul souci jusque-là n'avait troublé le cours ;

Je n'étais point esclave , insultée , opprimée ; rétais heureuse enfin : mais vous m'avez aimée. Tout-à-coup enchaînée à ma triste grandeur, Captive, et malheureuse, hélas! avec splendeur, J'ai vu mes jours marqués d'éternelles alarmes ; Souvent au sein des nuils j'ai répandu des larmes. Aux temps de mon éclat si j'ai peu mérité Cet appareil de gloire et de prospérité , J'en atteste le ciel , et mon cœur et vous-même , £t j'en atteste encor ce sacré diadème Que vos bontés jadis attachaient sur mon front : Je n'ai pas un instant mérité mon affront.

Songez , Sire , songez qu'à vous seul asservie , Je vous ai consacré mon amour et ma vie ; Que du jour oii j'ai pu vous nommer mon époux Je n'ai jusqu'à ce jour respiré que pour vous. La couronne , un palais , n'ont rien que je regrett Je n'ai point oublié que je naquis sujette.

Reprenez ma grandeur , vos bienfaits, votre amour

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